AM 01 – Introduction

Malgré l’idéologie dominante matérialiste de notre siècle actuel, l’alchimie, avec sa vision du monde ancestrale, persiste et ressuscite au-delà des changements, tout en intégrant de nombreux éléments qu’elle rencontre sur son chemin.

En cette seconde moitié du XXème siècle, certains alchimistes utilisent des techniques de laboratoires modernes pour optimiser leurs manipulations.
Quelle est la portée de cette résurgence ?

Elle augure peut-être une nouvelle période où l’homme utilisera toutes ses potentialités, autant rationnelles qu’intuitives, tel qu’Alexandre von Bernus en a exprimé le désir dans les années 1930.

Comment en suis-je arrivé à étudier ce domaine ?

Au départ, je suis entré en contact avec les alchimistes par intérêt personnel : attrait pour le mystère.

Puis, à la recherche d’un sujet de maîtrise, je me suis dit : « Et pourquoi pas les alchimistes ? »

Cela n’a pas été une décision facile à prendre, dans la mesure où il me semblait difficile d’adopter une attitude strictement objective, c’est à dire détachée du sujet de l’enquête.

Au bout d’un certain temps de réflexion, j’ai tout de même décidé de tenter l’expérience.

Mon hypothèse de départ : compte tenu de ce que j’avais déjà pu apprendre, je me suis demandé si l’alchimie, en tant que démarche non conventionnelle, ne tendait pas à rendre les alchimistes inadaptés à notre monde moderne. L’alchimie me semblait une survivance d’un monde dépassé ; les alchimistes, comme des nostalgiques d’un passé révolu. Où l’homme avait sa place, celle d’un instrument divin chargé de parfaire l’Oeuvre que le Créateur avait laissé inachevée.

Cependant, au fur et à mesure que l’enquête progressait, je me suis rendu compte que ce n’était pas du tout le cas. Les alchimistes m’ont de plus en plus semblé être des gens intégrés au monde moderne.

Il m’a alors paru plus intéressant d’aborder le sujet sous un autre angle : celui des interrelations entre le monde actuel et le monde alchimique.

Je me suis très vite aperçu, pendant l’enquête, que cette interrelation s’établit à deux niveaux :

  • au niveau théorique et philosophique
  • au niveau de la pratique concrète.

D’où la problématique « alchimie et modernité ». Ou comment l’alchimie intègre les apports de la physique, de la chimie, de la médecine du XXème siècle, pour optimiser sa pratique.

Car, à l’heure actuelle, il ne s’agit pas uniquement, pour les alchimistes, d’essayer de reproduire les opérations des anciens traités, mais aussi de les optimiser, de les comprendre intellectuellement, de les traduire dans un langage moderne.

Avant d’exposer ces éléments, il me semble utile de proposer tout d’abord un rapide tour d’horizon historique de l’alchimie.

Puis j’évoquerai la genèse de ma recherche.

Suivra un panorama des principaux courants alchimiques français actuels, afin de mieux comprendre dans quelle mouvance vont se situer mes informateurs.

Je brosserai ensuite leur portrait, ainsi que leurs particularités et démarches.

J’en viendrai ensuite à la méthodologie et aux difficultés de l’enquête de terrain parmi quelques alchimistes de l’Est de la France.

En dernier lieux, je présenterai la pratique du travail spagyrique, tel qu’il m’a été décrit par les personnes rencontrées.

Entrons maintenant dans le vif du sujet.