Catégorie : Inipi

Le Mythe d’Origine de la Sweat Lodge

(Cf. Le même mythe dans De Mémoire Indienne, Tahca Usthte, Plon, Paris, 1977, page 194 et suivantes.)

La sweat lodge, lieu du Pouvoir :

Au (presque) commencement étaient…

Une jeune fille et ses 5 frères. Ils vivaient près d’une rivière. Tous les jours, les frères partaient chasser, dans des directions différentes, pendant que la jeune fille s’occupait des tâches de la femme et restait près du tipi.

Or, un soir, il advint que l’un des frères ne rentra pas. Le lendemain matin, les 4 jeunes hommes partirent à la recherche du frère disparu et au soir de ce jour-là, seulement 3 d’entre eux revinrent. Le lendemain matin, ils s’en allèrent et au soir, seulement 2 revinrent. Et pareillement le jour suivant ou un seul revint. Qui partit à la recherche de ses 4 frères. Et ne revint pas…

La jeune fille, de désespoir, décida de mourir et pour cela avala une pierre.

Mais au lieu de mourir, elle enfanta un garçon qu’elle appela « Fils de la Pierre ».

Il grandit en quelques jours et, apprenant la cause du chagrin de sa mère, décida de partir à son tour à la recherche de ses oncles.

Au premier soir de son voyage, il parvint à un tipi devant lequel était assise une horrible vieille sorcière, la Mort. Il réussit à la tuer et trouva 5 sacs dans lesquels il ressentit les esprits de ses oncles. Ceux-ci lui donnèrent l’inspiration de construire une hutte avec des branches de saule et des peaux pour les couvrir ; de creuser un trou au centre et d’allumer un feu à petite distance ; de faire rougir des pierres dans ce feu et de les amener dans le trou au centre de la hutte ; d’y entrer ensuite avec les sacs, de fermer l’ouverture et de verser de l’eau sur les pierres chauffées…

Et, une fois tout ceci fait, lorsque, pour la quatrième fois, il versa de l’eau sur les pierres, les 5 oncles reprirent vie.

Et Fils de la Pierre dit : « … de ce jour, la hutte de sudation, INIPI, sera sacrée. Elle nous donnera la santé et nous purifiera… »

Ce fut le premier INIPI…

INIPI a ensuite été donné aux hommes par les femmes.

La femme se purifie tous les mois pendant les 4 jours de son flux menstruel.

L’homme n’a rien de tel pour se purifier.

Alors, la sweat lodge fut donnée aux hommes afin qu’ils puissent également se purifier physiquement, émotionnellement, mentalement, spirituellement.

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Nota : Un chapitre est consacré à la sweat lodge dans Les Rites Secrets Des Indiens Sioux, page 65 et suivantes ;

« Dans le rite (…) interviennent tous les Pouvoirs de l’Univers : la Terre (…), l’eau, le feu et l’air. L’eau représente les Êtres-Tonnerres (…). La loge à transpirer est construite avec 12 ou 16 jeunes saules ; ceux-ci aussi ont un enseignement à nous donner, car à l’automne, leurs feuilles meurent et retournent à la Terre, et au printemps, elles reviennent à la vie. »

Nous verrons plus loin que le kinickinick, mis dans les trous recevant les saules, a pour symbole le pouvoir de renaître.

 

Le mythe de la création du monde

 

Au Commencement était… (au Centre était…) le Créateur et le Créateur créa l’Ouest et les 4 Esprits Supérieurs :

 

  • WI, le Soleil
  • SKAN, le Mouvement (non point les « objets » matériels)
  • MAKA, la Terre (mais 1′ »essence » de ceux-là)
  • INYAN, la Pierre

Après des millions d’années, les 4 Esprits Supérieurs créèrent le Nord et les 4 Esprits Associés, qui devaient les servir :

  • Le Soleil créa HANVI, la Lune
  • Le Mouvement créa TATE, le Vent (1′ »essence » de ceux-là)
  • La Terre créa HUNK, la Joie (non leur matérialité)
  • La Pierre créa VAKINYA, les Êtres Ailés (Anges, Oiseaux-Tonnerre et l’Aigle Tacheté)

 

Et passèrent des millions d’années.

La troisième phase vit la création des Esprits Subordonnés et de l’Est :

  • TATANKA OYATE, l’Homme, assimilé à la Nation Bison
  • TOB TOB, l’Ours ou plutôt l’Esprit-Ours, c’est à dire la Sagesse (Tob Tob signifie aussi 4 fois 4 et cette phase de la Création amène les êtres à 4 pattes)
  • VANI, les 4 Directions du Vent (qui sont appelés les « Vitaliseurs » : la neige, la pluie, la grêle…)
  • YUM, le Tourbillon (tout ce qui se déplace en cercle : les étoiles, les galaxies, les corps célestes… et aussi les jeux, l’amour, le sport…)

 

Au cours des millions d’années qui suivirent, des désordres apparurent :

HANVI regarda SKAN, bien qu’elle ait été créée par WI

MAKA regarda VAKIFYA, bien qu’elle ait créé UNK…

Le Créateur s’en aperçut. Il prit :

MAKA et créa la Terre matérielle

WI et créa le Soleil matériel

HANWI et créa la Lune matérielle

 

et, de même, tous les autres Esprits reçurent leur état matériel :

WANI devint l’eau agitée par les Vents

VAKINYA devint l’Aigle Tacheté

YUM devint les Etoiles et les Galaxies…

TATANKA OYATE, l’Homme, fut placé sur la Terre, ainsi que : les animaux, les plantes, les rochers…

Et, pour l’Homme, le Créateur réalisa la quatrième phase de la Création :

Il créa le Sud et les 4 Esprits Inférieurs :

  • NAGI, Âme éternelle de l’Homme, afin qu’il comprenne le sens de sa vie
  • NAYI, son Esprit temporaire, son « Ombre »
  • SICUN, son intellect afin qu’il puisse résoudre ses problèmes matériels, inventer
  • YUMNI, le corps et les objets matériels dont l’Homme a besoin pour vivre.

