AM 08 Les buts de l’Alchimie d’après mes informateurs

On peut en dénombrer plusieurs :

  • – L’amélioration de la santé. Le but ultime est l’allongement de la vie. Cependant, avant d’en arriver là, il faut remettre le corps humain en état. Guérir les maladies, améliorer la résistance aux infections, stress… Il existe donc une pratique alchimique thérapeutique. Cette pratique est décrite comme efficace, reposant sur une vision de l' »énergétique humaine » différente de celle de la médecine officielle. On peut plutôt la décrire comme une vision holistique de l’homme. Elle se différencie aussi d’autres techniques telles l’homéopathie, l’acupuncture, la phytothérapie, etc… Tous mes informateurs sont d’accord sur ce point.
  • – Une autre des finalités de l’alchimie est de percer les secrets de la nature et les secrets de la vie pour accélérer et transcender les processus naturels. L’alchimiste veut parfaire le travail de la nature pour la sacraliser, en conformité avec les lois divines (l’or est la substance la plus parfaite, d’après Diane). A l’inverse, de la science moderne qui veut dominer la nature, percer ses secrets pour la supplanter.
  • – L’alchimie peut aussi être une pratique d’évolution spirituelle (pas à la portée de toutes les bourses toutefois, puisque le matériel de laboratoire est onéreux). La transmutation des métaux vils en or n’est, là, qu’un élément du Grand Œuvre dont le but est la transmutation spirituelle de l’alchimiste. Cette transmutation des métaux n’est pas, ainsi, un but en soi, mais seulement une étape (Pierre, Jean, Diane).

Les buts de Jean, sont au premier abord, dévolus à son évolution spirituelle. En écoutant son discours, toutefois, on se rend compte, qu’il est plus intéressé par les propriétés curatives de ses élixirs. Il se défend de les utiliser dans son activité de guérisseur. Par contre, il en fabrique un grand nombre, avec l’aide de sa compagne. Ils leur servent, disent-ils, à se soigner, à équilibrer leur corps et leur mental, afin de se préparer, physiquement, psychologiquement et spirituellement, à l’initiation alchimique. Ces élixirs, en préparant le corps, « permettront à l’âme de s’ouvrir à des niveaux de conscience plus élevés, à percevoir les données d’un monde vibratoire plus subtil », et d’y puiser l’inspiration pour la poursuite des travaux alchimiques.
Basile, on l’a déjà vu, dit utiliser la spagyrie pour se soigner. En fait, son discours laisse transparaître un instinct de puissance larvé. En effet, Basile cherche à dominer la matière. Il désire « immortaliser les plantes, garder leurs substances les plus pures, afin de leur éviter de mourir ». Une utopie, qui cache peut-être sa peur de la mort.

Pierre voit dans l’alchimie un moyen d’évolution spirituelle. Pour lui, point n’est besoin de laboratoire. Un oratoire peut suffire, car, comme les anciens taoïstes, Pierre préfère une alchimie intérieure, basée sur la méditation des anciens textes. De son point de vue, le corps humain est un laboratoire alchimique en tant que tel. A chaque instant, le corps transmute des substances : il transmute l’air que nous respirons, les aliments que nous ingérons, l’énergie subtile qui nous traverse (le Ki des chinois, ou le Ka des Égyptiens). Les pensées peuvent être contrôlées pour provoquer des transmutations psychiques. C’est ainsi que Pierre pratique, dans le silence, avec les Anciens comme guides spirituels.

Diane laisse transparaitre, dans son discours, la volonté d’arriver à percer le secret de la Pierre Philosophale dans cette vie-ci. Ses buts sont clairs : évolution spirituelle, oui ; maitrise de la matière, oui aussi. Pouvoir, puissance, longue vie, sont des thèmes qui reviennent souvent dans son discours. Sans toutefois qu’il soit possible de savoir si ce discours est stéréotypé ou s’il est sincère. Ou alors, a-t-elle estimé préférable de me raconter une belle histoire qui « colle » avec l’image des alchimistes ? Je ne sais. Le fait qu’elle n’ait pas voulu me laisser visiter son laboratoire laisse supposer que des personnes « profanes » ne peuvent y entrer. Les substances sont en effet sensibles aux « vibrations » et aux pensées des êtres vivants, humains ou animaux (l’accès à un laboratoire alchimique est en principe interdit à tout animal et à tout humain non-initié).

Voyons maintenant quelles ont été les difficultés de l’enquête parmi ces personnages.