Anthropologie de la transe – Introduction

L’Ethnologie est une discipline qui étudie les peuples traditionnels dans toutes leurs facettes. L’une de celles-ci explore les relations que ces peuples entretiennent avec le (les) monde(s) des esprits et les rituels associés. Ceci implique l’étude, l’observation et la compréhension des rituels, des pratiques et des représentations de ces populations, ainsi que les modifications physiologiques, psychologiques et neurophysiologiques des sujets lors des expériences de transe.

Il existe une très grande variété d’états de conscience qui s’étagent de la rêverie à ce que l’on nomme les États Non Ordinaires de Conscience (ENOCs).

Cette question est complexe dans la mesure où elle traite de sujets à la frange de la discipline et de théories souvent controversées parce qu’elles questionnent le paradigme officiel de la science occidentale. Cependant, certaines données recueillies sur le terrain et lors de pratiques expérimentales invitent à explorer de nouveaux horizons théoriques. Cela ne porterait pas à conséquences si ces données ne concernaient que les discours rapportés par les autochtones – ce qui est le focus de la discipline. Cependant, lorsque ces données sont amenées par les expériences personnelles d’anthropologues et que leur discours s’éloigne subséquemment de la ligne officielle de la discipline, il s’ensuit une fracture. Le résultat est que ces anthropologues finissent par être mis au ban de la communauté scientifique.

C’est autour de ces fractures que s’articule ce cours en exposant les théories, les points de vue, les expériences, les données de terrain qui ont été recueillis par des anthropologues et des chercheurs d’autres disciplines : psychiatres, psychologues, neurophysiologistes, historiens des religions, folkloristes…

J’expose dans une première partie les différentes définitions de la transe, des états de conscience modifiés, des états de conscience dits chamaniques et des états non ordinaires de conscience. J’y aborde ensuite les différents types de procédés d’inductions utilisés dans différentes cultures : déprivations ou surstimulations sensorielles impliquant une action sur le système nerveux et le cerveau, soit par l’isolement et le jeûne, la souffrance et la douleur, soit par des danses, des chants, de la musique rythmée, soit par le contrôle des rêves. Je traite des caractéristiques du chamanisme et de la possession pour aboutir à la notion de voyage chamanique en élargissant l’exposé à la sortie hors du corps –  nommée également OBE (Out of body experience – expérience de sortie hors du corps), de ses dérivés directs que sont les NDE (Near death experience – expérience de mort rapprochée) et du rêve lucide en montrant leurs similitudes. Pour la possession, je fais référence, entre autres, aux travaux de Franck Putnam sur les personnalités multiples et aux patterns psychologiques associés. Afin de comprendre les mécanismes de ces expériences au niveau cérébral, les notions d’ondes cérébrales et de synchronisation hémisphérique sont abordées avec des exemples de recherches menées par différentes chercheurs.

Les différentes théories explicatives sont présentées qui tentent de proposer des modèles du fonctionnement de la perception et des représentations mentales en rapport avec les ENOCs : les approches de Celia Green, Susan Blackmore, Stephen LaBerge, Michael Persinger (avec un développement plus extensif sur sa théorie de l’influence des champs magnétiques terrestres  – tectonic strain theory – et de leurs influences sur la perception humaine qui induit toute la « panoplie » des effets rapportés par de nombreux sujets et témoins : apparitions mariales, apparitions de fantômes, rencontres et enlèvements par des « aliens« , Poltergeist, précognition, dédoublement, expériences de mort rapprochées, rencontres avec le petit peuple, incubes et succubes…, et toute la palettes des visions : des anges aux OVNIs, etc…).

Une seconde partie est dévolue à la notion de chamanisme expérimental (et d’anthropologie expérimentale), permettant d’observer et de comprendre par l’expérimentation les mécanismes inhérents à certaines pratiques et ENOCs. D’autre part, outre le fait qu’il permet d’affiner la théorie, le chamanisme expérimental complète le champ d’investigation de l’ethnologue-anthropologue. Dans ce contexte sont présentés différents chercheurs : Terence McKenna, Jeremy Narby, Felicitas Goodman, Michael Harner, Carlos Castaneda – anthropologues pour la plupart fortement controversés justement à cause de leurs théories et expériences.

Dans la troisième partie, j’introduis les expériences d’inductions d’états de consciences modifiés à l’aide de substances dites hallucinogènes : de nombreuses cultures les utilisent dans leurs pratiques. Sont ainsi présentés l’ayahuasca, le peyotl, la mescaline, la psylocybine, l’amanite tue-mouche. Avant de développer plus en détail les expériences psychédéliques de Terence McKenna et les travaux du psychiatre Rick Strassman sur la DMT (diméthyltryptamine), je fais une présentation – avec illustrations à l’appui – des différentes structures moléculaires des substances dites hallucinogènes (en y incluant le LSD-25 à titre de comparaison) afin de montrer leurs parentés structurelles. Pour finir, j’évoque les questionnements de Timothy Leary quant à leurs fonctions sur l’étrange coïncidence de « compatibilité » entre les récepteurs cérébraux et les molécules des hallucinogènes. NOTA : cette partie n’est pas encore totalement achevée. Je ne traiterai ici que de quelques aspects seulement de la question.

La quatrième et dernière partie pointe sur la question des « géographies de l’invisible ». Les personnes expérimentées dans le domaine des ENOCs témoignent pour la plupart de l’observation d’une structure dont ils ont tenté une cartographie. Certaines de ces cartographies sont intégrées à la culture, d’autres sont élaborées par les intéressés. Dans la première catégorie, je fais référence aux travaux de Mircéa Éliade sur les différentes représentations chamaniques du monde. J’aborde ensuite à titre d’exemple, les visions du monde des Cheyenne et des Sioux Lakota (amérindiens d’Amérique du Nord), et du tantrisme tibétain, ainsi que quelques exemples issus de l’ésotérisme occidental et de l’alchimie. Dans la seconde catégorie, je présente la question du point de vue de chercheurs occidentaux contemporains qui ont suivis une démarche personnelle et majoritairement solitaire. Dans ce contexte, je présente leurs données, leurs discours et leurs représentations. Certains d’entre eux ont utilisé des dispositifs technologiques pour induire des ENOCs et modifier leurs perceptions : le caisson d’isolation sensorielle (CIS) de John Lilly, la technologie sonore HemiSync (hemispheric synchronisation) de Robert Monroe, l’induction de champs électromagnétiques sur les lobes temporaux par Michael Persinger. D’autres ont atteint ces ENOCS de manière plus traditionnelle : l’induction des rêves lucides par Stephen LaBerge, Patricia Garfield et Florence Ghibellini, la technique des postures de transes de Felicitas Goodman. Ceci afin de montrer que ces procédés ont un impact psychique fort et que la perception de ce que nous appelons réalité prend ici une toute autre dimension, avec des implications déroutantes. J’aborde pour terminer la problématique de la notion de réalité et la difficile question concernant le degré de réalité des perceptions intéroceptives et extéroceptives.

Abordons à présent les définitions de la transe.

Transe