 

Ainsi furent créés les 16 grands mystères.

Furent créés aussi : les 8 Étoiles du Matin, pouvoirs positifs et les 8 Esprits Surnaturels, pouvoirs négatifs

Ainsi se termina la Création du Monde…

(Pour le mythe de la Création du Monde : cf. Mythen der Oglala, Karl A. Nowotny, Dokumente der Geistesgeschichte, 1979.)

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Les 7 grands rites des Sioux-Lakota :

  • la Sweat Lodge : INIPI, la Garde de l’Âme
  • la Quête de Vision
  • la Danse du Soleil
  • l’Apparentage
  • la Préparation de la jeune fille aux devoirs de la femme
  • le Lancement de la Balle.

(Source : « les Rites Secrets des Indiens Sioux » – Hehaka Sapa)

 

Bibliographie

 

HEHAKA SAPA : Les Rites Secrets des Indiens Sioux, Payot, 1975

TAHCA USHTE : De Mémoire Indienne, Plon, 1985

CUSTIS et MacLUHAN : Pieds Nus sur la Terre Sacrée, Denoël, 1974

VINE DELORIA JUNIOR : God is Red, Dell Pubi, co-inc (USA), 1973

Danielle VAZEILLES : Le Cercle et le Calumet, Privât, 1977

Danielle VAZEILLES : Oiseau-Tonnerre et Femme Bisonne Blanche (non paru)

Robert JAULIN : Notes d’Ailleurs, Bourgeois, 1980

Mircea ELIADE : Le Sacré et le Profane, Gallimard, 1965

Mircea ELIADE : La Nostalgie des Origines, Gallimard, 1971

Carl Gustav JUNG : L’Homme et ses Symboles, Laffont, 1964

Ruth BEEBE HILL : Hanta Yo – Une Saga Indienne (Roman), Julliard, 1981

La Sweat Lodge aujourd’hui (1987)

Avec le renouveau de la conscience indienne, les Lakota se sont mis à la recherche de leurs racines. Bien des choses ont été perdues à travers un siècle et demi d’oppression et une certaine acculturation. Bien sûr, nombre de Lakota sont aujourd’hui plus blancs qu’indiens dans leur façon de vivre, de penser. Le roi dollar et la grosse américaine sont convoités, et l’alcool aussi, d’ailleurs – qui permet d’oublier.

Il y a nombre de métis, un quart, un demi, trois quarts indiens. Les Lakota « full-blood » ou « four-blooded » ne sont pas les plus nombreux.

Depuis les années 1970, toutefois, un mouvement de reviviscence des traditions, de l’indianité, s’est fait jour. Les Lakota ont commencé à apprendre à se battre avec les armes des blancs : la loi et les procès, la contestation, l’utilisation des médias, la politique…

Les Lakota ont ainsi obtenu la reconnaissance de leur religion comme religion autochtone américaine, et surtout la libre pratique de cette religion.

Sur cette base, des Sweat Lodge ont été introduites dans des prisons, afin que les prisonniers indiens – et pas uniquement Lakota -puissent pratiquer ce rite et ainsi retrouver leur identité.

Un prisonnier non – indien pourra également y participer, à condition d’avoir postulé pendant assez longtemps pour que l’on puisse être sûr que ce n’est pas une curiosité vaine qui le motive.

Aujourd’hui, donc, il y a une Sweat Lodge dans la plupart des prisons américaines. Il y en a également quelques-unes en Europe : France, Suisse, Hollande, Allemagne, Suède, principalement.

Et, bien sûr, avec le renouveau de la conscience de l’indianité, il y a des Sweat Lodge dans les réserves indiennes.

L’on sait que les 4 directions de l’espace, générant le chiffre 4 et la notion de Centre du Monde, sont des éléments -absolument fondamentaux dans la vision du monde Lakota. Et que toute prière, tout rituel, prend en compte l’espace et s’y inscrit. Cette prise en compte de l’espace fait, du lieu de la prière, du rite, le Centre du Monde.

Pour l’Homo Religiosus, le point de référence au Centre du Monde est universel. Ce Centre du Monde, dans l’expérience religieuse, est vécu comme le point de rencontre de l’homme avec le Numineux, le Sacré. C’est le lieu privilégié qui permet la communication des 3 niveaux : le monde d’en-dessous, le monde des hommes, la transcendance.

Cette notion est archétypique et l’on peut en trouver pour preuve son extension universelle.

Pour donner quelques exemples, à travers les continents, les cultures, les époques :

  • le néophyte Kwakiutl – population amérindienne du Pacifique -s’écrie :  » Je suis au Centre du Monde ».
  • la Palestine, Jérusalem, le Temple de Jérusalem sont ressentis, de manière de plus en plus « pointue » comme l’ombilic du monde par la tradition juive (jusque dans le sionisme moderne), -le Centre du Monde, pour l’Islam, c’est la Kaaba
  • pour les chrétiens, c’est le Golgotha – et aussi la cathédrale, l’église, lieux de la présence divine
  • le palais du souverain chinois se trouve au Centre du Monde -en Iran : Airyanam Vaejah, le pays iranien, est le Centre et le Cœur du monde et, de manière plus spécifique : la ville de Shiz, ville natale de Zarathoustra.
  • le temple bouddhique de Borobudur, dans l’Ile de Java -aussi bien qu’au Cambodge : Angkor Vat
  • Babylone avait des noms tels que : Maison de la Base du Ciel et de la Terre. Ou : Lien entre Ciel et Terre
  • à Bali et dans d’autres régions d’Asie, pour construire un village, on partait d’un croisement naturel où se coupent perpendiculairement 2 axes, matérialisant l’espace divisé en 4 horizons et naissant à partir de ce centre. Sur ce point central sera élevée la maison cultuelle, point de rencontre du sacré et du monde de l’homme
  • en Guinée, au milieu du village, se trouve une construction dont le toit représente la voûte céleste et les 4 parois : les 4 directions de l’espace.
  • on retrouve cette notion de Centre du Monde en Italie ancienne sous la forme du Mundus romain
  • chez les anciens Germains
  • et aussi dans le Mandala tibétain

