ANALYSE DES DONNÉES

Les éléments – les formes – les couleurs

                Alex les évoque. Plus particulièrement l’élément air auquel il attribue un rôle de vecteur. L’élément air transmet la lumière, les odeurs, les sons, les symboles.

                La lumière : c’est le domaine visuel qui comporte les formes et les couleurs. Les formes ce sont les symboles qui peuvent être soit tracés dans l’air, donc immatériels, soit tracés sur le sol, sur les murs, au plafond, donc matériels. Les couleurs animent les formes. Les couleurs seront soit visualisées, soit matérialisées.

                Formes et couleurs ont un sens symbolique propre au système de référence du mage ou du sorcier. Leur rôle, au delà de ce sens symbolique, est de soutenir l’action du rituel. Couleurs et formes sont généralement en relation avec le but du rituel. En ce sens, elles sont censées générer une action sur le psychisme de l’officiant pour le soutenir dans sa démarche rituelle. C’est un code, un langage qui va informer le psychisme. Dans un rituel de la Golden Dawn comme le Rituel Mineur du Pentagramme, l’ensemble des codes du rituel doit provoquer un état psychique particulier, connu et désiré. C’est un conditionnement, et Alex nous décrit très bien ceci. Chaque couleur, chaque forme à une signification et renvoie à un état de conscience particulier. La combinaison et l’ordre d’exécution des symboles et des visualisations provoque donc automatiquement l’émergence de l’état de conscience désiré.

                Les éléments sont associés à des couleurs :

  • est = jaune d’or ;
  • sud = rouge vif ;
  • ouest = bleu ;
  • nord = vert.

Et à des points cardinaux :

  • Air = est ;
  • Feu = sud ;
  • Eau = ouest ;
  • Terre = nord.

Les éléments et les points cardinaux forment un espace délimité : un carré dont chaque élément est un coin. Ce carré est construit à partir d’un cercle : c’est l’officiant qui pivote sur lui-même avec sa dague ou son épée.

                Ces couleurs sont un système. Et aussi une convention. D’autres rituels utilisent aussi ce système des quatre points cardinaux associés à des couleurs. Dans le rituel amérindien de la sweat-lodge sioux-lakota, les quatre points cardinaux sont matérialisés, sur des perches, par des bandes de tissu coloré. La disposition est la suivante :

  • est = jaune ;
  • nord = rouge ;
  • ouest = noir ;
  • sud = blanc.

Avec , en plus :

  • bleu pour le haut et
  • vert ou brun pour le bas.

                En tant que tels, les couleurs et les symboles qu’ils représentent ne semblent pas avoir d’effet direct sur le psychisme de l’opérateur. On peut penser que c’est plutôt le conditionnement qui les sous-tend qui prédispose à un changement d’état de conscience. Il faudrait vérifier ce fait. Cette vérification se heurte à plusieurs écueils : le premier est qu’il est difficile d’isoler une modalité dans un rituel complexe ; le second : il faut trouver un mage ou sorcier acceptant de servir de sujet d’expérience. 

                En tout état de cause, les couleurs, en tant que telles semblent avoir une certaine influence sur le comportement humain. De nombreuses études en psychologie ont montré ce fait.

                Dans un rituel, de nombreuses couleurs interviennent, changent et se modifient, les visualisations sont mouvantes, vivantes, se succèdent. Il sera difficile d’isoler un effet, d’autant plus que c’est l’interpénétration des différentes influences qui conditionnent le résultat, sans compter le facteur humain non négligeable dans un cas de ce type.

                Pour conclure, je dirai que formes et couleurs sont un support au travail magique et sorcier en ce sens qu’elles focalisent l’attention consciente du mental des opérateurs

Le cercle – Symbole de protection

                Le cercle magique est omniprésent dans le discours des informateurs. Dans le Rituel Mineur du Pentagramme de la Golden Dawn, le cercle est tracé par l’officiant en pointant sa dague vers les quatre points cardinaux. Dans le rituel de magie sexuelle, il est matérialisé à l’aide d’une corde.

                Maxime utilise une corde de chanvre pour matérialiser son cercle magique.

                Le cercle magique peut être aussi uniquement visualisé, il n’a pas forcément besoin d’être tracé sur le sol. Il est toujours présent. Il symbolise un univers clos, un univers protégé, c’est une barrière entre l’homme et le chaos ou entre l’homme et ses démons intérieurs. C’est une construction mentale qui permet de se protéger de forces inconscientes ou/et d’influences négatives provenant de certains plans de l' »Invisible ».

