Expériences de mort rapprochée (NDE), sorties hors du corps et « enlèvement par les extraterrestres » » Champs électromagnétiques et ENOCs

Pour Michael Persinger, la plupart des phénomènes OVNI sont provoqués par des mouvements de la croûte terrestre et ces mouvements telluriques sont directement responsables de l’apparition des illuminations terrestres. En fait, ces déformations, en plus des manifestations lumineuses, ont des propriétés électriques, magnétiques, soniques et mêmes chimiques.

Suite à ces observations, Michael Persinger en est venu à la conclusion que les manifestations électromagnétiques des mouvements telluriques avaient forcément une action sur le psychisme humain puisqu’il y a non seulement vision d’OVNI, mais aussi récits, par les témoins, d’histoires de rencontres rapprochées, de présences et même de voyages en OVNI, d’examens médicaux et de manipulations génétiques par des entités extraterrestres à bord de leurs vaisseaux.

Pour Michael Persinger, ces personnes sont sujettes à des hallucinations provoquées par une stimulation des lobes temporaux. En effet — et Persinger l’a démontré en laboratoire — si l’on stimule ces lobes temporaux avec un champ électromagnétique, le sujet perçoit des présences, voit des apparitions, a l’impression de flotter et de se mouvoir, entend des voix, a des expériences mystiques, « revit » des vies antérieures… Autrement dit, cette stimulation des lobes temporaux est en mesure de faire vivre à un sujet toute la « panoplie » des états non ordinaires de conscience, avec cette sensation de réalité inhérente à ces états.

Pour Kenneth Ring, si l’on arrivait à prouver que les NDE sont dues à une activation des lobes temporaux au moment de la mort, cela donnerait une explication neurologique définitive du processus. Il n’en est encore rien, et les spécialistes des NDE ont encore bien du travail en perspective.

Par contre, en ce qui concerne les vécus subjectifs de cette activation des lobes temporaux par électro-aimant— et c’est là que je reviens aux caractéristiques des ENOCs — Paul Devereux note qu’

« Il est exact que de nombreux sujets ‘‘enlevés’’ déclarent avoir flotté jusqu’au ‘‘vaisseau’’ extraterrestre ; cette sensation de flotter est une sensation typiquement liée à la stimulation du lobe temporal. Dans les expériences de mort imminente, les gens se sentent flotter dans un tunnel en direction d’une lumière. Les personnes ‘‘enlevées’’ ont parfois le sentiment d’être hissées sur un rayon lumineux jusqu’au ‘‘vaisseau’’. Les images et les sensations de mouvement sont très similaires. Les expériences d’enlèvement, de décorporation et de mort imminente ont beaucoup de facettes en commun. Il ne faut pas négliger ces similitudes. »[1]

Michael Persinger ajoute :

« Il ne fait pas de doute que le type d’expérience incluant les expériences mystiques en général et les NDE en particulier, sont en rapport étroit avec l’activité du lobe temporal… Kate Makarec et moi-même avons découvert que toutes les composantes majeures des NDE, y compris les expériences de décorporation, l’impression de flotter, d’être entraîné vers la lumière, d’entendre des musiques étranges, et aussi de vivre des expériences profondes et significatives, peuvent se produire expérimentalement grâce à l’application dans la région du lobe temporal d’une induction électrique de puissance minimale émanant d’une source exogène, à savoir un champ magnétique à ondes alternées. »[2]

Et :

« Puisque l’on attribue la plupart des phénomènes OVNI à des sources énergétiques naturelles, la proximité de ces sources aurait le maximum de chances de susciter une instabilité électrique dans le cerveau de l’observateur. Le type de symptômes et leur intensité varieraient en fonction de l’induction électrique à l’intérieur du cerveau. À mesure de l’augmentation de l’intensité du courant, les effets iraient croissant, du picotement ou de l’impression d’une présence jusqu’à des odeurs ou sons bizarres, puis à la formation d’images de type onirique. À des courants très intenses pourrait correspondre une amnésie partielle, suivie d’une hypertonicité ou de convulsions. Des courants d’intensité extrême entraîneraient la mort, et seule une autopsie très fine permettrait de distinguer ces symptômes de ceux d’une crise cardiaque. Dans le cas de traces de brûlures sur le corps, on attribuerait probablement la mort à une électrocution par la foudre. »[3]

Bertrand Meheust, lui, hésite. En effet, il existe de nombreux cas où les phénomènes naturels décrits par Persinger sont peu envisageables.