J’arrête là l’énumération qui nous a mené en Afrique aussi bien qu’en Asie, en Europe et en Amérique. Et nul doute qu’en Australie également…

(cf Mircea Éliade  :   « Le sacré et le profane » – Gallimard – 1965)

J’arrête donc cette énumération, mais il serait aisé de retrouver partout et jusque dans nos cathédrales, aussi bien la référence au commencement des temps, la matérialisation symbolique de l’espace et du temps, de l’horizontalité et de la verticalité, le symbolisme reposant sur des animaux et sur des plantes…Partout, et jusque dans l’homme de la civilisation moderne, qui se veut matérialiste et qui a dit : « Dieu est mort… ». Et qui, néanmoins, rêve…

Le symbole est la seule voie d’approche de cette autre dimension de l’être qu’est, aussi, le rêve…

Et, peut-être, faut-il penser que, malgré certaines apparences actuelles, l’homme est, toujours, homo religiosus ?

 

Erica Haddouf – Guilane

La Cérémonie

Le fire man apporte tout d’abord 6 pierres à l’intérieur de la hutte :

  • 1 pour la Terre
  • 1 pour chaque direction de l’espace : Ouest, Nord, Est, Sud,
  • 1 pour le Créateur.
  • La 7ème, aujourd’hui, pour le renouveau de la spiritualité Lakota.

Puis, il entasse autant de pierres que le souhaite celui qui dirige la cérémonie, dans le trou central.

L’officiant bénit les pierres avec du cèdre, et la fumée du cèdre brûlé emplit la Sweat Lodge et en fait un espace sacré.

Les participants, dévêtus – car on est nu dans le ventre de sa Mère – entrent un à un dans le sens de la marche du soleil et s’accroupissent autour du trou empli de pierres brûlantes. Le fire man amène l’eau. L’officiant fait brûler de la glycérie^ à l’odeur aimable à tout ce qui a été créé et convie ainsi tous les Pouvoirs positifs et aussi négatifs à être présents dans la Sweat Lodge. Puis il brûle de la sauge qui chasse le négatif.

Le rabat de la porte se referme,1’obscurité totale se fait. De l’eau est versée sur les pierres, la vapeur brûlante se répand. Prières. Enseignements. Chants.

4 fois la porte s’ouvrira et se fermera.

Ce n’est qu’après s’être déjà purifié lors de la première « porte » que l’on est assez ouvert au sacré pour pouvoir toucher la Pipe. Au cours de la 2ème « porte » – 2ème partie de la cérémonie -, la Pipe passe, toujours de gauche à droite. Chaque participant tire 4 bouffées – sans l’inhaler la fumée -, et son souffle, qui est prière et offrande, concerne et emplit le monde entier présent dans la Sweat Lodge. Et entre en communication avec le Centre où est présent Wakan Tanka. Puis il passe la Pipe à son voisin de droite en disant « Mitakuye Oyasin » (je prie pour toute ma Famille). Lorsque le tour complet est fait, la Pipe passe au fire man qui finit de la fumer, accroupi sur le sentier qui va de la terre au feu.

Lorsque.la cérémonie s’achève, les participants sortent de la Sweat Lodge, purifiés, s’étant ouverts au sacré, ce qui signifie aussi nouvellement nés, neufs. Et apte, à ce moment-là, à pratiquer un autre rituel s’il y a lieu.

Paroles d’un prisonnier indien ayant retrouvé sa tradition de la Sweat Lodge :

« Dans cette cérémonie, je ressens une communion avec autrui, cela me donne un point de référence. C’est une perpétuation de ma culture. La danse du soleil et les autres cérémonies sont conduites comme autrefois. Cela m’a personnellement aidé à arrêter de boire. C’est une des raisons qui font que je continuerai à pratiquer la hutte de sudation tout le reste de ma vie… La hutte permet à tous les Indiens de communiquer : Chippewa, Creek, Sioux, etc. Tous comprennent la hutte de sudation… On ne peut pas mentir dans la hutte, cela est impossible. Seule la vérité peut y être présente.

Cette cérémonie est un moyen de comprendre la Terre-Mère et de se comprendre soi-même.

Je n’irai pas plus loin dans la description de la cérémonie, car, comme le dit Lame Deer, il faut y participer pour sentir -non pas intellectuellement, mais avec la totalité de l’être – tout ce que signifie, tout ce qu’est le rituel de la Sweat Lodge.

La Sweat Lodge est la cérémonie qui précède tous les autres rites sioux, grands ou petits. Ce qui est aisé à comprendre puisque, qu’il s’agisse du départ pour la quête de vision ou de la danse du soleil, par exemple, le passage de l’état profane à l’état de réceptivité au sacré est condition sine qua non de la bonne évolution de ces autres rites.

J’ai surtout parlé de la cérémonie de purification. La Sweat Lodge sert également à des buts thérapeutiques, comme je l’ai évoqué plus haut. Le rituel de guérison, dans ce cas, est toujours précédé du rite de purification et ainsi, la cérémonie de guérison durera plus longtemps que celle de purification. Je ne développerai pas ici cet aspect de thérapeutique.

Qui entre dans la Sweat Lodge ?

Tout le monde doit avoir accès au sacré. Ainsi, le bébé d’une semaine aussi bien que le vieillard, homme ou femme, entre dans la Sweat Lodge, et tous les âges intermédiaires. Avant toute action ou entreprise importante, ou tout autre rite, l’on pratique la Sweat Lodge de purification.

