Entretiens et données

ENTRETIENS ET DONNÉES

                Avant d’aborder le contenus des entretiens, il me faut à présent présenter mes informateurs.

                Alex, 42 ans, marié, érudit, passionné d’alchimie et initié aux pratiques de la magie cérémonielle occidentale, est membre de l’Ordre de la Golden Dawn 1 La Golden Dawn est un ordre initiatique fondé par Wynn Westcott et MacGregor Mathers à Londres en 1888. L’Ordre éclate en 1903 et donne naissance à plusieurs courants ésotériques : la Stella Matutina, l’Alpha Omega, l’Astrum Argenteum (fondé par Aleister Crowley), The Holy Order of the Golden Dawn, The Solar Order, The Order of the Light, The Church of Light, The Fraternity of Inner Light, puis The Builders of Adytum, The Order of the Cubic Stone, Helios, Servants of Light. Il est titulaire d’un DEA en théologie protestante. Il pratique régulièrement les rituels de la Golden Dawn dans son oratoire personnel 2 Les rituels de la Golden Dawn se pratiquent en groupe. et habite une maison dans un village des environs de Strasbourg, ce qui lui confère le calme indispensable à ses pratiques.

                Maxime, 44 ans, marié, pratique la haute sorcellerie. Intuitif vif et énergique, il a été membre de la Rose Croix, de la Golden Dawn et de la Wicca 3 Ordre initiatique de magie sexuelle. Il en existe plusieurs branches dont certaines pratiquent la magie sexuelle opérative et d’autres des aspects plus « cérébraux ». , tout en suivant un « cursus » parallèle en sorcellerie pratique (il a suivi les enseignements de Pierre Maroury 4 Voir plus loin la partie concernant la magie sexuelle. , entre autres) : sorts, envoûtements, désenvoûtements, guérison, magie sexuelle, spagyrie… et passionné de magie verte 5 La magie verte, d’après Maxime, est un dérivé de la spagyrie (l’alchimie végétale), dont le but est de confectionner onguents, philtres, poudres magiques, élixirs… . Il pratique aujourd’hui en solitaire, après avoir fait une synthèse personnelle des différents éléments qu’il a étudié.

                Ces personnes vivent dans notre région, en Alsace. Je les ai rencontrées à plusieurs reprises sur une période de trois ans et me suis imprégné de leurs discours. J’ai participé à un petit rituel de la Golden Dawn avec Alex et j’ai été impressionné par l’ambiance dégagée.

                Maxime ne m’a pas permis d’assister à ses rituels. Il m’a uniquement parlé de ses technique, de sa philosophie de la vie et des choses.

                Les données recueillies sont intéressantes. Commençons avec Alex.

La magie d’Alex

Les stimulations sensorielles

                « L’élément air va être le transmetteur de la lumière, déjà. Donc, tout le luxe qui est mis en route pour pratiquer la magie rituélique occidentale va être transmis par la lumière. L’élément air est aussi essentiel par l’encens. C’est vraiment l’élément qu’on va informer du maximum de données. Mais des données vraiment sélectionnées pour que ça ait un sens bien défini. En plus, l’élément air va être informé par la parole, par les vibrations sonores. Il est essentiel dans la magie occidentale de faire vibrer ce que qu’on a l’intention de donner au rituel. Enfin, l’élément air est le porteur des signes qu’on va tracer dans l’air. On trace des signes, qu’ils soient géométriques, ou des sceaux angéliques, archangéliques… Donc, cet élément est absolument central dans la pratique de la magie rituélique. »

L’apprentissage

                « L’apprentissage se fait d’abord par l’apprentissage d’un certain nombre de règles, de déplacements dans un espace donné. En général, cet espace est circulaire. Ensuite, il est conditionné par les 4 points cardinaux. Il passe donc par un espèce de code de bonne conduite entre une tradition et une personne extérieure, mais ensuite il faut aussi intérioriser tout ce travail. Et cette intériorisation passe par la méditation. C’est-à-dire qu’il ne s’agit pas uniquement de reconnaître les signes géométriques qu’on trace, mais il faut d’abord les avoir intériorisés. Et c’est là où se passe la transition entre ce que, extérieurement, on peut voir, on peut filmer (c’est très visuel, finalement). Le magicien cérémoniel occidental opère effectivement une dramaturgie, dans l’espace, dans le temps, avec un tas de luxe de détails. Mais l’essentiel se passe à l’intérieur de l’opérateur. On peut très bien le filmer, on peut très bien le projeter, on peut très bien en rendre compte. Mais l’essentiel n’est pas là. L’essentiel se passe à l’intérieur de celui qui le fait.

                Alors là, il y a deux choses. Primo, il y a un training très spartiate concernant l’exécution extérieure du rituel. Il faut que tout soit parfait. Secundo, il y a un training non moins spartiate qui passe par la méditation, qui passe par la concentration, pour que les forces qui sont exprimées à l’extérieur, soient vraiment bien réalisées par celui qui les fait.

                Et c’est pour ça que, dans le training qui est proposé dans la Golden Dawn, il est recommandé, avant de s’endormir, de faire des rituels. Rituels très simples, les rituels du Pentagramme qui sont très allégés, qui sont vraiment le squelette du rituel. Et justement pour permettre cet apprentissage entre l’action extérieure et l’action intérieure. Maintenant, là, c’est le témoignage du pratiquant qui va intervenir. Il est vrai que, ayant suivi ce training, l’ayant observé à la lettre, l’ayant enseigné aussi, l’ayant observé chez les autres, et surtout sur moi-même, il y a un changement radical, définitif, qui s’opère au moindre geste rituélique qui est opéré physiquement. C’est-à-dire qu’on peut venir vraiment chargé de tous les problèmes de la journée, chargé de toutes les autres occupations et quoi que ce soit… Une fois qu’on commence un rituel, eh bien, ce rituel va opérer un changement, j’allais dire mécaniquement, automatiquement, sur l’état de conscience qui nous occupe. C’est-à-dire qu’il va automatiquement nous débrancher parce qu’on l’a chargé, lui, d’une certaine intention, il va nous le rendre automatiquement. C’est comme une espèce de Golem, on lui a donné un devoir et il doit faire ce devoir. Eh bien, on rentre dans le jeu. C’est une espèce de jeu, effectivement, il y a un aspect ludique, gratuit. Une fois qu’on rentre dans ce jeu, il nous le rend. Et là, on se retrouve comme après une douche ou après un bain, dans un tout autre milieu, où on se sent libéré, on se sent totalement en dehors, j’allais dire, des préoccupations. On se sent plus ou moins déchargé. »

Corps-esprit

                « Donc, il y a une sorte de coopération qui s’opère entre l’exercice du corps, qui va faire le rituel, qui va allumer les bougies, qui va allumer l’encens, qui va faire tout le travail, qui va tracer les pentagrammes, les hexagrammes et les sceaux des anges et des archanges et des esprits. Il y a une espèce d’échange qui s’opère. Et c’est là où on sort de cette dichotomie entre le corps d’une part et l’esprit, de l’autre, dichotomie très cartésienne. On crée, grâce au rituel, un harmonieux échange entre les deux. Parce que le corps, lui, recèle plein d’énergie, plein de sagesse et grâce au rituel, il peut se libérer et communiquer. Si bien qu’on peut aborder un rituel d’une manière très froide, très cartésienne. Mais si on est entraîné, si le corps est entraîné, une fois qu’on a commencé le rituel, automatiquement, on change d’état de conscience. Et ça, je peux en témoigner dans la mesure où je rentrais de mon boulot, j’avais absolument aucune envie de faire un rituel, je suis quand même entré dans mon oratoire (c’est la pièce réservée…), je fais les simples gestes du rituel, automatiquement, ils me transposent sur un autre plan. Automatiquement, ils me permettent d’accéder à un autre plan de conscience. Et ce plan de conscience, autant je suis lié à mon corps quand je suis engagé dans mon travail quotidien, autant là, je suis sorti de mon corps, je le vois, et c’est comme si j’étais autour de mon corps. Et je vois mon corps en train d’opérer. C’est assez difficile à exprimer, il faut l’expérimenter. C’est tout le problème phénoménologique à ce genre de descriptions. »

Conditionnement

                « C’est un conditionnement, et c’est ce qui m’a le plus surpris, moi qui suis un esprit assez cartésien et qui me méfie de tous les conditionnements. Je me méfie de tout ça. Et là, je me suis rendu compte que, effectivement, c’est un conditionnement favorable. Dans la mesure où il me permet de sortir d’un autre conditionnement, celui de la société qui m’entoure.