Les personnes prédisposées, c’est-à-dire celles qui ont une sensibilité plus grande des lobes temporaux aux phénomènes liés au géomagnétisme terrestre et à ses champs, vivraient donc plus souvent que la majorité des personnes non prédisposées des expériences d’états non ordinaires de conscience.

On a vu avec Kenneth Ring que cette prédisposition peut être liée à un traumatisme infantile, mais aussi être innée, ou bien être acquise par entraînement. Cette théorie est excellente par le fait qu’elle apporte une réponse cohérente à une problématique complexe.

De là à proposer l’hypothèse que toute discipline spirituelle visant à obtenir des états modifiés ou non ordinaires de conscience se résume à l’apprentissage de la maîtrise du fonctionnement des lobes temporaux, il n’y a qu’un pas qui peut être facilement franchi.

De toutes manières, la théorie de Michael Persinger se veut déjà un modèle solide pour de nombreux scientifiques, qu’ils soient neurophysiologistes, psychiatres ou médecins ; autrement dit, tous ceux qui sont confrontés à des sujets vivant des ENOCs.

Pour en revenir aux caractéristiques ENOCs des enlèvements, voici les éléments typologiques en relation avec la transe ecsomatique et que nous propose Bertrand Meheust. Dans l’ordre : l’appel, la paralysie, le bourdonnement ou vrombissement, le transport.

  • L’appel

C’est un thème courant dans le folklore fantastique. Telle personne est attirée par une force invisible. Telle autre par une impulsion, tel autre encore change de route pour une raison obscure.

  • La paralysie

Soit la paralysie se manifeste lorsque le témoin se trouve face ou près d’un OVNI ou lorsqu’il entre en contact avec ses occupants. Soit la victime est paralysée dans son lit. Ainsi, un sujet peut être paralysé dans son lit par des aliens[4] pendant que son conjoint est allongé près de lui, et, malgré ses cris de détresse — le lit étant entouré de créatures malingres, à grosse têtes et de petits yeux rouges, par exemple —, le conjoint ne se réveille pas et continue à dormir comme si de rien n’était.

Ce thème est ancien, on le retrouve dans notre folklore :

« Voici (…) la mésaventure d’un prêtre qui, en 1633, prétendit avoir rencontré sur la lande un groupe d’elfes. ‘‘Soudain il vit une grande quantité d’êtres de petite taille semblables à des pygmées qui formaient une ronde (…). Il fut stupéfait, mais s’avéra incapable de s’enfuir. Il était cloué au sol par une sorte de force surnaturelle. À peine les elfes l’eurent-ils aperçu qu’ils l’entourèrent (…). Alors il tomba, sachant à peine ce qu’il faisait, et les petites créatures se mirent à le piquer sur tout le corps, en émettant une sorte de bourdonnement continu.’’ »[5]

La paralysie est répandue. On la retrouve, comme déjà évoqué plus haut, dans les sorties hors du corps, dont voici un exemple pour rappel :

« Quand je ressens la paralysie du sommeil, je sens un courant électrique courir à travers ma tête et à l’intérieur de mon corps. Ce courant semble partir de l’arrière de ma tête, à mi chemin entre le sommet du crâne et la base du cou. Le courant démarre là, il se répand à droite et à gauche, puis s’enfonce dans mon corps. Pendant l’état de paralysie, je deviens rigide. Cela ressemble aussi à une crise d’épilepsie[6] (…).

Quand nous rêvons , nous sommes d’ordinaire inconscients de ce courant. Les rêveurs lucides, toutefois, ressentent souvent un ‘‘frisson’’ courir à travers de leur corps. (…)

Avec beaucoup de pratique, on peut effectivement induire ces courants et provoquer l’état de paralysie. »[7]

Et dans les épisodes mettant en scène des incubes et des succubes, des démons ou Satan :

« J’ai passé un temps assez bref dans la renaissance chrétienne fondamentaliste. Durant cette période, j’ai entendu beaucoup d’histoires de gens ‘‘épinglés’’. J’ai moi-même expérimenté cela deux fois. L’histoire commence comme ça : vous êtes allongé quand soudain vous vous trouvez incapable de bouger ; si vous êtes comme moi, vous entendez un rire de folie démoniaque. Vous êtes épinglé, incapable de respirer et complètement impuissant. Vous paniquez. Quelque chose d’entièrement surnaturel vous est arrivé. Satan vous a pris et il veut vous tuer ! ! !