À cela toutefois, quelques exceptions : celui qui a tué ou torturé, donc commis un acte qui a gravement lésé autrui – ceci en-dehors des actes de guerre reconnus socialement – ne devrait pratiquer la Sweat Lodge que seul et pas avec d’autres personnes. Le passage ontologique du profane au sacré ne lui est pas interdit, bien sûr, car rien ne doit se mettre entre l’homme, quel qu’il soit et son Créateur. Mais il peut se produire que des « vibrations » négatives, émises par cet homme puissent, dans la Sweat Lodge, se communiquer aux autres participants. D’où la recommandation de pratiquer le rite seul, pour cette personne.

Il est une autre catégorie de personnes qui ne peut, en aucun cas, approcher de la Sweat Lodge ou toucher les objets sacrés et encore moins participer au rite : ce sont les femmes pendant leurs règles.

De plus haute tradition même les femmes ne pouvaient jamais participer au rite pendant leur période de fécondité, mais seulement avant leurs premières menstruations et après la ménopause. Peut-être aussi pendant la grossesse ?

Actuellement, l’interdit touche seulement les quelques jours – l’on dit 4 jours – de la menstruation (mais il est possible que cette latitude ne dure pas au-delà de l’été prochain).

Il ne faut pas voir dans cet interdit un quelconque  » racisme  » à l’égard de la femme, ou de dévalorisation de celle-ci. Car, dans la vision Lakota de la femme, celle-ci est naturellement plus proche du sacré que ne l’est l’homme.

C’est une femme qui a apporté, directement ou indirectement, les grands rituels lakota. Cette femme sacrée a été la messagère envoyée par le Créateur aux hommes afin qu’elle leur apprenne comment communiquer, se mettre en relation, avec le sacré.

Pour le Lakota, le temps des règles est, pour la femme, la période pendant laquelle elle se purifie – dans le sens vu plus haut -. C’est à dire que la nature même de la femme la fait entrer spontanément en contact avec le sacré tous les mois et pour la durée de 4 jours, chiffre sacré.

Donc, la femme, de par sa nature même, entre en contact avec le sacré chaque mois. L’homme, de par sa nature même, ne dispose d’aucun processus naturel pour cela. La femme a donc donné à l’homme la Sweat Lodge pour qu’il puisse également se purifier.

Pendant le temps des règles, traditionnellement, les femmes se rendaient dans un tipi spécial – le tipi de la lune – qui leur était spécialement réservé et duquel n’approchait jamais aucun homme. Là, elles vivaient 4 jours de prières. Et cela pour leur propre bien et aussi pour celui de la communauté. Et elles y recevaient les enseignements des vieilles femmes (les vieux étaient considérés comme dépositaires de la sagesse).

Pendant ce temps, leur mari devait s’occuper des enfants, les nourrir, les soigner, faire la cuisine et entretenir l’habitation. Et théoriquement, les autres femmes de la famille venaient s’assurer de la bonne facture de tout cela et houspillaient le mari si c’était mal fait (?).

Il y a une autre façon d’expliquer l’interdit et qui rejoint tout à fait ce qui précède : le sacré est, bien sûr, chargé de puissance, de pouvoir, de forces. La femme est considérée, pendant ses règles, comme le lieu d’un maëlstrom de forces pouvant être contradictoires. Et, de ce fait, il pourrait advenir, si elle se trouve à proximité d’autrui – mari inclus – que des émanations de ces forces en viennent à influencer, à affecter autrui ou elle-même, de manière négative. Or, la Sweat Lodge est, tout particulièrement, un lieu de communication, aussi entre les participants au rite. Les barrières y tombent et chacun y est ouvert à chacun. Ce maëlstrom de forces pourrait être dangereux dans la Sweat Lodge pour les participants.

La femme ishnati – « qui habite seule  » – serait ainsi le siège d’un pouvoir connecté au sacré pendant les 4 jours de son isolement. Ce pouvoir, n’ayant rien à voir avec l’état d’être profane, peut y être néfaste.

Un des 7 grands rituels Lakota est celui qui prépare une jeune fille à être une femme (il n’y a pas de grand rituel préparant un jeune homme à être homme, puisque la quête de vision n’est pas spécifiquement réservée aux hommes). Cette cérémonie prend place tout de suite après les premières règles de la jeune fille, concerne la communauté entière, se clôt par un festin et un « give-away », dans la joie.

Ainsi, il ne faut pas mal comprendre l’interdit de la Sweat Lodge aux femmes ishnati. C’est bien là une prise en compte de la sacralité inhérente à la femme – qui est celle qui donne la vie. Et pas un ostracisme lié à une quelconque conception de saleté ou d’impureté.

Il est dit : « La femme sera comme la Terre-Mère ».

Aucune formulation analogue n’existe pour l’homme, à ma connaissance.

 

La construction de la Sweat Lodge

La sweat lodge doit être construite avec une absolue justesse. Toute inexactitude rendra le rite inopérant. Le saule blanc est utilisé pour sa construction. Une prière est dite avant de couper le saule avec une offrande de tabac aux 4 directions : « Pardonne-moi, frère saule, mais j’ai besoin de toi… » (pour les sweat lodge construites au printemps ou en été, on écorce les branches de saule. Ici, une sweat lodge d’hiver, non écorcée).

Ceux qui désirent construire une Sweat Lodge partent à la recherche de belles branches de saule blanc. Il en faudra 29 : 25 pour la construction à proprement parler et 4 en réserve pour le cas où quelques branches viennent à se casser pendant la construction. Toute branche qui n’aura pas été utilisée pour cette construction devra être rompue en morceaux et brûlée et non pas réutilisée pour quelque autre usage.