                En ce sens, le cercle magique est une composante indispensable au bon déroulement du rituel. C’est un préliminaire au changement d’état de conscience, une sorte de périmètre de sécurité. À noter que les rituels de bannissement, de protection et de purification ont ce même rôle. En général, ils précèdent le rituel principal.

Les sons

                Les sons jouent un rôle important. Les sons sont des vibrations qui se mesurent en hertz, comme nous l’avons déjà vu plus haut. Dans la première partie, il a été question des tambours et de stimulations répétées et monotones provoquant des effets sur le cerveau, une réponse au niveau des ondes cérébrales. Les tambours de l’expérience de A. Neher avaient une fréquence variant entre 3 et 8 hertz, ce qui correspond aux ondes Thêta : un état de relaxation comme celui que nous vivons pendant le sommeil. Le niveau sonore et l’intensité des tambours finissent par provoquer une réponse cérébrale dans le sens d’une mise en phase des ondes cérébrales et d’une synchronisation des deux hémisphères.

                Dans les rituels occidentaux, il n’y pas de tambours. Mais il y a les sons de voyelles, les vibrations des noms divins, les psalmodies et les récitations diverses. Ceux-ci sont émis à basse fréquence. Ils provoquent une résonance à l’intérieur du corps. Dans les rituels de la Golden Dawn par exemple, ils sont émis en groupe et prennent donc une certaine ampleur. La répétition induit aussi un aspect cyclique dans la récitation des incantations. D’autre part, un aspect rythmé, parfois presque chanté, dans le déroulement des mots, induit un certain état hypnotique.

                Ces psalmodies sont accompagnées des visualisations des lettres de l’alphabet hébreux ou énochéen dans les rituels de la Golden Dawn. Ces visualisations amplifient l’effet sonore : « … il faut les amplifier par tout un exercice imaginatif… ».

                Il est bon de rappeler ici l’énorme importance des chants et des psalmodies dans tous les rituels. Il n’est pas un lieu où cette technique n’est pas utilisée. Les chants tibétains sont célèbres, leurs vibrations sont profondes ; les chants liturgiques, également ; les chants des rituels de la sweat-lodge ou de la danse du soleil ; etc…

                Ce qui importe, dans ces techniques est, d’un côté, le son en lui-même (un chant cyclique répété pendant des heures, par exemple) ; ou alors sa répétition, sa monotonie (un long texte en latin — en sorcellerie et en magie, c’est fréquent : des psaumes ou l’évangile de Saint-Jean…— ; une récitation de noms divins…).

                Il est encore un autre aspect à évoquer, c’est celui de l’exercice respiratoire engendré par les chants et les psalmodie. Ces techniques forcent l’organisme à s’oxygéner, à se ventiler. On sait que les techniques d’hyperventilation provoquent des effets psychiques, des libérations émotionnelles. Elles sont d’ailleurs utilisées dans nos psychothérapies modernes. La combinaison des rythmes respiratoires et des sons émis par l’organisme forment donc un ensemble indissociable. 

                Une autre technique est celle des cris, des hurlements. On a vu que Maxime utilisait un hurlement ou un cri pour éjecter toute l’énergie émotionnelle accumulée en lui. C’est une libération des forces. De même dans la magie sexuelle, où l’effort physique de l’acte sexuel prolongé provoque des états non ordinaires de conscience (Cf. plus haut la classification de Arnold M. Ludwig).

                Ces chants peuvent être accompagnés de musique. Dans ce cas, elle sera souvent un support, un accompagnement, ou une rupture (clochettes, gongs… pour la magie et la sorcellerie occidentales). Dans les rituels chamaniques, par contre, la musique est plus développée : tambours, instruments à vent, à cordes… Ils s’agit parfois de véritables orchestres avec nombre de musiciens.

                Ici encore, sons et chants focalisent l’attention de la conscience et portent les opérateurs vers un état non ordinaire de conscience.

La gestuelle

                La musique et les rythmes nous amènent tout naturellement à évoquer les mouvements, la gestuelle, la danse.

                Nous avons vu plus haut qu’un état de conscience modifié particulier avait été obtenu par Robert Monroe en mélangeant des signaux Bêta et Thêta : un état de veille combiné à un état de sommeil.

                Il est vraisemblable que les rituels utilisent une technique différente mais qui obtienne peut-être ce genre d’états modifiés de conscience.