Soudain vous vous souvenez que Jésus est tout puissant. De désespoir, vous criez son nom — seulement, vous ne pouvez pas, puisque vous ne pouvez pas bouger la gorge. Vous ne pouvez pas parler. Vous devenez encore plus désespéré. Tout ce qui vous reste, c’est votre esprit. Dans votre esprit vous hurlez quelque chose comme : ‘‘Jésus, sauve moi !’’ Soudain, la paralysie vous quitte, ainsi que les démons si vous en avez perçus. Vous pouvez à nouveau respirer (merci, mon Dieu !). Après avoir repris votre souffle, vous offrez une prière d’action de grâce à Dieu, et vous racontez à vos amis comment vous avez été délivré du démon. »[8]

Penchons-nous d’un peu plus près sur ces cauchemars induisant une paralysie.

Claude Lecouteux donne des précisions intéressantes sur la relation entre les elfes, les incubes / succubes et la paralysie du sommeil.

« En ancien Allemand ‘‘elfe’’ (alp) désigne le cauchemar, et aujourd’hui celui-ci est appelé ‘‘pression de l’elfe’’ (Alpdruck) ou ‘‘rêve elfique’’ (Alptraum). (…) »[9]

Ce cauchemar (cauche : peser ; mare : fantôme ), désigne donc une créature (Mahr) belliqueuse qui étouffe sa victime.

« Le ou la Mahr est donc, dans le monde roman, une créature qui vous assaille et pèse sur vous ; de ce fait, elle est étymologiquement proche parente de l’ephialtes grec, littéralement ‘‘qui saute dessus’’, et de l’incubus romain, soit : ‘‘qui couche dessus’’. La notion de piétinement, étrangère au monde roman et que nous retrouvons dans cauche, est empruntée aux traditions germaniques. Là, le cauchemar vous piétine, thème le plus ancien, puis il vous chevauche. »[10]

… car le dormeur est paralysé. Le chaufaton (lutin domestique de la haute Vallée d’Aulps, Haute-Savoie), autre créature, proche de la Mahr, se comporte comme ceci :

« D’autres fois, quand ils étaient couchés sur le foin à deux ou trois, le chaufaton venait les oppresser et les paralyser sous un poids très lourd, comme s’ils avaient eu une pierre sur eux, les uns après les autres. »[11]

Ainsi, la paralysie du sommeil, connectée à une sensation de présence qui oppresse le dormeur, est un thème connu depuis très longtemps. Il apparaît dans divers folklores et traditions. On le retrouve aujourd’hui sous une nouvelle forme, celle de créatures aliens, qui, tout comme leurs prédécesseurs, harcèlent, paralysent et enlèvent.

  • Le bourdonnement, le vrombissement

Il est souvent présent lors du déclenchement de la décorporation. C’est d’ailleurs ce phénomène qui a poussé Robert Monroe à entreprendre des recherches sur les sons pour tenter de déterminer quelles fréquences pouvaient bien la déclencher. Et il a trouvé : il a inventé la technique HemiSync.

Ces bourdonnements, ces effets de vibrations, sont donc communs aux débuts des processus de rapts par des entités dites extraterrestres et aux transes ecsomatiques. Voilà qui rapproche les deux ENOCs si tant est qu’ils soient si différents que cela. En tous cas, à part la spécifié des scénarios vécus par les victimes d’enlèvements, peu de choses, finalement, au niveau psychophysiologique les distinguent.

On retrouve ce vrombissement également dans les NDE :

« Un homme dont la ‘‘mort’’ se prolongea pendant vingt minutes au cours d’une intervention chirurgicale à l’abdomen décrit ‘‘une sorte de vrombissement franchement pénible provenant de l’intérieur de ma tête. Cela me mit très mal à l’aise… Je n’oublierai jamais ce son’’. »[12]

Ce n’est pas le seul bruit que l’on entend pendant les NDE, il y a aussi des sortes de sonneries, des tintements, des claquements, grondements, détonations… tous sons qui sont familiers aux obeïstes.