                C’est un conditionnement social, finalement, parce que j’ai toujours pratiqué ces rituels en groupe, avec d’autres gens. Donc, c’était effectivement un conditionnement social en plus. Mais c’est un conditionnement social qui permet de sortir de l’autre conditionnement social. »

Le mental

                « … le point essentiel, c’est le mental. Il faut, effectivement, fasciner le mental. Que fait le yogi, il fascine son mental en se concentrant soit sur un Chakra particulier, soit sur un objet extérieur. La boule de cristal, c’est une manière  ou une autre de fasciner le mental. Parce que notre mental occidental est formé de manière à ce qu’il délimite les contours, la réalité, telle que nous, on peut l’appréhender, la maîtriser, et c’est bien. Je ne suis pas du tout contre cet aspect du mental. Et là, par le travail de la magie rituélique, sorcière ou autre, c’est fasciner le mental afin qu’il travaille sur un autre plan pour résoudre les problèmes d’après les réalités de notre plan. »

Le temps et l’espace

                « Assez bizarrement, et cela peut paraître choquant, cette réalité obéit à autant de critères, à autant de points de références, que celle que nous utilisons sur le plan physique et matériel. Nous sommes toujours confrontés à des règles, des lois. Elles seront subtiles, c’est sûr. C’est là où on entre dans le domaine du subtil. C’est là que ça demande un énorme travail sur soi-même. Un énorme travail sur notre action quotidienne, il faut tout reprendre à zéro pour se rendre compte qu’on est en train d’opérer dans un autre monde. On n’a plus les mêmes règles du temps : tu peux faire un rituel pour une chose qui s’est déjà passée, mais dont tu n’as pas encore connaissance, parce que le fait d’en avoir connaissance te prive de ce privilège d’avoir encore la possibilité d’agir sur ce qui s’est passé.

                Et même règle dans l’espace. C’est très simple, c’est négliger les mètres, décimètres, centimètres et… Donc on entre dans un autre monde. Mais c’est un monde de cette corporéité subtile qu’on désigne maintenant couramment sous le nom de subconscient. »

L’inconscient

                « Il a été plus ou moins défini par Freud, par Jung, par Reich, Adler et compagnie. C’est bien, mais on a mis un nom, une étiquette. On s’est rendu compte que c’est absolument énorme, ce pouvoir qu’a ce monde sur nous. Mais on ne s’est jamais interrogé : est-ce qu’on a encore un pouvoir là-dedans ?  Parce que si on aborde tous ces braves psychologues, on n’a aucun pouvoir là-dessus. Sinon un pouvoir de verbalisation, de le reconnaître. C’est tout. Mais de le diriger, jamais. La magie rituélique permet de le diriger. Parce qu’elle tient compte à la fois de notre attachement au concret. Et à la fois à notre pouvoir de le diriger de l’intérieur, grâce au concret. Donc, la magie rituélique charme les deux aspects de notre être, l’aspect concret et l’aspect abstrait. Donc elle permet de dégager ce qu’il y a en nous, de nous harmoniser avec notre monde, et c’est le but ultime, finalement, de la magie de la Golden Dawn. C’est l’harmonie. Harmoniser l’intérieur et l’extérieur. Mais harmoniser l’intérieur grâce à l’extérieur, c’est une idée nouvelle. C’est-à-dire mettre en place des bougies, des symboles parfaits, quelque chose de mathématique, de concret, d’harmonieux, afin d’harmoniser l’intérieur, c’est très révolutionnaire. Fallait y songer. Eh bien, nos Anciens y ont songés, et puis ils l’ont fait. C’est un peu ma vision des choses. »

Les anciens

                « Les Anciens, ce sont ceux qui nous ont préparé la voie de la magie rituélique. L’Egypte. Tous les théurges du Moyen-âge, qui sortaient d’ailleurs des monastères, il ne faut pas s’en cacher. »

Le chamanisme

                « La magie rituélique a des liens charnels avec le chamanisme. […] Le chamanisme primitif s’est, finalement, raffiné à ce contact [celui de la magie rituélique], pour pouvoir survivre. Moi, je vois la magie rituélique telle qu’elle est pratiquée dans notre monde judéo-chrétien (cela peut être un autre monde : celui du Taoïsme, celui du Bouddhisme… toutes les civilisations évoluées ont développé une théurgie ; donc, c’est un raffinement du chamanisme). Si tu veux, pour en rester au monde judéo-chrétien, il y a une notion fondamentale dans notre pratique magique , c’est celui de l’Arbre de Vie. C’est un symbole lourdement chargé, effectivement, de tradition biblique : l’Arbre de Vie, l’Arbre de la Connaissance du Bien et du Mal, et tout ce qu’on veut. Mais c’est un symbole chamanique !  Qui est au centre, finalement, du Christianisme et du Judaïsme.

                C’est l’Arbre de Vie dans lequel on grimpe. Et on retrouve ce genre de comportement totalement dans le chamanisme. On explore l’Arbre de Vie qui englobe la totalité de l’univers. L’arbre, c’est la vie. C’est comme ça que je vois un peu la chose. Pour moi, il n’y a pas de distance. Quand j’ai lu les ouvrages sur le chamanisme, je les ai lu bien après les enseignements de la Golden Dawn. Mais pour moi, il y avait une espèce de convergence absolue, totale. Aucune divergence. Bon, effectivement, la magie rituélique, c’est un peu plus raffiné, c’est fait pour les salons de nos jours. C’est pour pouvoir suivre encore l’aventure de l’homme dans cet anima mundi, l’âme du monde telle qu’elle nous entoure. »

L’alchimie

                « Effectivement, pour moi, ça a des aspects encore plus raffiné dans la mesure où l’aboutissement de la théurgie, c’est l’alchimie et l’aboutissement de l’alchimie, c’est la théurgie. Pour moi, il y a un mariage entre les deux. Donc, toutes les images qui sont données par les traités alchimiques sont des images théurgiques. C’est effectivement une image allégorique, on peut la regarder comme ça, d’une technologie ancienne.

                Et c’est très important. Donc, les images qu’on trouve dans les traités alchimiques ne sont pas uniquement une illustration, une transformation de soi, ou des informations que le Soi transmet à la psyché et qui permettent de retrouver un équilibre ou quoi que ce soit. Mais c’est aussi des choses concrètes !  Sur les actions concrètes ! Qui doivent s’opérer en laboratoire. Et peut-être d’abord en oratoire.

                Il y a une espèce de continuité. Pour moi, ce sont vraiment des planches initiatiques. Qui sont données à méditer. Effectivement, c’est beau. Tu peux plus ou moins reconnaître ce que tu veux reconnaître. Mais il faut les laisser agir sur la propre âme, les laisser s’imprégner, les méditer. »

Le rêve

                « Parce qu’ensuite, des données absolument pratiques te sont données en rêve. Il est vrai que le rêve joue un rôle énorme autant dans la théurgie que dans l’alchimie.

                Exemple : j’ai fait des rituels théurgiques avec quelques amis, frères du même Ordre, etc. Et il n’y a eu aucun résultat sur le moment. L’esprit n’est pas apparu. Bon, on a cherché à faire apparaître un esprit, il n’est pas apparu.

                Par contre, la nuit qui a suivi, j’ai revu le même lieu — par contre, nous avions opéré en pleine nuit —. Là, le lieu était éclairé par un soleil matinal. J’ai vu l’esprit et j’ai compris pourquoi il n’était pas apparu. Il était tellement terrible que les amis dont j’étais entouré, n’auraient peut-être pas apprécié ou supporté… Mais je l’ai vu. Et souvent — et ça, c’est une constante aussi — on n’a pas le résultat d’une opération théurgique sur le moment. Rarement. Mais par la suite, en rêve, dans le demi-sommeil, apparaît le résultat. Et vraiment d’une manière mathématique. C’est-à-dire, c’est comme si on avait calculé le moment où ça devait apparaître. Mais ce n’est pas nous qui avons fait le calcul, c’est de l’autre côté.

