Enquête Maisons Hantées

      Entreprendre une enquête sur les maisons hantées peut sûrement paraître amusant pour nombre de gens. Pour beaucoup, cela équivaut à une perte de temps. Trouver des raisons pour dénigrer ce genre de recherche, cela est facile. L’approcher de manière sérieuse et ouverte, dans la cadre universitaire, pourra en choquer plus d’un.

      Mais, « on » en parle. « On » en rit, mais « on » en a quand même peur, cela insécurise.

      Alors, qu’y a-t-il derrière cela ?  Je vais tenter de le développer.

      Mon intérêt pour les phénomènes paranormaux date de ma jeunesse. J’avais fini par reléguer cela un peu à l’arrière-plan, d’abord parce qu’il est difficile d’être témoin direct de ces phénomènes, puis, la vie étant ce qu’elle est, l’attention est souvent attirée vers des choses plus matérielles.

      Mais voilà que vers la mi-août 1988, en allant dîner au restaurant place des Orphelins avec ma femme et une amie, notre conversation se porte sur cette bâtisse, assez superbe, qui serait le siège de phénomènes de hantise. Je suis passé d’innombrables fois devant cet édifice. Mais c’était la première fois que quelqu’un me disait qu’elle était hantée.

      Cela a éveillé mon intérêt. Pour une fois, l' »objet du délit » était là, ici, devant mes yeux, près de chez moi, en plus. Ce qui laissait entrevoir la possibilité d’obtenir des informations de première main.

      J’ai commencé par demander à cette amie d’où elle tenait ses informations : d’une amie à elle qui avait émigré aux États-Unis. Voilà qui commençait comme commencent toutes les histoires de maisons hantées : c’est l’amie de untel « qui le sait de sa sœur, qui le sait de sa grand-mère »… etc. Bref, tomber sur des informations fiables et claires semble toujours relever de la fiction la plus pure, dès lors que l’on cherche à approcher l’irrationnel. Je donnerai donc comme caractéristique n°1 de tout ce qui concerne les phénomènes inexpliqués, qu’il s’agisse des maisons hantées, des phénomènes parapsychologiques dans leur ensemble, des phénomènes magiques, du phénomène OVNI, etc., la caractéristique suivante : ils échappent à toute approche rationnelle, à toute volonté d’analyse.

      C’est regrettable pour le scientifique, mais, après tout, c’est peut-être bien mieux ainsi. Cela laisse encore du rêve, dans une civilisation où le matérialisme essaie systématiquement de détruire l’irrationnel.

      Je me suis donc dit : cela vaut la peine d’essayer de cerner cette maison, de découvrir, si oui ou non, il y a un fond de vérité derrière cela. C’est à ce moment que j’ai décidé d’en faire le sujet de mon mémoire, en sachant que je me risquai sur un terrain glissant. Mais, après tout, pourquoi pas ?  Ou bien je ne trouverai rien, et alors tant pis. Ou bien je tomberai sur une vraie maison hantée, et, au pire, je me payerai la frayeur de ma vie. Mais, dans ce cas, cela aura sans doute été un évènement majeur dans ma vie. Car cela aura signifié, sans nul doute, la preuve de l’existence de forces extra-sensorielles.

      Un peu plus tard, en ayant parlé à un ami, je lui proposais de venir passer avec moi une nuit dans cette maison, pour chercher à ressentir le phénomène et à s’en imprégner. Pour corser le tout, je proposai une nuit de pleine lune. Refus sur toute la ligne. Ainsi, semble-t-il, même s’il n’est pas sûr de rencontrer un fantôme, la seule idée que cela serait possible, fait frémir. Voilà. « On » veut bien en rire, mais « on » ne veut surtout pas s’y frotter, ni y être confronté (même si « ça » n’existe pas !)…

      C’est là que le tabou sur la mort fait son apparition. Car maison hantée signifie présence d’un fantôme. Fantôme signifie survie après la mort. Et la mort, il ne faut surtout pas y penser, car il vaut mieux la laisser là où elle est : dans les cimetières, à l’abri de notre monde de vivants.

      Ce tabou de la mort, j’y reviendrai, il est, à mon avis, au cœur du malaise de notre civilisation.

      Je reviens à mon enquête. Il fallait donc que je questionne des habitants de la place des Orphelins. Il me fallait aussi me renseigner sur l’édifice, et connaître le propriétaire.

      Je voulais aussi, d’une manière plus générale, « sonder » des personnes neutres sur ce qu’elles plaquaient sur le signifiant de maison hantée. Et puis, voir ce que des médiums en disaient.

      Il est vrai que je n’ai pas eu le courage de mener un nombre considérable d’interviews. Mais je pense que celles que j’ai menées m’ont permis d’approcher la problématique.

      C’est donc une enquête en deux parties :

  • celle concernant directement la maison de la place des Orphelins
  • celle concernant le concept de maison hantée.