Voici un autre témoignage qui rapporte également le même genre de sensations :

« (…) J’ai vu l’infirmière entrer dans la pièce et former un numéro au téléphone ; médecins, infirmières et assistants sont arrivés. Pendant que tout se brouillait, j’ai entendu un son que je ne peux pas décrire ; c’était comme un roulement de tambour très rapide, un son envahissant comme un torrent s’engouffrant dans une gorge. Et je me suis senti monter, j’étais à un mètre environ au-dessus de mon corps, de sorte que je pouvais le voir : j’étais là, et les gens s’efforçaient de me ranimer. Je n’avais pas peur. Je ne souffrais pas ; paix totale. »[13]

Une femme raconte également :

« Il s’est produit une espèce de vibration, une vibration tout autour de moi, entourant mon corps, comme si mon corps tout entier vibrait. D’où provenait cette vibration, je n’en sais rien ; mais pendant que tout se mettait à vibrer, j’ai été comme séparée en deux : je pouvais voir mon corps. »[14]

  • Le transport

Une fois paralysé, le ravi est transporté dans un endroit pas toujours facile à localiser : ce peut être une grotte, un OVNI, un lieu indéfini… Le « ravi » peut avoir l’impression de laisser son corps physique derrière lui. Mais la majorité des récits fait abstraction de ce détail. Souvent le « ravi » dit être transporté sur / par un rayon lumineux ou porté par de petites créatures et se sent flotter en traversant des cloisons normalement solides vers le lieu où va se dérouler la suite du scénario. Généralement le « ravi » est terrorisé, car il ne peut rien faire, et il est à la merci de ces entités qui ne sont pas du tout rassurantes. On les décrit souvent comme des exécutants, même parfois comme des androïdes, le « chef » étant dans le vaisseau et se présentant toujours sous une autre forme : plus grand, intelligent, bienveillant, dominateur et plus humanoïde que les autres. Le retour est souvent instantané. Ou plutôt, le « ravi » se réveille dans son lit.

John Mack, psychiatre, spécialiste de l’étude et du soutien aux « ravis » dresse un excellent profil concernant le transport — et j’aimerais insister là-dessus, car il y a de fortes similitudes avec le phénomène de sortie du corps au début de la transe ecsomatique :

« Les rencontres ayant pour objectif un enlèvement se déroulent la plupart du temps au foyer même de la personne visée ou bien lorsque celle-ci conduit son automobile. Dans certains cas, la victime se promène à pied dans la nature. Une femme fut ainsi kidnappée en plein hiver sur son motoneige, des enfants depuis la cour de leur école. Le premier indice laissant à penser qu’un enlèvement se prépare pourrait être cette lumière intense et inexplicable, blanche ou bleutée, qui pénètre alors dans la pièce où se trouve la personne, ainsi qu’un vrombissement ou un bourdonnement sourd, une étrange appréhension de la part de la future victime, le sentiment d’une présence inhabituelle ou même la vision en direct d’un ou de plusieurs petits êtres d’aspect humanoïde dans la chambre, la découverte soudaine d’un étrange engin à proximité du lieu de la dite ‘‘rencontre’’.

Lorsqu’un enlèvement doit avoir lieu durant les heures nocturnes ou bien, comme cela se produit très fréquemment, durant les premières heures du jour, la victime a d’abord le sentiment de vivre un rêve. Quand on le questionne ensuite soigneusement, il apparaît que le kidnappé ne s’était même pas endormi, ou qu’il venait de se réveiller et qu’il avait bel et bien réintégré sa conscience éveillée. Au début du processus d’enlèvement, le sujet éprouve une espèce de trouble, de chavirement de la conscience, mais cet état est si proche de la ‘‘réalité normale’’ qu’il n’y prête pas attention. (…)