                Idem en ce qui concerne l’alchimie. Moi, en ce moment, je lis les textes. Evidemment, j’essaie de décrypter. Je suis, plus ou moins, maintenant, au courant de la procédure, de ce qu’il faut faire. Il y a toujours des détails qui nous échappent. Mais ce que je fais : je prends les planches alchimiques, je les considère, je referme le livre, puis je rêve. Et c’est là où j’ai les informations les plus sûres, les plus fiables. Et on te donne carrément le tour de main pour faire la chose. J’ai eu vraiment des révélations en prenant les planches du Mutus Liber. Effectivement, il y a x commentaires sur ce livre. Les planches ne sont pas dans l’ordre, ça ne veut pas dire ce que ça montre… Mais la réalité de la chose m’a été donnée intérieurement. Et c’est là où intervient la notion de secret. Ce secret qui m’a été transmis, ne reposera pas sur un non vouloir dire, mais sur un non pouvoir dire. Parce que si on me l’a montré, c’est que j’ai été digne. Je me suis dignifié à travers ma lecture, ma relecture, ma reméditation de la révélation. […].

                La théurgie fonctionne un peu sur le rêve. C’est un rêve éveillé. On va provoquer un rêve éveillé en faisant le rituel. On le provoque en faisant des actions bien matérielles. Mais ces actions matérielles auront une résonance dans la corporéité subtile. Il n’y a pas uniquement le corps physique qui est en train de faire le boulot. Il y a toute la corporéité subtile qui est enclenchée dans le même processus. »

L’Arbre des Séphiroth et les différents plans

                « C’est, si tu veux, certains points de l’énergie universelle. L’énergie est une. Mais elle se diversifie pour se manifester. » Les différents plans « sont des spécifications de l’énergie. Et ce qu’il ne faut jamais oublier, c’est que toutes ces énergies, on les possède en nous. Ce sont les fameuses relations entre le microcosme et le macrocosme. Donc, toutes ces énergies sont en nous. Pour pouvoir les appréhender, il faut qu’on trouve une harmonique entre leur énergie macrocosmique et notre énergie microcosmique. C’est le rôle des élixirs. Ça nous permet déjà, de manière spagyrique, d’entrer en relation avec eux. Maintenant, si on accompagne cela d’un rituel, c’est encore mieux. Parce que cela permet de spécifier la tonalité de ce qu’on est en train de faire. […]

                Le mage, s’il est vraiment pratique, cherchera toujours une concrétisation. Dans la religion chrétienne, il y a le rituel de l’Eucharistie. Ce rituel permet donc, en mangeant, de participer au divin. C’est la même chose en spagyrie : en absorbant une substance, on participe à l’énergie correspondante. C’est totalement la même chose. C’est une espèce d’eucharistie étendue à l’ensemble des énergies qui sont répandues dans l’univers. C’est le sens du sacrifice… Parce qu’on peut rester dans le mental, comme le font les Bouddhistes tibétains. Mais, nous, avec notre propension à être très matériels, à être très concrets, il nous faut quelque chose de concret à avaler, à manger… C’est-à-dire qu’il vaut mieux, pour notre développement spirituel à nous, faire 7 élixirs et faire un rituel sur les 7 planètes. Faire 4 élixirs concernant les 4 éléments, pour harmoniser les éléments en nous. Il vaut mieux que l’on passe par la partie la plus «basse», la plus élémentaire, pour avoir une base de réalisation spirituelle stable, organisée, maîtrisée.

                Bien sûr, ce n’est pas à la portée de n’importe qui. Mais il faut y réfléchir. Il faut  se mettre ça dans la tête, que notre réalisation spirituelle, si nous voulons garder contact avec le monde extérieur dans la mesure où nous sommes actifs dans le monde extérieur, passera par, aussi, une concrétisation de tout ce que nous voulons faire. Sinon, on rejoint un ashram, on va se réfugier dans un monastère, on se coupe du monde pour ne plus être souillé pas ses vibrations.

                Comme nous sommes souillés par ses vibrations, travaillons sur le concret, travaillons sur quelque chose de matériel. Afin de contrer ce genre de vibrations, de les filtrer, de les rendre un peu moins agressives, afin que ce soit une aide pour notre propre développement spirituel. »

L’animal

                « […] Les formes animales ne sont absolument pas concernées, étant donné que c’est une magie qui cherche à transcender l’humain. Il est vrai que pour la civilisation égyptienne et certaines civilisations antiques effectivement, la forme animale transcendait l’humain. mais pour notre considération à nous, occidentaux, judéo-chrétiens, cette transcendance est plutôt vers le bas, plutôt que vers le haut. Donc, dans l’imagerie je ne pose aucun jugement de valeur  sur ce que la Tradition égyptienne, ou autres, ont formulé par des représentations de dieux à tête animale. C’était certainement une transcendance par le haut. Dans la mesure où ce n’était plus humain, donc c’était supérieur. Pour nous, lorsque c’est supérieur, ce n’est certainement pas animal. C’est certainement une transfiguration de l’humain. Par contre, il est certain que dans notre Tradition à nous, de la Golden Dawn, l’animal tient une place privilégiée. Privilégiée, dans la mesure où l’humain est responsable du microcosme animal qu’il a sous sa dépendance. Il en est responsable comme un dieu. L’humain est le dieu de l’animal […]. »

L’autre côté

                « Là, ça devient très difficile dans la mesure où nous n’avons pas de vocabulaire pour le formuler. Je n’ai pas, lorsque je suis de l’autre côté, je n’ai plus dans le concret de possibilités d’expressions. Tu me diras, c’est une pirouette et cela me permet de ne pas en parler, c’est un secret. C’est vrai, ça fait partie du secret. Mais j’essayerai d’en parler effectivement parce nous sommes là pour en parler.

                Alors, c’est très simple. C’est comme si tu étais un chasseur dans une savane en train de traquer un gibier. Tous les sens sont en éveil. […] Je ne sais pas si je suis favorisé par le sort, il ne m’est jamais arrivé d’avoir une sensation d’échec. Pour moi, ça a toujours été une sensation de victoire. C’est une victoire absolue. C’est très difficile à décrire. C’est : tu es déjà maître de la victoire, mais tu accomplis quand même le combat. Comment le décrire aussi : c’est jouer avec des forces. Oui. C’est trouver le point faible. […] C’est comme si tu étais dans un champ d’énergie, il y a des points, et puis il faut trouver le bon point. Et tu t’y installes et puis tu pousses les choses. […].

                Pour moi, c’est toujours une situation mouvante. Le point de force est plus ou moins statique. Là, je fais le rituel, c’est le point qui me permet d’accéder à ce monde-là. Mais je ne peux pas rester dans ce point-là dans la mesure où il me permet de ne rien réaliser. Si, il me permet de me réaliser moi-même. C’est un point mouvant, adapté  à la situation. Toute situation est totalement différente de l’autre. Et c’est là où apparaissent ces fameux Chakras ou tout ce que tu veux. Et c’est là où il faut que je m’installes, moi, avec mon point de force. […] C’est purement instinctif, je ne peux vraiment pas dire la recette.

                […] Il y a le phénomène du temps, mais aussi celui de l’espace. Quand je fais un rituel, je ne suis plus dans mon corps, je suis à l’extérieur de mon corps. Et en même temps fermement ancré dans mon corps. Mais comme je suis obligé de me déplacer dans l’espace, chaque acte prend un sens, une lourdeur, une signification totalement différente. Je deviens de plus en plus lourd, dans mon acte, et autant la sphère de ma conscience est étendue, élargie. C’est un rêve éveillé. Et ça, c’est la magie du rituel. » […]

La vue

                « Lorsque je dis : je suis en dehors de mon corps, c’est que j’ai une vision globale de la pièce. Les choses ne restent pas ce qu’elle sont. Elles sont effectivement distordues. Mais pas dans un sens grotesque ou quoi que ce soit, mais dans un sens anobli. Elles prennent un relief particulier, un relief beaucoup plus noble. C’est tout ce que je peux dire. Ce qui pourrait être de la bricole, un chandelier de contrebande, prend un relief particulier. C’est assez difficile à décrire. C’est ça le problème. […] »

Les entités négatives

                « Le style de rituel que je pratique va d’abord faire place nette. On est censé ne plus être en contact avec ce genre d’entités. Il n’en reste pas moins que l’on peut toujours être confronté à des forces plus ou moins négatives. Alors, il y a deux attitudes à avoir : soit on s’en défend, et l’entraînement de la Golden Dawn permet effectivement de s’en défendre, soit on considère ces entités négatives comme étant des aspects de la force générale universelle et unie, et on essaye de profiter de leur énergie. […] Si on veut rester actif dans cette énergétique universelle, il s’agit de trouver des points de force et puis ces entités négatives, perturbatrices, tout ce qu’on veut, peuvent aussi être des sources d’énergie très intéressantes. Et donc, ma position à moi, mais elle m’est très personnelle dans le petit monde des magiciens, c’est d’absorber cette force. Et d’en bénéficier et de la rediriger vers une autre destination. Peu importe si elle est portée par un défunt angoissé, je suis assez neutre là-dessus, voire assez vache. Assez cynique : «Tiens, tu as la force, ben, j’en profite !». […]

                Je dis plus ou moins négative parce qu’il faut bien donner un terme aux choses. Pour moi, il n’y a pas de négatif. Il y a la douleur, le ressentiment, la haine, la vengeance et tout ça. Effectivement, on peut les classer dans une classification négative. C’est une manifestation d’énergie. Et cette énergie se manifeste d’une manière négative pour notre monde, notre lecture du monde à nous.