Avant de couper la première branche de saule, une prière doit être dite, avec une offrande de tabac, aux 4 directions de l’espace en commençant pas l’Ouest et en allant dans le sens des aiguilles d’une montrer, à la transcendance et à la Terre-Mère. Et cela afin de maintenir l’harmonie avec la Création, malgré le fait que l’on arrache le frère saule. Car les plantes sont vivantes et on ne doit pas en mésuser.

Lorsqu’on construit la Sweat Lodge au printemps ou en été, l’on écorce les branches de saule, mais pas lorsqu’il s’agit d’une Sweat Lodge d’automne ou d’hiver.

Puis, l’on nettoie soigneusement le sol, là où il est prévu d’implanter la Sweat Lodge, et on aplanit ce terrain.

Au centre de l’espace prévu est creusé un trou qui va recevoir les pierres chauffées à blanc pour la cérémonie. Ce trou est Centre du Monde, lieu de la présence du Grand Esprit, présent dans le souffle de la vapeur : cette vapeur qui est feu mélangé aux pierres et à l’eau (vapeur = air ; pierres = Terre ; eau ; feu. Les 4 éléments). Souffle brûlant qui touchera tous les participants au rite et les purifiera – dans le sens précisé plus loin.

La terre sortie du centre de la hutte formera le Mont Sacré, à droite de l’entrée (vu de l’extérieur), entouré du symbole des 12 lunes positives et des 12 lunes négatives du cycle annuel. Ce Mont Sacré servira de support à d’autres symboles pendant la cérémonie.

Autour de ce centre, l’on fore 16 trous en cercle, d’abord 2 à l’Ouest, puis 2 à l’Est puis 2 au Sud et 2 au Nord ; puis 2 au Sud-Ouest, 2 au Nord-Est, 2 au Sud-Est et enfin 2 au Nord-Ouest. Et c’est également dans cet ordre que les branches de saule seront plantées dans les trous puis assemblées. Les trous ont dans les 5 cm de diamètre et dans les 25 cm de profondeur. Au fond de chaque trou est mis une offrande de tabac (symbolisme du kinickinick : le pouvoir de renaître et la réceptivité aux forces d’en haut).

Chacune des positions des trous a une signification et implique la réactualisation des 16 Grands Mystères de la Création, donc la communication, la mise en contact symbolique, pendant la cérémonie, avec le commencement des temps, époque sacrée par excellence, puisque moment de totale pureté, puisque irruption du Sacré Total dans le Monde. C’est la sortie du chaos, de l’informel antérieur, sortie de ce rien, de cette mort-non-vie d’où émerge la vie grâce, donc, à cette irruption-manifestation-décision-pouvoir du Créateur.

À partir de là, on peut comprendre aussi que réactualiser la Création du Monde, c’est stimuler toute autre création, c’est re-sortir du « chaos » : l’état d’être profane ou la maladie, par exemple.

Ces premiers temps marquent aussi l’époque d’un changement ontologique, le passage du non-né au né, du non-vivant au vivant, du rien au tout. Ce qui permet de définir la notion de purification dans le rite de la Sweat Lodge : c’est le passage d’un état d’être profane à un état de réceptivité au sacré. Et, en aucune manière, un jugement de valeur n’est attaché à ce concept de pureté.

Donc, les 16 points de la périphérie de la Sweat Lodge sont les 4 fois 4 stades de la Création du Monde, création de la totalité du vivant, de la Terre, du Ciel et de tout ce qui se trouve en et sur eux, visible ou non visible. Tout ceci ayant la même origine, donc tout ceci étant une seule et même famille dont tous les membres sont parents, sans distinction d’espèce ou de règne.

Les 16 branches de saule plantées sont reliées au sommet de la hutte pour former une structure arrondie au sommet. Cette structure est ensuite ceinturée par 4 cercles horizontaux superposés en commençant par le plus près du sol. Ces 4 cercles horizontaux sont attachés, aux intersections avec les branches verticales, des banderoles des 4 couleurs des 4 directions de l’espace : noir pour l’ouest et la première phase de la Création, en bas rouge pour le Nord et la 2ème phase de la Création/au-dessus jaune pour l’Est et la 3ème phase de la Création, ensuite et blanc pour le Sud et la 4ème phase de la Création, tout en haut.

Cette superposition verticale des 4 temps de la Création, après cette même répartition de l’Ouest au Sud opérée précédemment, pourrait symboliser le fait que la Création, au bout du cycle et des 4 Âges du Monde, « monte vers le haut », vers la transcendance, le Créateur ?

Au dernier cercle, tout en haut, on attache avant de le poser, 104 sachets de tabac représentant toutes les plantes médicinales, sources de vie, de mieux, de plus, car sources de guérison dans le sens large du terme.

Lorsque tout cela est fait, la structure en saule est achevée. Au sommet se découpent 2 étoiles à 8 branches. La plus petite de ces étoiles symbolise, dans ces 8 pointes, les 8 Pouvoirs Négatifs, appelés aussi Esprits Surnaturels (« supernaturals », en anglais). Les pointes de la plus grande de ces étoiles symbolisent les 8 Pouvoirs Positifs : les 8 Etoiles du Matin.

A quelque distance de la Sweat Lodge, à l’Ouest, on va creuser l’emplacement du feu. Entre feu et hutte est matérialisé un sentier sur lequel est saupoudré un peu de la terre retirée du centre de la Sweat Lodge. Il faut se rappeler que ce lieu est Centre du Monde et point privilégié de communication avec le Grand Esprit. Ce sentier, appelé UNCI -Grand’Mère – va de la Terre-Mère (la hutte) au feu et est la Terre dans son essence la plus spirituelle. Unci met en contact le feu (qui est aussi le soleil) représentant le Pouvoir de Wakan Tanka Père donnant vie a toute chose avec Wakan Tanka Grand’Père : le sacré absolu qui est dans le centre de la Sweat Lodge. Ainsi est symbolisé le fait qu’un pouvoir féminin est, en quelque sorte, intermédiaire entre le Créateur et sa Création (il faut ajouter ici que, au sommet de la structure en saule, est représenté un entrelacs imageant 8 papillons et qui représentent les Pouvoirs de la Femme).

