AM 07 L’Alchimie vue par les informateurs

L’alchimie est une discipline complexe, qui regroupe plusieurs niveaux. En gros, on peut la diviser en trois parties, consacrées aux trois règnes :

  • – Alchimie végétale
  • – Alchimie métallique et minérale
  • – Alchimie animale.

Prenons la moins connue d’abord.

L’alchimie animale est très secrète. La littérature n’en fait mention que de manière allusive, ainsi que me l’a rapporté Pierre. D’après les informations recueillies jusqu’à présent, elle ne serait pas pratiquée pour des raisons d’éthique (elle utiliserait le sang, des matières animales et même humaines). Parmi mes informateurs Diane n’a pas pu ou voulu me donner d’informations supplémentaires à ce sujet, Jean ne s’en préoccupe pas, et Pierre n’y voit qu’expérimentations sans lien direct avec le Grand Oeuvre. Basile semble s’être penché sur la question, et y voit une branche de l’alchimie menant à la palingénésie, comme vu plus haut.

Il est à noter qu’un alchimiste contemporain allemand, Ulrich Jürgen Heinz, utilise le sang dans sa pratique. En tant que iatrochimiste, le sang lui sert de technique de diagnostic de l’état des « patients ». Dans la spagyrie classique, ce diagnostic est établi à l’aide de l’astrologie et de la théorie des signatures. Pour Heinz, les cristaux parlent. Ainsi, cristallise-t-il le sang, puis compare ces cristaux à des cristaux de plantes. Lorsque le type et la forme des cristaux correspondent, il utilise cette plante comme base d’un remède spagyrique. Heinz assoit sa technique sur la théorie spagyrique traditionnelle, tout en utilisant des techniques modernes : microscope électronique (observation des cristaux), photographies (des images des cristaux issues du microscope électronique), ordinateur (banque d’images de cristaux facilitant la comparaison et le diagnostic). Pour Heinz cette technique tend à éliminer le côté imparfait du diagnostic des médecines classique et homéopatique.

L’alchimie minérale ou métallique est pratiquée par Diane et Jean. Elle nécessite un équipement lourd. Les gros fours sont à l’honneur, et ils doivent être suffisamment efficaces pour fondre les métaux. Des appareils de distillation spécifiques sont nécessaires également, pour distiller du mercure, par exemple. Dans l’histoire de l’alchimie, nombre d’opérateurs ont succombé, soit aux vapeurs toxiques dégagées par les manipulations, soit aux explosions. Diane dit être bien équipée, bien qu’elle n’ait pas voulu me montrer son laboratoire. Elle avoue que, de temps en temps, un incident se produit. Jean, lui, entame seulement le travail métallique, il n’est pas encore bien équipé, il expérimente beaucoup, tente de mettre au point un four qui lui permettra de parfaitement extraire l’antimoine. Diane utilise les méthodes des anciens : elle soutient que l’alchimie ne peut être pratiquée en dehors de son contexte, et que les ustensiles sont tout aussi importants que les manipulations et les attitudes mentale et sipirituelle.

L’alchimie végétale est en quelque sorte une alchimie qui prépare aux travaux plus poussés sur les minéraux et métaux. Bien que très peu évoquée dans les ouvrages d’alchimie 1 Des alchimistes contemporains développent ce sujet et ont édités des manuels pratiques. Ulrich Jürgen Heinz et Manfred Junius, pour les allemands ; Les Philosophes de la Nature et Spagy-Nature pour les français. , elle fait partie du Grand Oeuvre. Elle représente la voie d’introduction, celle qui initie aux principes alchimiques. Elle permet, en outre, de se familiariser avec les manipulations sans trop de danger. Ce n’est qu’après une parfaite maîtrise de la pratique végétale, que l’adepte peut entamer la voie minérale et métallique, plus dangereuse, mais plus puissante. Jean et Basile, m’en ont longuement parlé. J’ai pu suivre des expériences et voir comment on traite les plantes de ce point de vue.

La Pierre Philosophale n’est pas la seule pierre que prépare l’alchimiste. La Pierre Végétale en est une autre. Jean, justement, y travaille, et m’a confié qu’il avait déjà entamé son élaboration, sans succès. Il en est à sa deuxième tentative. Ce qui montre, me dit-il, que même si certaines personnes considèrent le « végétal » comme une voie facile, tout est relatif. Car cette étape, comme toute opération alchimique, demande des soins attentifs, une attitude mentale spécifique, et une patience à toute épreuve. Aussi, ajoute-t-il, n’est-il pas étonnant que la plus petite erreur mette en danger tout le travail accompli jusqu’alors.

Deux grandes distinctions se dégagent, m’explique Pierre : la voie spagyrique ou iatrochimique et la voie purement alchimique. La spagyrie a comme objet la préparation de remèdes sur les bases de la science d’Hermès. La iatrochimie utilise aussi bien des plantes que des minéraux, des métaux, ou des parties animales (comme l’homéopathie, d’ailleurs). L’alchimie est une voie spirituelle dont le but réside en l’accomplissement du Grand Oeuvre. L’adepte doit donc tendre à élaborer la Pierre Philosophale qui lui donnera tout un tas de résultats dont : l’Illumination, la longue vie, la faculté de transmuter du plomb en or, de guérir n’importe quelle maladie – car la Pierre des Philosophes est l’Élixir Universel, qui non seulement guérit toutes les maladies, mais confère la vie éternelle… -. On peut comprendre que les adeptes ayant choisi cette voie, dédaignent les iatrochimistes, trop matérialistes à leur goût. D’autant plus que les iatrochimistes seraient incapables de percer les secrets de la nature, de parfaire son travail, et, par voie de conséquence, de réaliser des transmutations. C’est l’avis de Diane.

Pierre donne toute son importance à cette voie spirituelle. Et la pratique de l’alchimie intérieure serait la voie la plus pure, dit-il, celle où le dédale de la matière ne peut avoir prise.