                Nous, on vit un tremblement de terre, ou une irruption volcanique comme étant négatifs. Alors que c’est un phénomène purement naturel. » […]

Les sons, les voix

                « Lorsqu’on pratique en groupe, on vibre des noms divins. Alors vibrer, c’est déjà tout un exercice à part dans la mesure où l’on ne prononce pas uniquement des paroles. On visualise les lettres qu’on est en train de vibrer en alphabet soit hébreux, soit énochéen 6 L’alphabet énochéen est un alphabet qui fut révélé à Edward Kelly (1555-1597) et à John Dee (1527-1608) en 1582 par une communication avec l’au-delà. Ce serait un alphabet symbolique, ésotérique, ayant un peu la même fonction que l’alphabet hébreu. Il est utilisé par certains ésotéristes, dont les membres de la Golden Dawn, pour pronocer les mots de pouvoir lors des rituels. . Et il y a toute une éducation de l’ouïe. Parce que tout passe par la vibration. La parole est essentielle. Au commencement était le verbe… Et dans la magie, le verbe est essentiel parce que c’est lui qui permet d’éveiller les forces. Je refais référence à l’élément air qui est tellement essentiel dans tout ce que l’on fait. Et cet air, on va l’informer par une parole, mais une parole transformée. C’est un peu la voix qu’on retrouve dans Dune 7 Dune, film long métrage de David Lynch, 1984, science-fiction. . C’est une voix derrière laquelle on met une intention. Mais c’est aussi une voix qui va être transformée par un taux vibratoire personnel. Et ça, c’est très difficile à trouver. Lorsque je vibre des noms, les paroles qui sont dites dans le rituel au niveau de la Golden Dawn, je les ressens ici, dans les paumes. Il y a un déplacement total de l’action purement verbale. Et il y a différents exercices qui permettent d’y parvenir. Le fameux exercice de la cuiller ou de la fourchette. On accroche une fourchette à un fil, on l’entoure des doigts, puis on les met dans les oreilles, ensuite on cogne la fourchette contre le bord d’une table. Apparemment, pour ceux qui sont extérieurs à l’expérience, on n’entend rien, par contre, celui qui fait l’expérience entend le bruit d’une cloche, une vibration très intérieure. Et bien, c’est par cette vibration très intérieure qu’il s’agit de vibrer les noms divins et en plus il faut les amplifier par tout un exercice imaginatif et il faut donner du volume à ce que l’on est en train de faire. Ce qui est en plus un exercice qui permet de sortir de soi-même. Les noms divins, c’est comme si tu écoutes un disque des Tibétains, c’est en général murmuré, marmonné, très grave, pas très fort, et ce qui permet d’entretenir une transe, finalement.

                Et lorsqu’on le fait en groupe, ce qui est très intéressant, c’est que, souvent, on se connaît tous, on repère les voix l’un de l’autre. Et il y a une voix qui s’ajoute. C’est ce qui est assez bizarre. Ce qui montre bien qu’on a atteint un certain niveau, on a capté autre chose. Maintenant, est-ce que, à l’enregistrement, ça donne quelque chose, je n’en sais rien. Mais par contre, ceux qui le vivent, qui sont sensibles, le ressentent vraiment comme quelque chose d’extérieur. […] Il y a une volonté de concrétisation, dans la mesure où on a cherché la concrétisation grâce au rituel. Il y aura toujours un phénomène physique qui va essayer de se manifester à ce niveau-là. […]

                Bon, ça paraît totalement délirant quand on en parle comme ça, mais, il est vrai que dans ces conditions-là, l’encens, les bougies, le rituel et tout ça, fait qu’on entre dans un autre monde, où on n’a même plus peur !  Bon, ça m’arriverait maintenant, je me poserai des questions. Mais dans ce milieu-là, dans ce milieu créé volontairement, on échappe à des conditions normales et il est totalement normal aussi qu’on ait ce genre de perceptions. Et ensuite, on en parle à des initiés dans la mesure où je me vois très mal en parler dans le milieu professionnel. […] »

L’odorat

                « Moi, ça ne m’est jamais arrivé ou rarement, mais manifestement, il y a des manifestations olfactives aussi. C’est ce qu’on oublie souvent. On parle toujours de mourir en odeur de sainteté. Bon, c’est une bonne odeur. Mais les démons et tout ça, se manifestent toujours par une odeur méphitique, très perturbatrice, mauvaise et tout ça. Et la manifestation d’entités négatives s’accompagne souvent d’une mauvaise odeur. Et c’est arrivé à A. […]. »

Les visions

                « Mon expérience de la chose, on a dormi dans un certaine pièce — on n’y dort plus —. Un soir, donc, on est couché. Moi, je me lève. […] Donc, je vais me soumettre à un besoin, puis je rentre me coucher. Je n’allume pas la lumière, je vois assez dans le noir. Puis, je passe à côté d’une fenêtre, je me retourne, alors là, c’était un flash, mais là, ça m’a vraiment fait froid dans le dos, je n’ai plus rien vu. Mais un être totalement ensanglanté, derrière la fenêtre en train de m’appeler à l’aide. Et ce n’est que par une réflexion, j’allais dire, ultérieure, que j’ai eu confirmation. Ensuite, je me suis approché de la fenêtre, il n’y avait plus rien. C’était au premier. » […].

La synchronicité de C.G. Jung

                […] « Ce qui est difficile à transmettre (à d’autres), c’est la cohérence que celui qui le vit peut éprouver. […] C’est ce que Jung a essayé de traduire par les phénomènes de synchronicité. […] Mais le phénomène reste inexplicable en lui-même. Celui qui le vit a une compréhension profonde de la cohérence de ce qui lui arrive. Il est totalement rassuré. Tandis que si on le raconte à celui qui n’a jamais vécu ce genre de phénomènes, ça lui paraîtra bizarre, étrange, soit attirant, soit repoussant. Soit il sera attiré par le mystère, soit il dira : «Totalement délirant, ce mec-là. Vaut mieux éviter sa fréquentation».

                Lorsqu’on sort d’un certain rationalisme, tel qu’il est établi, surtout au niveau universitaire 8 N’oublions pas qu’il est titulaire d’un DEA en théologie protestante. , je pense qu’il est totalement illusoire de vouloir présenter ce genre de phénomènes comme étant des preuves. Il vaut mieux les présenter comme l’illustration de certains délires de certaines personnes. C’est tout. » […].

 

                Voici donc ce que nous transmet Alex de sa magie rituélique de la Golden Dawn. Voyons maintenant ce que nous apporte Maxime.

 

La sorcellerie de Maxime

                « La sorcellerie que je pratique est une magie de pouvoir dans une perspective d’influence. Le pouvoir est dans le sorcier. La sorcellerie es tirée de la magie cérémonielle et des pratiques chamaniques 9 Les pratiques chamaniques auxquelles fait référence Maxime sont des pratiques préchrétiennes occidentales. Voir wicca. .