                En effet, si les sons des psalmodies et des chants, combinés aux formes, aux couleurs et aux visualisations conduisent à un état de conscience plutôt proche d’un état second, le fait de devoir effectuer des gestes précis, selon un ordre déterminé, demande une certaine vigilance, même s’ils sont automatisés (en magie sexuelle, l’acte, à priori, ne peut être complètement automatisé). Nous savons tous que nous n’avons nul besoin de réfléchir à nos actes quand nous conduisons une automobile. De même, l’opérateur en magie a bien intégré sa gestuelle. Le fait de devoir se mouvoir, faire des gestes, chanter, parler, s’accoupler suppose une certaine tonicité du corps. Le corps ne dort donc pas, et l’esprit est ailleurs :

            « … je suis sorti de mon corps, je le vois, et c’est comme si j’étais autour de mon corps. Et je vois mon corps en train d’opérer. C’est assez difficile à exprimer, il faut l’expérimenter. »

                L’esprit est ailleurs, dans un autre espace, et le conscient est occupé, fasciné par le rituel : les bougies, les couleurs, les symboles, les chants, l’encens, les corps…

Le déplacement de la conscience

                Pour Alex, il se passe à ce moment un déplacement de la conscience, ou plutôt d’une certaine conscience, car nous ne savons pas ce qui se passe exactement. Il se voit en train d’effectuer le rituel, il qualifie cet état de rêve éveillé. Ses perceptions sont différentes, sa vue est autre :

            « … j’ai une vision globale de la pièce. Les choses ne restent pas ce qu’elles sont. Elles sont effectivement distordues. Mais pas dans un sens grotesque ou quoi que ce soit, mais dans un sens anobli. »

                Cette perception visuelle modifiée est à mettre en relation avec les perceptions provoquées par les drogues hallucinogènes. Ces modifications de la géométrie spatiale, le changement d’éclat des couleurs, la vision globale… sont des caractéristiques des changements d’états de conscience. On retrouve ces caractéristiques visuelles également dans certains comptes rendu de récits de voyages chamaniques.

                Il semble que la technique du déplacement de conscience soit largement utilisée dans les processus de visualisation. Maxime nous explique clairement cela :

            « À ce moment, on commence la visualisation. Il faut visualiser la scène qui représente le résultat de l’opération magique. Il faut voir cela devant soi, en couleurs et en trois dimensions. Il faut arriver à ce que la scène soit la plus réelle possible, en mouvements. Ensuite, il faut se projeter dedans. C’est un déplacement de la conscience. On se projette dedans et on la vit. En même temps, on fait monter les émotions, il faut que l’énergie monte, il faut sentir la tension, en soi. »

                Voici un exercice de visualisation extrait d’un traité de magie moderne 1 Franz Bardon, Le Chemin de la Vraie Initiation Magique, Wuppertal, Dieter Rüggeberg Verlag, 1981, page 85. :

            « Posez quelques objets devant vous, par exemple, un couteau, une fourchette, un étui à cigarettes, un crayon, une boîte d’allumettes, et fixez un moment un de ces objets. Observez exactement sa forme et sa couleur. Fermez ensuite les yeux et essayez de vous représenter cet objet de manière plastique, tel qu’il apparaît en réalité. S’il disparaît de votre imagination, efforcez-vous de l’y faire réapparaître. Au début, vous ne réussirez cet exercice que quelques secondes, mais en persévérant et en le répétant, l’objet apparaîtra de plus en plus distinctement, et, d’un exercice à l’autre, sa disparition et sa réapparition sera de plus en plus rare. […] Au commencement, ne vous exercez pas pendant plus de dix minutes, prolongez cependant peu à peu le temps de l’exercice jusqu’à une demi-heure. […] L’exercice est réussi quand on est en mesure de se représenter un objet sans interruption pendant cinq minutes. Est-on arrivé à ce point, on peut alors imaginer le objets les yeux ouverts. Ils doivent apparaître comme suspendus en l’air et à ce point en relief qu’ils soient presque saisissables. On ne doit apercevoir que l’objet imaginé, rien de son entourage. […] Si l’on est en mesure de se représenter en relief un objet suspendu en l’air pendant cinq minutes et sans le moindre dérangement, l’exercice est accompli. »

                Voici un autre exercice concernant cette fois-ci un déplacement de conscience 2 ibid., pages 214-215. :

