Conclusion

      Dans ce mémoire, j’ai voulu montrer que la hantise pouvait avoir plusieurs aspects et plusieurs explications. Que ses manifestations sont connues depuis longtemps et qu’elles inquiètent toujours, à l’heure actuelle. Mais, au-delà de ces phénomènes de hantise, s’est aussi profilé le tabou de la mort, son refoulement, dans notre société occidentale. Ce qui explique aussi pourquoi nos contemporains ont tant de mal à accepter d’abord la mort, ensuite ses manifestations. De même que la peur de la mort, la peur de l’inconnu et de l’incompréhensible ronge l’esprit. Dans notre société occidentale, qui se dit chaque jour reculer les limites de la connaissance, il en est une de rejetée : celle qui porte son regard vers l’intérieur, vers nos démons intérieurs, nos forces incontrôlées.

      J’ai essayé d’exposer les données du problème des hantises comme elles m’apparaissaient. Il ne m’a pas été possible de tenir compte de toutes les théories, ni de toutes les données existantes sur le sujet. Il ne m’a pas été possible non plus, et c’est fort dommage, d’enquêter et d’étudier sur une vraie maison hantée : je n’en ai pas encore trouvée. Il n’est pas facile d’en dénicher une, bien qu’elles existent. Ce sera peut-être le sujet d’un travail ultérieur, plus basé sur l’observation, et des phénomènes, et des témoins.

      Un des points faibles de ce mémoire est en effet sa partie enquête, dans la mesure où le cas étudié, celui de l’immeuble de la place des Orphelins, qui n’est en fait qu’un cas de rumeur. Une personne intéressée par le sujet de la rumeur pourrait s’attacher à ce cas : elle y trouvera certainement satisfaction.

      Un autre aspect de ce travail sur les maisons hantées a voulu, par l’étude de la représentation des revenants, montrer que notre perception du monde semble s’être rétrécie au fil du temps. Si, dans le passé, l’être humain pouvait voir et toucher les êtres du monde dit invisible, il n’en est plus de même aujourd’hui, pour la majorité des gens de nos sociétés occidentales.

      Dans certains cas, pourtant, ces perceptions se manifestent et témoignent de l’existence d’une autre dimension. C’est le cas des phénomènes de hantise.

      Ces phénomènes de hantise sont universels. Je n’ai donné que des exemples européens mais ils sont attestés absolument partout.

      Un témoignage provenant d’une personne originaire de l’Afghanistan m’a également été confié. Je ne l’ai pas inclus dans mon compte rendu d’enquête, dans la mesure où les conditions d’enquête n’étaient pas idéales. D’après cette personne, il semblerait qu’en Afghanistan, pays musulman, les hantises soient fréquentes et qu’elles seraient provoquées par des djinns qui se vengeraient de ce qu’on les traite mal.

      Du point de vue des contacts avec le monde de l’invisible, le chamanisme est d’une grande aide, car il témoigne d’un échange avec un plan d’existence autre, qui agit également sur le nôtre, puisqu’il provoque des maladies. Il serait intéressant d’analyser les récits des chamans en regard des récits de hantise.

      Il est regrettable que nos parapsychologues n’étudient que des cas d’ESP et négligent les manifestations paranormales des sociétés traditionnelles. Voilà un pont à établir, donc.

      Une autre perspective qui ressort de ce travail est que la coupure théorique entre spiritualisme et matérialisme pourrait s’effacer au profit d’une hypothèse unificatrice. C’est à dire que l’homme serait capable, non seulement de modifier sa perception et son action sur son environnement par des vecteurs immatériels et inconnus, appelés effet Psi, mais pourrait également entrer en contact avec une dimension autre de l’univers, appelée au-delà, qui serait le siège des trépassés (âmes des ancêtres, esprits tutélaires, …) et d’êtres autonomes et différents de l’être humain (elfes, trolls, djinns, anges, démons, …).

      Autrement dit, l’homme serait à la jonction de deux mondes différents, s’interpénétrant, et dont la perception serait modulée par notre propre ouverture. Non seulement la perception, mais aussi l’action. Action matérielle directe d’une part, qui nous est familière, d’autre part, action magique, pouvoir d’agir sur le monde invisible. Le sorcier et le chaman en font régulièrement usage.

      Pour résumer, l’être humain aurait eu la faculté de percevoir plusieurs plans d’existence et aurait pu agir sur eux, et vice-versa. Sa perception se serait émoussée au fil du temps par suite du développement de l’instance psychique consciente, développement favorisé par l’émergence de l’esprit rationaliste. En conséquence, l’être humain ne peut plus percevoir ces plans d’existence et les met en doute.

Ainsi peut-on, peut-être, mieux comprendre pourquoi l’homme occidental a tant de mal à comprendre les sociétés traditionnelles. Et aussi pourquoi, à force de vouloir rejeter les enseignements des Anciens, il détruit notre mère à tous : la Terre.

      Ces quelques réflexions ne sont pas de nature scientifique. Elles supposent une autre façon de voir le monde. On peut penser qu’il est possible d’appréhender ces phénomènes avec un esprit ouvert, tout en cultivant un sain esprit critique.

      Telle est l’attitude du Chef Luther Standing Bear, Sioux Oglala :

            « L’homme qui s’est assis sur le sol de son tipi, pour méditer sur la vie et son sens, a su accepter une filiation commune à toutes les créatures et a reconnu l’unité de l’univers ; en cela, il infusait à son être l’essence même de l’humanité. Quand l’homme primitif abandonna cette forme de développement, il ralentit son perfectionnement. »[1]


[1] T.C. McLuhan et E. Curtis, Pieds Nus sur la Terre Sacrée, Paris, Ed. Denoël, 1974, page 103.