                Mais attention, le diable, n’a rien à voir là-dedans, car la vraie sorcellerie n’a jamais été démonisée, c’est une invention de l’Eglise. En plus, le diable est un égrégore manipulable. Dans la sorcellerie, il y a plusieurs trucs. La basse sorcellerie : ce sont des techniques issues du fond paysans. Et la haute sorcellerie qui est à initiations. À cela, il y a plusieurs courants qui se rajoutent, tout ce qui vient du chamanisme de nos ancêtres, la magie cérémonielle, et la magie verte, dérivée de la spagyrie. Ça permet, la fabrication des philtres, des onguents, des élixirs et, en plus de cela, il y a la palingénésie qui consiste en un travail sur la résurrection des astraux, c’est-à-dire faire revivre le fantôme de la plante ou d’un individu. On peut aussi utiliser la magie sexuelle, c’est extrêmement violent, et puis il y a aussi la magie rouge, c’est tout ce qui est en rapport avec le sang. Il existe en sorcellerie une voie brève, elle est uniquement à base de techniques utilisant la voie du dragon 10 Le tellurisme. , la magie sexuelle et les égrégores. On utilise beaucoup les plantes. Par rapport à la phytothérapie, la magie verte est cent fois plus puissante. »

Les rituels

                « En sorcellerie, on travaille par rituels. Il y a des tas de rituels différents, mais le bon sorcier monte son rituel en vue du but à atteindre. Moi, je n’utilise pas de rituels préétablis, je ne suis pas de dogmes. Donc un rituel est monté à chaque opération, c’est une opération relativement compliquée qui demande de la réflexion. Mais il y a aussi l’imagination du sorcier. L’imagination joue un grand rôle, car la base c’est la visualisation. Donc, plus il est imaginatif, plus les rituels seront puissants.

                À chaque opération magique, il faut visualiser le but à atteindre. Ça demande une faculté de concentration assez énorme, et une faculté d’abstraction aussi. Pour les envoûtements, il faut voir la scène que l’on veut réaliser. En fait, quelqu’un qui n’a pas d’imagination fera un très mauvais sorcier. » […]

Les instruments

                « J’utilise quelques objets dans mes rituels. J’ai d’abord un couteau avec une lame coupante et un manche en bois. Très important le manche en bois. Il permet de s’isoler des influences négatives. Il faut s’avoir qu’on travaille avec des forces pas toujours faciles à manier, il peut y avoir des surprises, il vaut donc mieux prendre ses précautions. Donc pas de couteau à manche métallique. En plus, avant chaque opération, il faut consacrer son matériel. Une robe noire, confortable en coton pour éviter de bloquer la circulation des énergies du corps pendant l’opération. Une corde de chanvre pour tracer le cercle magique. Le cercle sert à délimiter le lieu, c’est une protection. Il est consacré et protège le sorcier. Il est tout à fait possible de devoir faire appel à des forces négatives, des sortes de démons, alors, là, il vaut mieux qu’elles ne puissent avoir prise. C’est une sorte de combat, en fait. La sorcellerie, c’est très coercitif, on force des entités, ou des énergies, à se plier à notre volonté contre leur gré pour leur imposer une tâche. Cela dure le temps d’exécuter la tâche, puis la force est à nouveau libre, ce qu’elle fait ensuite, ça ne me regarde pas, mais si j’en ai encore besoin, j’irai la rechercher.

                À part ça, j’utilise des bougies, de l’encens et divers accessoires, mais ça dépend des rituels. » […]

La « descente chamanique »

                « Mais la base de tout, ce n’est pas le décorum. Le décorum, c’est un support, mais dans l’absolu, on n’en a pas besoin. Moi, maintenant, je travaille dans mon lit, la nuit, quand tout est calme. Avant, j’allais dans la forêt, je faisais plusieurs kilomètres, pour atteindre l’endroit où je pratiquais. Mais avec l’expérience, j’ai remarqué que ce n’est pas nécessaire. En fait, tout est dans la tête, c’est dans la tête que ça se passe. Je m’explique :

                Il faut faire une descente chamanique. Ça, c’est la base. Quelques exercices de respiration profonde, pour bien oxygéner le corps. Puis on effectue le calme mental. A ce moment on commence la visualisation. Il faut visualiser la scène qui représente le résultat de l’opération magique. Il faut voir cela devant soi, en couleurs et en trois dimensions. Il faut arriver à ce que la scène soit la plus réelle possible, en mouvements. Ensuite, il faut se projeter dedans. C’est un déplacement de la conscience. On se projette dedans et on la vit. En même temps, on fait monter les émotions, il faut que l’énergie monte, il faut sentir la tension en soi. Si on jette un sort pour nuire, il faut sentir la haine s’accumuler, si c’est un sort de guérison, alors ce sera plutôt de l’amour, enfin tu vois déjà. Il faut faire monter cette énergie au paroxysme. Et quand le maximum sera atteint, alors il faut relâcher brusquement toute cette tension, cette haine ou cet amour, la projeter vers le but, hurler le mot de pouvoir adéquat et ensuite, tout de suite revenir au calme mental. S’il reste encore des bribes d’image ou quoi que ce soit, c’est raté. Ce relâchement soudain provoque une rupture dans le continuum énergétique, c’est pourquoi on l’appelle aussi phénomène de rupture.

                Ça, c’est le point central de la technique sorcière : on visualise et puis on expédie au but. Pour renforcer le point de rupture, on peut s’aider d’un bruit de cloche ou de gong, si on veut. Mais la vraie puissance s’obtient par le vocable de pouvoir, le cri. »

La magie sexuelle

                « Maintenant, on peut encore amplifier cela en utilisant la magie sexuelle. Là il faut être deux au minimum. C’est au moment de l’orgasme que la rupture se fera alors. La procédure est la même, sauf qu’il faut commencer la visualisation pendant l’acte sexuel, la montée des énergies sera simultanée chez les deux partenaires. Ça demande un sacré entraînement, mais c’est payant. Il faut être en phase l’un avec l’autre et il faut visualiser en même temps, c’est assez difficile de visualiser pendant l’acte, mais un bon entraînement permet d’y arriver. On ne peut pas faire cela avec n’importe quel partenaire, homme ou femme, c’est égal. Il faut que les deux soient initiés correctement, qu’ils connaissent les bases, les notions de polarité, la manipulation des énergies, les mots de pouvoirs et tout ça. Ça peut aussi se pratiquer tout seul, si tu n’as pas de partenaire sexuel entraîné sous la main. Mais c’est nettement moins puissant parce que tu n’as pas les deux pôles. Moi-même, je pratique la magie sexuelle de temps à autre avec E. (son épouse). Je l’ai entraînée et formée pour cela.

                Donc, au moment de l’orgasme, c’est là qu’on doit avoir atteint le summum de la visualisation, et c’est là qu’on lâche les énergies, et qu’on lance le mot de pouvoir. Il y a un tel dégagement d’énergie à ce moment, que ça catapulte littéralement le sort sur la cible. Mais faut être bien synchronisés. Sinon, c’est raté.

                Il y a des coven 11 Coven : confrérie sorcière qui pratiquent ça en groupe. Ils peuvent être jusqu’à vingt personnes. Extérieurement, ça ressemble à des orgies sexuelles dans un décorum de messe noire. Ça demande un sacré décapage culturel de pratiquer comme ça. Là, il y a un autel, des bougies, des épées, tout un attirail de sorcellerie, c’est le luxe, les objets sont en argent. Mais c’est assez rare quand même. Aleister Crowley 12 Aleister Crowley (1875-1947) : sorcier contemporain dissident de la Golden Dawn, fondateur de l’Ordre de l’Astrum Argentinum en 1909 et membre de l’Ordo Templi Orientis (Ordre secret fondé en Allemagne en 1904 par Karl Kellner et où l’on pratiquait la magie sexuelle) à partir de 1912. a beaucoup pratiqué ce genre de rituels, il avait un penchant pour le spectaculaire…

                Donc, tout part de là : calme mental, visualisation et dégagement d’énergie. Le reste, c’est accessoire. Pour le débutant, c’est sûr, il vaut mieux qu’il utilise les bougie, l’encens, le cercle magique, les noms démoniaques ou angéliques, les psalmodies, et tout ça. Ça aide. Mais après, avec la pratique, on peut s’en passer. Après tout, tout ça c’est de l’énergie psychique, on travaille à un autre niveau, avec des forces inconscientes, des forces subtiles. » […].