Donc, Unci symbolise à la fois le chemin sacré de la vie sacrée de l’homme entre et sur sa Mère et Grand’Mère la Terre et son Père et Grand’Père Wakan Tanka. Et aussi le passage des énergies solaires et divines :

  • concrètement : chaleur, vie
  • et spirituellement : essence de la chaleur et de la vie(le Créateur) vers la Terre (la hutte ) pour lui donner énergie et vie.

Et c’est par ce sentier que les pierres seront amenées à l’intérieur de la hutte, ce qui rend le symbolisme évident.

Autour de la hutte, les 4 directions de l’espace seront matérialisées par des fanions aux 4 points cardinaux, de la couleur adéquate à chaque direction. Les 2 autres directions, le haut et le bas, ont pour couleur :

  • le bleu pour le haut
  • et le vert ou le brun pour le bas.

Il n’est pas indispensable de les marquer, puisque Ciel et Terre sont présents de toute évidence.

Ensuite, on couvre hermétiquement la hutte en laissant une ouverture à l’Ouest, vers le sentier et le feu. On peut parsemer le sol de la Sweat Lodge de menthe ou de sauge fraîche, féminines.

Puis, on allume le feu. Là aussi, pas n’importe comment : on pose d’abord 2 bûches en Ouest et Est, puis 2 au Nord et Sud, ce qui va marquer les 4 directions. On met des brindilles entre ces bûches puis on forme une plateforme par-dessus.

Ensuite, on pose 7 pierres sur la plateforme ainsi formée : les 2 yeux, le nez et la bouche du Soleil regardant vers la Terre, la hutte. Puis on empile autant de pierres que l’on veut et on termine par une pyramide de bûches.

On- enflamme le tout et, en alimentant le feu, on laisse chauffer de 2 à 4 heures selon la qualité des pierres – les meilleures étant les pierres volcaniques.

Lorsque le feu est allumé et qu’une offrande de tabac y a été faite, il n’est plus possible de traverser le sentier Unci, sauf pour entrer dans la Sweat Lodge pour la cérémonie et sauf pour le « fire-man » dont il sera question plus loin. Car, traverser ce sentier serait entraver symboliquement la communication entre le Sacré et la Terre. Si on veut passer d’un côté à l’autre, il faut tourner autour de l’ensemble dans le sens du mouvement diurne du soleil, c’est à dire de gauche à droite – ce sens sera le seul possible pendant toute la cérémonie, y compris et surtout à l’intérieur de la Sweat Lodge.

Avant la cérémonie à proprement parler, on place 4 symboles sur le Mont Sacré. D’une part, sur deux baguettes fourchues tenant une barre transversale, sera appuyée la Pipe Sacrée ainsi que le sachet d’herbes et de kinickinick.

Une ancienne prophétie est connectée à ceci :

« Ma vie est celle des herbes et des plantes. La Terre-Mère, moi et les animaux sommes un et nous cheminons ensemble tous les jours ».

C’est la prophétie concernant les temps les plus anciens, lorsque les Lakota, avant l’introduction du cheval sur le continent américain, étaient bien plus un peuple de cultivateurs et de cueilleurs que de chasseurs nomades, et cela jusqu’au 18ème siècle.

On place sur le Mont Sacré un crâne de bison orienté au Sud. La prophétie qui s’y rapporte :

« Ma vie est celle du bison. Je vis du bison et j’utilise toutes ses parties soit pour ma subsistance, soit pour les cérémonies ».

C’est la prophétie de l’étape suivante, celle du temps du Lakota chasseur de bison et modelant son mode de vie sur la migration des troupeaux de bisons. L’orientation au Sud – qui est la direction que prennent les morts – marque peut-être le fait que le bison a été détruit, ce qui a déterminé la fin de ce mode de vie de chasseurs nomades. Plus subtilement, la Nation-Bison et la nation-homme sont reliés. Et la mort du bison a aussi marqué la fin d’une époque dans l’identité, l’indianité Lakota.

Un bâton rouge en haut, avec une mince bande blanche au milieu, et noir en bas, est planté à côté du Mont Sacré. Son symbolisme est le suivant : l’homme, représenté par la mince bande blanche, doit marcher en équilibre entre le positif – le rouge – et le négatif – le noir. D’autre part, la prophétie qui se rapporte au bâton est : « Ma vie est celle de l’homme blanc. Je dois vivre comme l’homme blanc, afin de pouvoir survivre ».

Cette prophétie correspond à l’époque actuelle. Sans doute y a-t-il tout de même quelque chose à sauver de « ma vie est celle de l’homme blanc » puisque des plumes d’aigle, symbole du Créateur, sont attachées au bâton ? Une « roue-médecine » peut être accrochée à ce bâton, avec son symbolisme du 4, du Cercle, du Point Central et de l’espace et du temps que nous avons vus plus haut.

Revenons à présent aux 2 baguettes à fourche et à la tige qui y repose : voilà le 4ème symbole et la 4ème prophétie, correspondant à l’avenir :

« Ma vie est celle du cerf à queue noire ».

Il est dit que l’on ne peut, aujourd’hui, comprendre ce que veut dire cette 4ème prophétie. Pas plus qu’à leur origine on ne pouvait comprendre les 2ème et 3ème prophéties.

Je voudrais seulement citer, aussi textuellement que possible, Archie Lame Deer à ce sujet :

« Cela symbolise la survie du genre humain, afin qu’il soit réappris aux hommes comment survivre par la nature et comment la respecter. « Ma vie est celle du cerf à queue noire », je retournerai au sommet de la montagne, je réapprendrai à respecter la Terre, les plantes, les arbres, l’eau, l’air, afin que notre peuple, notre nation, vive… » (séminaire Grenoble. Mars 1985). Autre citation :

« Il y a peu de ces cerfs sacrés, il en reste fort peu. Le symbole est Image de la moitié de la couche funéraire : c’est la couche funéraire des peuples vivants » (texte dit par Archie Lame Deer dans un film réalisé en collaboration avec l’Université de Santa Barbara – Californie – 1979).