            « Vous observez dans le miroir votre image pendant quelques minutes, vous fermez ensuite les yeux et vous vous représentez en esprit votre image de façon très précise. Si vous pouvez graver dans votre esprit exactement tous les traits de votre image, vous pouvez continuer. […] Avez-vous réussi après d’autres exercices à vous représenter fidèlement votre image, transférez ensuite votre conscience dans votre image de façon à ce que vous vous sentiez personnellement en elle. Ce transfert de la conscience a pour but d’apprendre à observer votre corps de votre image. Si vous y parvenez avec succès, essayez d’observer de votre image les objets visibles dans le miroir. Parce qu’au début, cela vous sera très difficile, vous pouvez vous aider de votre imagination et vous représenter consciencieusement les objets se trouvant à votre proximité. Avec le temps, vous réussirez aisément, aussitôt après la transposition, à tout apercevoir aussi bien que si vous observiez avec les yeux physiques. »

                De la visualisation et du déplacement de la conscience à la sortie hors du corps, il n’y a qu’un pas qui nous ramène au voyage chamanique, où le chaman visite d’autres contrées inaccessibles à l’humain ordinaire, ou, peut-être, faudrait-il plutôt dire, à notre état de conscience ordinaire.

                Car le rêve, en quelque sorte, est aussi un déplacement de la conscience à la seule différence qu’il n’est pas volontaire. Le rêve lucide se rapprocherait déjà plus d’une OBE à la restriction que le rêve commence de façon naturelle et qu’il est contrôlé par la suite.

                Pour conclure ce paragraphe, il se dégage des remarques précédentes que le mage et le sorcier opèrent un acte volontaire pour changer d’état de conscience. Qu’ils utilisent divers moyens pour arriver à ce but et que le rituel est un instrument pour y arriver.

La visualisation

                Je l’ai déjà évoquée dans le paragraphe précédent où j’ai exposé son importance dans le rituel.

                Ici, j’aimerai mettre l’accent sur une autre facette de la visualisation pour montrer à quel point elle est centrale dans tout travail magique ou sorcier.

                Maxime nous a expliqué qu’aujourd’hui il pratiquait ses rituels dans son lit, qu’il utilisait ce qu’il appelle la descente chamanique et le phénomène de rupture.

                C’est un rituel composé uniquement d’une visualisation à l’état pur, par la seule maîtrise de l’imagination et de la volonté. Cela montre à quel point l’esprit de l’opérateur dirige tout le processus.

                Il existe une méthode américaine de visualisation, mise au point par José Silva 3 José Silva, Silva Mind Control, München, Wilhelm Heyne Verlag, 1992, 254 pages. dans les années 1950, qui se base sur la visualisation pour contrôler le mental et pour en obtenir de nombreux bénéfices. Cette technique est basée sur l’auto-hypnose, et elle a ceci d’intéressant, qu’elle ressemble assez curieusement à certaines techniques magiques — comme celles de Franz Bardon, par exemple — en étant toutefois dépouillée de tout le discours et de tout le symbolisme ésotérique. Elle se résume en une série d’exercices mentaux faciles à mettre en oeuvre et accessibles à la majorité des personnes.

                C’est la combinaison de deux facteurs qui permettent ces visualisations : l’auto-hypnose et le calme mental (qui induisent la prédominance des ondes alpha).

                L’utilisation de la visualisation est assez répandue dans le monde des psychothérapeutes. Le Dr Carl Simonton4 « … dans la méthode Simonton pour soigner le cancer, on demande au patient en personne de visualiser sa maladie, pour ensuite la combattre. La visualisation de la maladie est une technique chamanique qui fut redécouverte de manière indépendante par les Simonton. Mais pour qu’il s’agisse vraiment de chamanisme, il faudrait qu’un chaman soit présent pour visualiser la maladie de façon encore plus nette. » Michael Harner, Anthologie du Chamanisme, op. cit., page 38. l’utilise pour aider ses malades à prendre en charge leur guérison, par exemple ; ou la Programmation-Neuro-Linguistique, également ; et les techniques de rêve éveillé dirigé (dérivées du concept d’imagination active de C. G. Jung)…

                Ces techniques de visualisations impliquent toujours un effort de volonté et d’imagination de la part des sujets. La pratique quotidienne et régulière améliore cette faculté et permet d’obtenir des images d’une forte intensité dans lesquelles on peut se projeter et qui semblent réelles. Cela fonctionne et peut s’appliquer dans de nombreux domaines. Par exemple la guérison : le sujet visualise sa maladie et s’imagine un combat contre les microbes ou les virus envahisseurs, il les combat virtuellement et les extermine. Ce genre de visualisation améliore les capacités de guérison, d’après certains témoignages.