Les manifestations

                « Les manifestations ?  C’est assez rare, en fait. Une fois, oui, mais c’était à l’époque où je faisais encore partie de la Golden Dawn, mais ça remonte… Eh bien j’ai ressenti un souffle glacial. Mais il faut dire que je suis un expérimentateur, j’ai voulu voir ce que ça faisait de quitter le cercle magique pendant le rituel. Je ne peux pas m’empêcher de faire des choses comme ça, c’est comme ça qu’on apprend d’ailleurs. Alors, j’ai ressenti un souffle glacial, ça m’a arrêté net. C’était assez étrange, car les rideaux n’ont pas bougé, et les flammes des bougies non plus. Mais c’était assez physique, comme sensation… A part ça, je ne sais pas trop. Non, rien de particulier… Du point de vue strictement visuel, je visualise, donc mon attention est complètement focalisée dans mon imagerie intérieure. Et puis c’est relativement court mes rituels, pas plus d’un quart d’heure. […] »

L’impact de la vie moderne

                « Du point de vue du ressenti, c’est une tension que je ressens, il faut que les énergies soient bien remontées. Un bon verre avant la descente [descente chamanique], ça stimule. La sorcellerie, c’est un état d’esprit, une attitude face à la vie et aux choses. D’abord un sorcier respecte la nature et les animaux. C’est normal, sinon, il n’a rien compris. Un sorcier travaille avec les forces naturelles, elles ne sont ni bonnes ni mauvaises. Je ne m’occupe pas de morale, ce n’est pas mon problème. Si je pense qu’il faut nuire à un type pour libérer sa femme et ses gosses de sa violence, je n’hésite pas. Mais il faut quelle me le demande, parce que moi, les humains, ils ne m’intéressent pas tellement, ils sont tellement irrespectueux de la nature que je ne peux pas avoir de pitié pour eux. S’ils se mettent dans les problèmes, qu’ils assument, ils l’ont bien cherché. En plus, avec toutes ces pollutions, et tout, ça devient un réel problème pour trouver des plantes de bonne qualité pour faire des préparations. Avant, l’air était pur, on trouvait les plantes à l’état sauvage, elles étaient bien chargées des forces de la Terre. Aujourd’hui, non seulement il y a la pollution de l’air, mais en plus il y a la pollution du sol, de l’eau, et tout. Alors, moi, les hommes…

                En plus, ça devient de plus en plus compliqué de faire de la sorcellerie. Parfois, il vaut même mieux décrocher son téléphone et résoudre le problème par les voies normales. Pour obtenir un prêt par exemple, on ne sait plus qui prend les décisions, il y a toute une chaîne décisionnelle. Comment agir, si on ne connaît pas la personne à qui est destiné le sort, sur quoi visualiser ?

                C’est pour cela, que, de plus en plus, je me tourne vers la recherche pure. Ce qui m’intéresse maintenant, ce sont les génies familiers, les idoles parlantes, les images magiques. Là il n’y a pas grand chose dans la littérature, il faut vraiment chercher, d’un point de vue matériel, à la recherche de documents écrits, donc rares, et donc chers, mais aussi questionner le monde subtil. »

                Maxime a ensuite développé ces thèmes des génies familiers, des idoles parlantes et des images magiques. Je ne les ai pas retranscrits ici, car cela sort du cadre de ce mémoire.

                L’exposé des données brutes est maintenant achevé. Elles sont denses et comportent beaucoup de détails pratiques et d’éclaircissements sur les techniques employées.

MAGIE CÉRÉMONIELLE – MAGIE SEXUELLE : DEUX RITUELS

                Avant d’aborder l’analyse des données recueillies, je donne ci-après la description de deux rituels. Le premier est un rituel de la Golden Dawn :

Le Rituel Mineur du Pentagramme 13 Rituel extrait de : Les Rituels Magiques de l’Ordre Hermétique de la Golden Dawn, op. cit., pages 29-37-38.

« 1)  Accomplis le rituel de la croix qabalistique.

  1. a) Prends une dague d’acier dans ta main droite ; tiens-toi debout, face à l’est, et avec la pointe de ta dague, touche ton front en disant : ATOH !
  2. b) Avec le pommeau de ta dague, touche ta poitrine et dis : MALKUTH !
  3. c) Avec la pointe de ta dague, touche ton épaule droite et dis : VE-GEBURAH !
  4. d) Toujours avec la pointe de ta dague, touche ton épaule gauche et dis : VE-GEDULAH !
  5. e) Joins tes mains devant toi en tenant la dague entre tes paumes, lame pointée vers le haut, et dis : LE-OLAHM ! AMEN.

2)  Fais face à l’est. Tend ton bras droit en tenant ta dague à la main et trace avec sa pointe le pentagramme de bannissement de la Terre de la façon suivante :

Rituel Mineur du Pentagramme

Une fois le tracé achevé, visualise un grand pentagramme flamboyant devant toi et pointe son centre avec ta dague tout en vibrant le nom divin : YOD HE VAU HE.

3)  Tourne-toi vers le sud en pivotant sur toi-même et en gardant le bras tendu avec la dague. Face au sud, trace exactement le même pentagramme qu’auparavant et vibre le nom ADONAI tout en pointant le centre du pentagramme avec ta dague.

4)  Pivote vers l’ouest avec ton bras toujours tendu. trace le pentagramme avec ta dague, pointe son centre et vibre le nom EHEIEH.

5)  Pivote vers le nord, bras tendu, et trace le pentagramme de la même façon qu’auparavant tout en vibrant le nom AGLA.

6)  Pivote vers l’est en gardant le bras tendu et pointe le centre du premier pentagramme que tu as tracé afin de refermer ainsi le cercle que tu as décrit en pivotant sur toi-même quatre fois vers les quatre points cardinaux.

7)  Baisse le bras ; poses ta dague et fais face à l’est. Élève les bras en croix (à l’horizontale), paumes tournées vers l’est ou vers le ciel, et prononce l’invocation des quatre archanges en vibrant leurs noms :

8)  Devant moi : RAPHAEL.

9)  Derrière moi : GABRIEL.

10) À  ma droite : MICHAEL.

11) À ma gauche : URIEL.

12) Devant moi flamboie le pentagramme.

13) Derrière moi brille l’étoile à six branches.

14) Je suis dans le pilier de la lumière.

15) Conclus avec le rituel de la croix qabalistique. »

 

                Ce rituel est le rituel de base de la Golden Dawn. De lui dérivent tous les autres. Le principe est de connaître ce rituel par coeur, de l’avoir profondément intégré de manière à ce que son exécution soit automatique. Il doit pouvoir être exécuté sans aucune hésitation, sans aucune réflexion. L’esprit doit pouvoir être totalement libre pour la visualisation. C’est à ce point que Alex parlait de conditionnement.

                Ce rituel se décompose en cinq phases :

1)  l’ouverture par le rituel de la croix qabalistique

2)  le tracé des quatre pentagrammes aux quatre points cardinaux accompagné de la prononciation des quatre noms divins de quatre lettres

3)  l’invocation et la visualisation des quatre archanges

4)  la formulation de la sphère astrale aurique 14 L’aura du magicien et sa sphère d’action : « L’une des actions essentielles du rituel mineur de bannissement par le pentagramme est de purifier et de renforcer les défenses de l’aura […] ». Jean-Pascal Ruggiu, op. cit., page 40.

5)  la fermeture par le rituel de la croix qabalistique.

                Les visualisations :

1)  la croix de lumière dans son aura

2)  le pentagramme lumineux flamboyant en tant que bouclier de protection en jaune d’or à l’est

3)  idem en rouge vif au sud

4)  idem en bleu électrique à l’ouest

5)  idem en vert émeraude au nord.

                Le tracé représente donc les quatre points cardinaux symbolisant les quatre éléments, le tout relié par un cercle.

                Les archanges doivent aussi être visualisés — avec une stature de trois mètres de haut — avec nombres d’attributs dont je ne citerai ici que les couleurs :

– Raphaël revêtu d’une robe tissé d’or, baignant dans une aura violette

– Gabriel revêtu d’une robe de soie bleu profond

– Michaël revêtu d’un manteau pourpre

– Uriel revêtu d’une robe de couleur noire ou verte.

                Cette visualisation, d’une certaine complexité, fait référence à la géographie sacrée de la Golden Dawn. Ainsi, ici, ces formes correspondent au plan de Yetzirah (Cf. l’Arbre des Séphiroth).

                À noter également que cette procédure implique la maîtrise de la respiration et du calme mental.