Avant la cérémonie, les participants qui le désirent peuvent faire autant de sachets de tabac qu’ils le souhaitent pour les accrocher à l’intérieur de la Sweat Lodge lorsqu’ils y entreront. Chaque sachet de tabac est une prière, non pas égoïste ou « capitaliste », mais prière pour la nature, pour la vie, pour la parenté dans le sens total du terme que nous connaissons à présent : les plantes, les animaux…

Maintenant que tout est prêt, la cérémonie peut commencer.il n’est nul besoin de la présence d’un medicine man pour qu’une Sweat Lodge de purification ait lieu : le medicine man n’ayant pas la fonction d’intermédiaire entre l’homme et son Créateur. Chaque homme, chaque participant est lui-même sacré puisque faisant partie de la grande famille du créé. Le medicine man n’est pas plus sacré que l’homme ordinaire – sauf le Holy Man – : il est dépositaire de certains pouvoirs dont il doit se servir pour le bien d’autrui. Il est aussi dépositaire d’une sagesse qui lui permet de mieux sentir et comprendre le sens sacré des choses. En particulier le Holy Man.

Une Sweat Lodge de guérison pourra nécessiter – mais pas absolument obligatoirement – la présence d’un medicine man et de son pouvoir d’aider à la guérison (en dernière analyse, ce n’est pas le medicine man qui guérit mais, pour partie la volonté de guérir du malade et pour le reste, le Créateur, bien sûr, présent dans la Sweat Lodge).

Pour mémoire, je mentionnerais qu’il existe une Sweat Lodge familiale qui a 12 points au lieu de 16 – avec un symbolisme différent – et la cérémonie y est menée par un des membres de la famille.

À l’extérieur de la Sweat Lodge, le fire-man – le gardien du feu – a soigné et alimenté le feu pour que les pierres chauffent. Lui seul pourra traverser le sentier qui va de la hutte au feu car il est, non pas perturbateur du bon ordre des choses, mais en quelque sorte messager ou assistant, véhicule, partie Intégrante des énergies solaires venant vers la Terre.

Quelques plantes
utilisées pendant la cérémonie de la sweat lodge

Le kinickinick (cornus sotlonifera) :

On l’appellera tabac mais c’est en réalité le cornouiller ou l’aulne rouge. Les Lakota traduisent en anglais kinickinick par : red willow, saule rouge – mais ce n’est pas un saule.

La totalité de la plante est réduite en fragments, cette totalité étant composée des 4 parties :

  • l’écorce intérieure
  • l’écorce extérieure
  • les racines
  • et les feuilles.

Il faut préciser qu’il n’y a aucune substance hallucinogène dans le kinickinick.

Cet arbuste a pour particularité de présenter au printemps et en été une écorce extérieure jaune pâle qui change de couleur vers 1’automne pour devenir rouge foncé.

Les racines symbolisent le pouvoir de renaître et les feuilles, la réceptivité à l’énergie d’en haut, donc au Créateur.

Le cèdre (juniperus horizontalis – cedrus ? chamaecyparis ?)

C’est un arbre à feuilles persistantes, donc vert toute l’année. Il est, pour cette raison entre autres, considéré comme l’Arbre de Vie par les Lakota. L’Arbre de Vie, c’est le pilier vertical au symbolisme analogue à celui du point central : point de jonction entre le bas, le milieu et le haut.

La glycérie (flouve odorante)

C’est une graminacée commune. Elle sent très bon. Sa fumée, lorsque la plante se consume, a pour particularité d’être agréable à l’odorat de toutes les créatures, aussi bien positives que négatives. Ceci permet, au début de la cérémonie de la Sweat Lodge, d’allier, de mettre en communication toutes les choses et toutes les forces, aussi bien positives que négatives, donc. Afin que rien de la Création ne soit absent ou rejété. J’ouvre une parenthèse pour dire brièvement ce que sont les Pouvoirs négatifs : ce sont des entités mythiques chargées de jouer des tours à l’homme, de manière à lui permettre de tremper son caractère et de grandir ainsi psychologiquement. Et en aucune manière des démons ou des créatures diaboliques susceptibles de mener l’homme à sa perte, concepts qui sont étrangers à la spiritualité proprement Lakota.

La sauge

C’est une plante très sacrée. Sa fumée a le pouvoir de purifier – donc de permettre la mise en contact avec le sacré. Elle permet de chasser les forces négatives et d’attirer les forces propices. C’est aussi une plante qui représente tout ce qui est vert et vivant, elle est en quelque sorte l’essence des herbes et des plantes. La sauge permet aussi de mieux comprendre, entendre, ce que les être des autres plans – esprits – peuvent avoir à communiquer.

La menthe

La menthe féminine et la sauge féminine peuvent tapisser le sol de la Sweat Lodge, à l’état de plante fraîche naturellement. Elles sont représentantes des plantes médicinales. Seules les plantes féminines sont utilisées de manière curative, les plantes masculines servant de boissons sans vertus médicinales reconnues : les plantes féminines, porteuses des graines, sont porteuses de vie.

Par ailleurs,104 sachets de tabac dans des tissus des 4 couleurs – noir, rouge, jaune, blanc – représentent également, dans la Sweat Lodge, la totalité des plantes-médecine.

Les « ingrédients » viennent d’être décrits. J’évoquerai à présent, d’une part la construction de la Sweat Lodge – qui doit être d’une rigoureuse justesse rituelle -. Et ensuite, brièvement, la cérémonie en elle-même pour ce qui pourra en être dit : puisque le propre d’une cérémonie religieuse est d’être vécu, non raconté.

