Différences et similitudes entre OBE et rêve lucide

Fluctuations de la cognition

Pour LaBerge, erreurs de logique et perturbations du processus cognitif pendant l’ENOC conduisent à des « certitudes » que ce qui se passe est réel, alors que c’est impossible. Ceux qui vivent ces situations affirment qu’il ne s’agit pas d’un rêve, mais d’un vécu authentique sur un autre plan de réalité, alors que la déduction logique de l’obeïste devrait être qu’il rêve et qu’il identifie ces événements bizarres comme étant des événements de rêve. Le fait qu’il n’en est rien conduit LaBerge à conclure que ces expérienceurs sont dans un état de rêve prélucide, donc non totalement conscients de ce qu’ils expérimentent à ce moment-là. LaBerge cite son expérience personnelle :

« Conscient de rêver, j’essayais de prolonger l’image qui commençait à s’estomper. M’élançant alors dans l’obscurité, je me retrouvais dans un tunnel noir où je rampais sur les mains et les genoux. Au début, je ne voyais rien, mais en touchant mes paupières, je pus les ouvrir et m’aperçus soudain que je traversais la pièce en flottant vers Dawn qui dormait sur le divan. Je me retournai pour voir mon “corps” assoupi sur le sol du salon. D’une certaine façon, j’étais parfaitement convaincu qu’il ne s’agissait pas d’un rêve et que je voyais bien mon corps endormi. Dawn se réveilla et se mit à parler. Je me sentis ramené par une force magnétique dans le corps assoupi sur le sol. Une fois arrivé, je me relevais dans ce corps (que je pris pour mon corps physique) et dis à Dawn avec excitation : “Sais-tu ce qui vient de m’arriver ? Une expérience hors du corps tout ce qu’il y a de plus authentique !” Ensuite, je feuilletais un album de timbres lorsque je me retrouvais en train de voler dans les airs (comme Superman) au-dessus de l’Allemagne.

Je fus choqué de me réveiller dans mon lit quelques minutes plus tard et de me rendre compte que j’avais dormi tout le temps. Mon cerveau fonctionnait alors assez bien pour noter combien ma première interprétation de ces événements s’avérait, dans l’ensemble, non plausible. Par exemple, j’avais pris pour mon corps physique véritable le corps que j’avais vu endormi et dans lequel j’étais entré depuis mon autre “corps” : maintenant je mesurais l’illogisme de cette idée. Sans l’impossibilité matérielle de partir en Allemagne et le témoignage de Dawn à l’état de veille, je serais encore convaincu que ce qui m’était arrivé n’était pas un rêve. »[1]

LaBerge en conclut que l’on peut se leurrer et que les croyances, si elles sont fortement ancrées, peuvent faire croire à une réalité plausible qui ne s’avère, après un examen minutieux, n’être qu’une illusion. Car, si l’on est persuadé de quelque chose et que, de surcroît, les messages des sens renforcent cette croyance, alors il est normal de ne pas douter des perceptions.

Pour LaBerge, un rêveur lucide accompli est capable de faire une nette différence entre le rêve et le monde matériel. La sensation OBE, elle, se caractériserait par une amnésie partielle pendant le rêve. L’OBE commence généralement à l’état de veille, mais pour LaBerge, le sujet, n’est pas réveillé du tout : il croit l’être, mais en fait, il rêve déjà tout en ne s’en rendant pas du tout compte, et il pense que c’est une expérience de sortie hors du corps. LaBerge ajoute : « Ces états de confusion ont de grandes chances de se produire au cours de paralysies du sommeil, situation qui survient parfois lorsqu’on se réveille à demi d’un sommeil REM et que l’on se trouve incapable de bouger. »[2]

En conclusion, LaBerge ramène toutes ces expériences ENOCs qui se passent pendant le sommeil à des rêves lucides partiellement ou totalement conscients.

[1] LaBerge, op. cit., pp. 252-253.

[2] Ibid., p. 256.