                En conclusion de ce rituel : il comporte une partie purement physique (psalmodies, gestes, tracés, manipulations d’objets rituels), et une partie psychique (visualisations et contrôle mental). Le conditionnement dont il fait l’objet a pour fonction de soutenir l’acte de la visualisation. La richesse des motifs et des symboles emplit tout le champ de la conscience. En conséquence, la sphère mentale est libre pour d’autres expériences.

                N’ont pas été évoqués l’aménagement de l’oratoire qui comporte une symbolique riche et variée et l’utilisation d’encens.

                Avant d’aborder l’analyse des données, voici un aperçu d’un aspect peu connu de la sorcellerie :

Introduction au rituel sexuel

                Il est un domaine particulier de la magie qui utilise l’acte sexuel afin de mobiliser la puissance de l’orgasme au cours du rituel. Parmi les groupes qui utilisent cette technique, le plus connu est la Wicca [« La Wicca est un syncrétisme qui associe un néo-paganisme latin, grec et égyptien, une magie d’origine européenne, une culture rituelle et festivale celto-druidique, une approche chamanique, une magie kabbalistique et une libre pensée offrant à chacun la possibilité d’interpréter le monde selon sa propre conscience. […] Nous sommes donc un cercle de Wicca, mais le terme moins obscur de néo-païens est certainement préférable, car ce que nous pratiquons c’est la voie magique de nos ancêtres les païens occidentaux, associée aux techniques chamaniques que l’on pourrait qualifier d’animistes. » Extrait de la publication Moïra, éditée par le Cercle du Dragon, association « néo-païenne ».] Voici comment ses membres définissent le rituel magique :

            « Le cadre rituel, accompagné de ses instruments, est considéré comme l’extériorisation de la psyché. Il s’agit donc d’un support symbolique qui n’a comme seul but, que de nous permettre de mettre en mouvement les mêmes forces et vertus à l’intérieur de notre psychisme. […].

            « La tradition magique nous enseigne que les outils et le décors sont analogiques. Ceci signifie qu’il existe un lien sympathique entre l’élément extérieur ritualisé (un encens particulier, une arme magique de forme et de couleur spécifique, une robe spéciale, etc.) et le niveau de conscience correspondant. Les choix ne sont pas quelconques et apparaissent comme des éléments déterminant la réussite de l’opération. » 15 Moïra, printemps 1992, pages 7-8.

                Il existe différents courants de Wicca, ainsi qu’il existe d’autres groupes pratiquant la magie sexuelle. Pierre Manoury 16 Pierre Manoury, Traité Pratique de Magie Sexuelle,.Ed Librairie de l’Inconnu, 1989, Paris. qualifie les rituels wicca de « parties de pince-fesses ». Ceci dénote l’atmosphère de tolérance réciproque qui existe entre les différents groupes de sorcellerie.

                D’après Pierre Manoury, la magie sexuelle peut se pratiquer en couple ou en groupe. Une large ouverture d’esprit est nécessaire pour pratiquer la magie sexuelle de groupe dans la mesure où les rapports sexuels sont multiples. La pratique en couple ne demande pas de dispositions particulières, si ce n’est que les partenaires se doivent de s’entraîner ensemble pour parvenir à une parfaite harmonisation et synchronisation de leurs orgasmes (Cf. Maxime).

                Un rituel de magie sexuelle comporte la même structure qu’un rituel classique de magie ou de sorcellerie. La différence consiste en ce que la visualisation s’accompagne de l’exacerbation de l’énergie sexuelle. Le phénomène de rupture est alors accompagné de l’orgasme. Ce type de pratique demande un entraînement rigoureux afin de contrôler l’acte sexuel et la visualisation dans le même temps.

                Afin d’illustrer ceci, voici un exemple de rituel de magie sexuelle :

Rituel sorcier d’évocation dans la tradition occidentale

            Le local : « … doit être une pièce assez vaste, entre 80 et 100 mètres carrés. Assez haute de plafond, à cause des fumées d’encens et du volume d’air, compte tenu du nombre de participants (la moyenne allant de 15 à 20 personnes). […] La pièce doit être impérativement insonorisée. […] Les fenêtres devront être munies de volets, des doubles rideaux en tissu lourd de teinte uniforme seront sinon indispensables du moins très souhaitables. […] L’ameublement sera strict. Aux murs se trouveront exclusivement les décors utiles au cérémonial à l’exclusion de tout autre ornement. La couleur des murs eux-mêmes pourra être le blanc cassé, le jaune ocre, l’idéal étant le rouge sombre ou éventuellement le bleu nuit.[…] Les sièges pourront être constitués par des poufs en mousse dépliables, qui se transforment en fauteuils ou en matelas. […] Un ou deux coffres bas serviront de rangement pour les accessoires et les vêtements rituels. L’ameublement sera complété par l’autel et un divan bas… »

            Accessoires : Quatre gros cierges blancs, cinq cierges verts, une coupe d’eau lustrale 17 « L’eau lustrale est une eau de rosée, éventuellement de source, récoltée à l’aurore en Lune ascendante, filtrée pour la débarrasser des impuretés. Cette eau est exorcisée et consacrée. L’eau lustrale correspond symboliquement aux quatre éléments. » Pierre Manoury, ibid., page 212. , un poignard rituel, une épée, une baguette, un brûle parfum, de l’encens d’Abral et d’Oliban mâle, une coupe de verre, une corde pour confectionner le cercle. Et aussi un oeuf de cristal 18 L’oeuf de cristal, en magie sexuelle, est un « accumulateur d’énergie, capable de redistribuer cette énergie en augmentant le taux vibratoire. L’utilisation de l’oeuf pourra aider au développement ou au déblocage des centres énergétiques. De même, dans un rituel, il constituera un «champ de force» qui asurera la protection des utilisateurs et permettra dans certains cas précis de «focaliser» en les amplifiant les intentions au moment de la décharge d’énergie provoquée par l’orgasme. » Pierre Manoury, ibid., page 219. et le talisman de Lilith 19 « Pour les magies sexuelles et la haute sorcellerie, Lilith est une déesse tendre et forte qui préside aux magies de pouvoir. Elle est représentée, tout comme Kali, comme une femme noire, très belle, mince et souple, au visage fin et racé, aux pommettes saillantes, au nez mince, aux yeux de biche et à la bouche sensuelle. Elle a les mains longues et fines des danseuses d’Asie et sa voix a les inflexions envoûtantes des chants d’amour des oiseaux des îles. Sa chevelure est très longue, d’un noir de jais et son front s’orne pour les uns d’un troisième oeil vertical, pour les autres d’une vulve délicatement ciselée. […] … En Occident, elle devient un avatar de la Vouivre, femme multiple, déesse des pouvoirs et de la séduction. Elle est la maîtresse des magies sexuelles et possède, comme Kali ou la Lune, un double aspect. Le premier fait de charme et de sensualité, l’autre démoniaque et criminel. » Pierre Manoury, ibid., pages 192-193. .

 

            Le rituel :

            « Trente minutes avant la cérémonie, les participants exécuteront une visualisation sur la finalité du rituel. L’opérateur leur décrira une dernière fois la situation à obtenir.

            Ils pénétreront dans la pièce et prendront les places qui leur sont destinées, l’opérateur fermant la marche. Après s’être assuré qu’il ne manque aucun des objets indispensables au rituel, l’opérateur procédera à la clôture du cercle en compagnie d’une assistante. Celle-ci suivra le pourtour de la corde avec un encensoir dans lequel brûlera de l’encens d’Oliban. L’opérateur suivra en traçant le cercle symboliquement de la pointe de l’épée. Le tracé commencera à l’ouest pour se terminer au même point une fois le cercle bouclé. Tous les assistants seront nus et assis. Seul l’opérateur conservera sa cape.

            Devant l’autel, l’opérateur procédera à l’ouverture du rite en traçant au-dessus de l’autel un pentagramme à l’aide de la baguette. Il dira à haute voix :

Ata gabor laïlam adonaï

            Ensuite il tracera, toujours avec la baguette le Tétragramme, en disant :

Iod Hé Vav Hé

 

            Il procédera de la même façon au nord, puis à l’ouest et enfin au sud avant de revenir à l’autel.

            Face à l’Orient, il dira trois fois :

EGO (son nom rituel),

en se frappant la poitrine.