                En psychothérapie, le procédé est analogue.

                Pour montrer la force de la visualisation, voici le rite de Chöd tibétain 5 John Blofeld, Le Bouddhisme Tantrique au Tibet, Paris, Ed. du Seuil, Col. Points Sagesses, 1976, 318 pages, pages 222-223. :

            « À l’ouverture du rite, l’adepte sous la forme d’une certaine déité féminine danse la danse qui détruit les croyances erronées. Identifiant ses passions et ses désirs à son propre corps, il l’offre en festin aux Dãkinis. Il le visualise ensuite comme un immense «cadavre gras et succulent» et, s’en retirant mentalement, il regarde la déité Vajra-Yogini lui trancher la tête pour en faire un gigantesque chaudron où elle jette par gros morceaux sa chair et ses os. Puis en prononçant certains «mots de pouvoir», il transforme l’offrande en pure «amrita» (nectar) et invite les différents ordres d’êtres surnaturels à venir le dévorer. De peur qu’ils ne s’impatientent, il les prie de ne pas hésiter à consommer l’offrande crue au lieu de perdre du temps à la cuire. Et qui plus est, il dédie le mérite de son sacrifice à ces êtres qui le dévorent, et à tous les êtres en général, où qu’ils soient. […] Tout ceci doit s’accomplir en un lieu solitaire et impressionnant, et l’adepte doit veiller à bien maîtriser les rites qui le garderont sain et sauf au milieu d’une horde horrible de démons buveurs de sang. S’il est habile à la visualisation, il contemplera effectivement ces créatures et verra son corps taillé en pièces par Vajra-Yogini. »

                La force d’une visualisation bien conduite n’est pas à mettre en doute. La différence entre la visualisation magique et la visualisation profane semble résider dans le fait que les visualisations à caractères magico-religieux utilisent une symbolique archétypale et font donc appel aux forces profondes qui régissent l’inconscient, personnel ou collectif.

                En conclusion de ce paragraphe sur la visualisation, il me faut ajouter que la visualisation ayant le plus de profondeur et d’impact est celle qui engage tous les sens : la vue (le plus important), l’ouïe, l’odorat, le toucher et le goût. À ce niveau, la visualisation est parfaite. Cela suppose, évidemment, un entraînement soutenu et une persévérance tenace.

L’odorat

                L’encens est le plus utilisé des procédés pour accompagner l’acte magique. L’encens est censé amener les participants à entrer en harmonie vibratoire avec le plan subtil qui est leur cible, afin d’y opérer les actes magiques désirés. Aussi, existerait-il une correspondance entre les encens et les différents plans de l' »Invisible ». Dans la pratique, il n’est pas encore possible d’inférer que les encens aient une réelle action sur les ENOCs. Je ferais donc la même remarque que pour les couleurs : l’encens fait partie d’un tout qui est le rituel.

 

LE RITUEL : un guide « enockéen » ?

                Le rituel cérémoniel stimule principalement quatre sens : la vue, l’ouïe, le toucher et l’odorat. Il s’ensuit que ce luxe de stimulations sensorielles est apte à capter totalement l’attention de la conscience, de la fasciner, de la focaliser — d’induire un état d’auto-hypnose, en quelque sorte —, et qu’il soit ainsi possible d’obtenir un «décrochage» donnant accès à un état non ordinaire de conscience, une autre dimension de l’être. Ce «décrochage» est voulu et ciblé, ce qui implique une certaine connaissance de ces dimensions de l’être de la part des mages et sorciers.

                À l’aide des témoignages et des exemples de rituels, il a donc été possible de mettre en évidence le rôle des ENOCs dans les rituels magiques et sorciers. Dans cette perspective, la conscience ordinaire est « en arrière plan », occupée, fascinée, ce qui permet, d’une part, le contrôle des contenus psychiques et, d’autre part, leur utilisation en vue de la réalisation du but du rituel.

                L’agencement et la structure des rituels est effectivement un moyen, un outil structuré, qui permet de contrôler les ENOCs. Les détails des rituels n’ont pas d’importance en soi, ils sont d’ordre culturels ou micro-culturels, ce sont des conventions, des codages.

Comments are closed, but trackbacks and pingbacks are open.