Animaux— Symboles

Ils sont nombreux. Je n’en citerai que 2, présents avec évidence dans la Sweat Lodge.

L’Aigle Tacheté (wambli galeska)

Un des chants chantés pendant la cérémonie de la Sweat Lodge est le Chant de l’Aigle. En voici la traduction :

« J’ai été le premier créé sur cette Terre et je vole plus haut que toute la Création. Je suis l’Aigle Tacheté. Je suis le messager de votre Grand’Père, le Grand Esprit… ».

Un autre chant dit :

« Mon frère, va et implore l’enseignement de l’Aigle Tacheté… Car rien n’est plus sacré sur cette Terre que l’Aigle Tacheté… ».

L’aigle étant l’oiseau qui vole le plus haut est, non seulement messager entre les hommes et le Créateur, mais symbole même du Créateur. L’Aigle Tacheté est présent dans tous les rites par ses plumes. Il représente également la liberté des peuples ailés.

Le bison (Tatanka)

Le bison est symbole de l’homme. Pour le Lakota, Nation-Bison veut dire l’humanité.

Voici la traduction d’un chant chanté lors de la cérémonie du lever du soleil :

 » La Nation-Bison s’avance. Ton Grand’Père a dit : je te donne cette Terre magnifique sur laquelle tu vivras et te multiplieras. Et tu la respecteras. La Nation-Bison s’avance. Je te donne cette Pipe Sacrée. Avec elle tu iras jusqu’au Centre de la Terre (cf. ci-dessus) et tout ce que tu demanderas te sera accordé. C’est ce que ton Grand’Père a dit… ».

Le bison, c’est aussi un animal sacré par excellence puisque, du temps des chasses, le cheminement annuel du peuple Lakota suivait la migration des troupeaux de bisons. Absolument toutes les parties du bison étaient alors utilisées : soit pour la nourriture, soit en tant qu’outils, couvertures, vêtements, objets rituels.

Un Lakota ne tuait jamais son frère, dans le plein sens du terme, le bison, sans avoir prié auparavant pour que l’animal tué revienne ensuite dans le grand cercle de la vie.

Autrefois, c’étaient des peaux de bison qui recouvraient la Sweat Lodge. Actuellement, un crâne de bison, orienté vers le Sud – qui est le chemin que prennent les indiens morts pour aller dans leur propre cercle de vie – devrait être présent sur le Mont Sacré (cf plus loin) pendant la cérémonie.

Il est d’autres animaux – symboles : un certain cerf symbolise l’unité de l’Univers ; l’ours symbolise la sagesse, par exemple. Mais je ne les évoquerai pas ici.

Le cercle

Forme sacrée par excellence. Le carré n’existe pas en tant que symbole chez les Lakota d’après Archie Lame Deer. Pour mémoire : on trouve un rectangle dans une certaine cérémonie : la Yuwipi cérémonie.

Le temps et l’espace sont compris dans le cercle ; le commencement des temps rejoint la fin des temps et les 4 directions de l’espace s’inscrivent, à partir du point central dans un cercle : comme l’horizon visible se circonscrit à un cercle.

Soleil et Lune sont ronds, ainsi que les Étoiles, et ils sont sacrés. Toute chose va en rond :

Le ventre de la mère est rond et il est lieu de création par excellence. De l’enfance à la vieillesse, la vie va en rond. L’émergence du ventre maternel, la naissance, est semblable symboliquement au retour dans le ventre de la Terre-Mère. Ces cercles-là, ces ventres, sont des lieux de passage d’un état à un autre, d’un cercle de vie à un autre.

Ainsi, la Sweat Lodge est cercle et est vécue comme un lieu de vie, de renaissance, de passage d’une vie à une autre : comme l’actualisation en un lieu précis, du ventre totalement sacré de la Terre-Mère.

Le foyer central, dans la hutte de sudation, est à la fois Centre, donc point de jonction des 3 mondes dans le sens de la verticalité et donc aussi lieu de la communication possible entre ces 3 mondes ; et aussi cercle, donc symbole de la totalité du créé – espace et temps – et donc du Créateur lui-même, implicite évidemment dans cette totalité du créé.

La Pipe Sacrée

Je ne m’étendrais pas trop sur la Pipe Sacrée. Comme la Sweat Lodge, elle est symbole de la totalité du crée et englobe en elle cette totalité par les éléments qui la composent :

  • le fourneau en pierre rouge est la Terre et le monde minéral (et aussi le sang des créatures)
  • le tuyau est en bois de frêne et est tout ce qui pousse sur Terre,
  • le monde végétal
  • les plumes d’aigle qui y sont attachées sont celles de l’Aigle Tacheté et sont ; présence du Créateur et signe de toutes les créatures ailées
  • les gravures dessinant le bison sont les quadrupèdes et aussi l’homme, puisque bison et homme sont la même essence -les 7 cercles gravés sont les 7 grands rituels mettant l’homme en communication avec le sacré…

La tige bourre-pipe qui l’accompagne est en lui-même également porteur de tout le créé…

Et tout ceci est présent et re-lié à celui qui prie avec la Pipe Sacrée.

Le souffle de la fumée est prière de tout ce qui vit et est représenté par la Pipe : de la Terre, de tous les végétaux, de tous les animaux, des hommes, des minéraux…Ce souffle, expiré 4 fois dans chacune des 4 directions de l’espace à partir de ce centre du monde qu’est l’officiant, va à la fois être prière de toute la Création, prière se mêlant à toute la Création, au temps, à l’espace, pour sacraliser tout cela et monter vers le haut, Wakan Tanka…

Si j’évoque ici la Pipe Sacrée c’est qu’en plus d’être en elle-même un des « objets » les plus puissamment chargés de « numinosum », elle est utilisée pendant la cérémonie de la Sweat Lodge.