 

            Un assistant mettra un peu d’encens d’Abral dans le brûle-parfum. Les participants commenceront à opérer le calme mental.

            La jeune femme désignée pour être au centre du rituel s’allongera sur le divan disposé à l’ouest.

            L’opérateur prendra le pantacle de Lilith dans sa main droite, puis tournant le dos à l’autel il se dirigera vers le divan suivi de deux assistants, l’un portant le poignard, l’autre la baguette.

            Face au divan il dira encore trois fois :

EGO (son nom rituel),

en se frappant la poitrine.

 

            Un des hommes participants se placera à genoux à la tête du divan, un autre au pied.

            Les assistants de l’opérateur se placeront à ses côtés déposant les objets rituels sur le sol. L’homme qui se trouve au pied du divan posera un oeuf de cristal sur le nombril de la femme allongée.

            La totalité des participants commencera à visualiser le but du rituel.

            L’opérateur déposera le talisman de Lilith sur le plexus solaire de la jeune femme.

            L’opérateur commencera la formule d’évocation :

Lilith, veni, veni, veni.

Par la vertu des Saints Noms de El, Eloïm,

Eloa, Adonaï, Shaddaï, Sabbaot,

Lilith, veni, veni, veni.

 

            L’opérateur tracera en l’air avec la baguette le pentagramme inversé, ainsi que le signe : lamed (première lettre du nom de Lilith).

Lilith, veni, veni, veni.

Par la vertu des Saints Noms de

El, Eloïm, Adonaï, Sabbaot, Yahedounaï,

Yahedounaï, Yahedounaï.

 

            Lilith écoute notre demande. Je te conjure ô Lilith de venir à notre appel par la vertu des 24 vieillards prêtres du dieu très haut, avec :

Ayasharaya

Baraya

Adonaï

Esbaoth

El Shaddaï

Et avec les Chérubims et les Séraphims

(prononcez Kéroubimme et Séraphimme) :

Boukoukalayim et Koukalayim

Noukalayim

Boukoukalayim

El adjel, El Adjel

Lilith écoute et obéit

par la vertu des noms de :

Ia InaI Ayil

Ia Enouail Ail

Ia Rai Yai Ai Il

Ia Woundai Taiyai Yai Il

Ia Idi Yai Yai Il

Ia Wouzé Ré Yai Tai Il

Ia Ebali Yé Yai Il

Ia Wai Taidai Ayai Yai Il

Whoua You Yai Il

Yai Kira Diti Ei

Ia Lemébété Yié Il

Ia Mé Ber Dé Phé Yai Il

Ia Né Yer Ai Tai Yai Il

Ia Oksé Pha Ai Yil

Ia Ouhai Ai Yil

Yé Lébé Tai Yai Il

Ia Ya Dou Lai Bai Yil

Ia Sha Data Yai Il

Ia Amanou Yil

Ia Phi Lay La Il

Ia Erreusse Tou Yil

Ia Eb Sa Ai Yil

Ia Oulaine Yil.

Lilith, veni, veni, veni.

Lilith écoute notre demande.

 

            L’opérateur à ce moment formule clairement la demande.

            Puis il marque une pause. Pendant ce temps, l’assistante qui se tient à ses côtés prend une coupe de cristal qui était déposée sur le sol près du divan avant le début du rite. Elle rejoint l’assistant qui se trouve de l’autre côté de l’opérateur. Elle se livre sur ce dernier à une masturbation et recueille la semence dans la coupe. Elle remet cette coupe à l’opérateur. Les participants arrêtent leur visualisation et commencent à se caresser, sans conclure d’acte. Les deux hommes qui jouxtent le divan en font autant à la femme allongée. L’assistante qui se trouve près de l’opérateur détache la cape de celui-ci.

            L’opérateur prend le talisman qui se trouve sur la femme allongée de la main gauche, élève la coupe de la main droite et dit :

Lilith reine des amours,

Maîtresse des Passions

écoute notre demande

Lilith accepte l’offrande de nos corps

Lilith participe à nos ébats.

 

            L’opérateur répand la semence de la coupe sur le ventre de la femme qui se trouve sur le divan. Il repose le pantacle et s’agenouille. Les hommes qui sont à côté du divan commencent à faire l’amour à la femme allongée. L’opérateur psalmodie :

Ia, Ia, Ia, Ia, Ia, Lilith….

Lilith donne un signe

 

            À ce moment, il est possible qu’un phénomène se produise dans la pièce et en particulier dans le triangle situé à l’ouest. Ce signe peut même aller jusqu’à l’apparition d’une femme mince, grande, noire et aux longs cheveux. La demande sera alors à nouveau formulée par l’opérateur.

            Dès que la femme qui est sur le lit atteint les premiers signes d’une forte exaltation, l’opérateur l’entreprend et… au moment de l’orgasme : visualisation et le vocable IA.

 

            Durant cette période les participants font de même, l’opérateur se mêle aux ébats, etc…

 

            Après épuisement des énergies, l’opérateur reprend sa place, il se lève en prenant le talisman de Lilith dans la main droite, il dira :

Per virtutem pentaculorum et quia ipsis

pentaculis et verbis creatoris obedientes

fuistis pax sit inter nos et vos, et sitis

odorati fragantia semper venir quando vos

vocabos sine solemnitate aliqua.

 

            L’opérateur marque un temps d’arrêt, puis il trace avec le poignard une croix à branches égales et dit :

Unus quisque ad suum locum.

 

            Il se rend aux quatre points cardinaux et en fait autant.

 

            Le rituel est terminé. » 20 Pierre Manoury, ibid., pages 233-242.

 

                Ce rituel se décompose en 6 phases :

1) phase préparatoire hors de l’oratoire ;

2) matérialisation du cercle magique et ouverture du rituel  tracé d’un pentagramme et d’un tétragramme ;

3) calme mental et visualisation pendant l’évocation de Lilith et formulation de la demande ;

5) actes sexuels et phénomène de rupture ;

6) clôture du rituel.

                On remarque donc, ici aussi, l’utilisation des diverses stimulations sensorielles :

  • odorat : encens
  • vue : décors du lieu rituel ; visualisations
  • toucher : promiscuité des corps
  • ouïe : psalmodies et manifestations vocales diverses
  • goût : rien de particulier.

                De même que dans le Rituel Mineur du Pentagramme examiné précédemment, nous avons, ici aussi, des aspects purement physiques (psalmodies, gestes, tracés, manipulations d’objets rituels, actes sexuels), et une partie purement psychique (calme mental et visualisation). Ici aussi, la notion de conditionnement peut être introduite, dans la mesure où l’acte sexuel se déroule pendant la visualisation : c’est l’apprentissage et la maîtrise d’une technique magique particulière qui implique la simultanéité de l’orgasme et de la projection mentale de la visualisation. Ici, c’est moins la richesse des visualisations qui prime, que la focalisation, en ENOC, de l’attention sur un but prédéfini. La conscience de groupe, la visualisation simultanée et les actes sexuels renforcent la profondeur de la transe. Energie psychique et énergie corporelles sont ici parallèlement mobilisées.

                D’après Maxime, la magie sexuelle peut être aussi pratiquée en couple (ce qu’il fait de temps à autre, m’a-t-il affirmé), et aussi en solitaire quand, n’ayant « pas de partenaire sexuel entraîné sous la main », il est nécessaire de renforcer le rituel par le dégagement de l’énergie sexuelle. A évoquer encore, avant de conclure cette partie, la notion de polarité en magie sexuelle qui inclut le concept de pôle positif et de pôle négatif. Il s’agit de réaliser la conjonction des opposés en situation rituélique : femme ou homme peuvent être positif ou négatif selon leur préparation. C’est une question de contrôle des énergies sexuelles et ceci implique de ne pas pratiquer avec une personne non initiée. Dans les faits, d’après Maxime, même si ce concept se doit d’être respecté, il est des rituels où une personne non initiée peut devenir l' »objet sexuel » du rituel. C’est aussi ça la sorcellerie : un discours plus rigoureux que les faits. C’est ainsi, également, que fonctionnait Aleister Crowley, bien connu pour ses rites sexuels. Il y avait chez lui d’un côté le « dogme », de l’autre sa pratique qui en divergeait par bien des points.

                Après avoir présenté les entretiens et deux rituels, l’un de magie cérémonielle, l’autre de magie sexuelle, il convient maintenant d’aborder l’analyse des données.

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