Après ce premier contact, le kidnappé est emmené par la voie des airs (‘‘je flottais’’ est une expression commune à la plupart des sujets) à travers les couloirs du domicile, les murs et les fenêtres, ou encore le toit d’une voiture. Les sujets sont généralement extrêmement étonnés de découvrir qu’ils viennent de jouer au passe-muraille et de traverser sans encombre des objets solides sans éprouver autre chose qu’une faible vibration dans le corps. Dans la majorité des cas, le rayon de lumière semble servir de source d’énergie ou de ‘‘rampe d’accès’’ pour transporter (ou téléporter pourrait-on dire) la victime depuis l’endroit où elle aura été cueillie jusqu’au véhicule spatial où elle est attendue. En principe, le kidnappé est accompagné par un extraterrestre, parfois deux ou plus, qui doivent l’amener à bon port, c’est-à-dire à bord de l’appareil. Il arrive qu’à ce stade le kidnappé se rende compte qu’il a été complètement engourdi ou même paralysé par le contact d’une main ou d’un instrument tenu par un de ces êtres humanoïdes. (…) La terreur et l’impuissance s’ajoutent à l’aspect épouvantable de ce type d’expérience. »[15]

Une des différences fondamentales avec la transe ecsomatique est ce climat de terreur où baigne le « ravi ». En effet, dans les sorties hors du corps volontaires, le sujet ne ressent généralement pas cette peur viscérale[16]. Elle existe, mais uniquement dans la phase d’apprentissage lorsqu’il a peur de « sortir », autrement dit cette peur-là s’apparente à un réflexe de survie : la peur de la mort. Chez les « ravis », il en est tout à fait autrement : ils sont kidnappés par des créatures étrangères, non humaines, pour subir des choses désagréables en général. La peur se rencontre aussi lors des transes ecsomatiques non volontaires, lorsqu’elles se manifestent de manière spontanées. Ainsi, une personne de mes connaissances avait régulièrement peur de s’endormir le soir car elle savait très bien qu’elle allait se retrouver au plafond après s’être sentie paralysée et avoir subit une séance de bourdonnements particulièrement désagréables. Chez elle, cet épisode de sortie hors du corps était accompagné de phénomènes de poltergeist : bruits frappés dans les murs, apparitions de flaques humides sur le sol, mouvements du lit.

Catherine Lemaire, elle aussi, dans ses voyages hors du corps a été confrontée à la peur. Voici ce qu’elle relate :

« … Je suis éjectée de mon fauteuil et projetée d’un bout à l’autre de la pièce par ‘‘quelqu’un’’ d’invisible. Il me penche par la fenêtre. Je suis en haut d’un immeuble. J’ai peur mais je me dis : ‘mieux vaut un mauvais voyage que pas de voyage du tout. Relaxe simplement ton corps.’’ Je détends mon corps. Je suis projetée avec moins de violence. J’ai moins peur. »[17]

Mais ces peurs chez Catherine Lemaire vont en s’amplifiant et plus le temps passe, plus ses voyages hors du corps deviennent difficiles à tel point qu’elle commence à développer une tendance suicidaire qui faillit « la jeter sous une rame de métro ». À partir de ce moment, c’est l’Enfer qui l’amène à provoquer l’arrêt ses expériences et à les considérer comme des hallucinations. Ce qui fut pour elle, une sorte de libération.

Ainsi, ces trois ENOCs ont des caractéristiques similaires mais des contenus divergents. Si dans les NDE et les expériences dites d’enlèvements par les extraterrestres, on retrouve une trame structurée, il n’en est pas de même dans les voyages hors du corps qui sont beaucoup plus libres et riches dans leurs contenus. Par riche, je ne désigne pas la profondeur du vécu et son fort caractère de modification de la personnalité, mais riche en scénarios différents et en expériences.

En effet, dans les NDE, ce qui domine, c’est le passage par un tunnel et la visite d’un monde où le nouveau « mort » est accueilli puis renvoyé parmi les vivants. Et dans les récits d’enlèvements, la victime est kidnappée puis amenée dans un endroit où elle subit des examens médicaux et des expériences absurdes de type génétique et d’insémination artificielle.

Dans les voyages hors du corps, n’importe quoi peut se passer : rencontres avec des défunts, des guides, des extraterrestres, visites de mondes différents, étrangers, parallèles ou multidimensionnels, d’autres planètes, expériences sexuelles, révélations sur le sens des choses et de la vie, rencontres avec son Moi profond et d’autres facettes de son être, extase mystique… Le voyageur décorporé confirmé se sent libre et beaucoup plus riche d’expériences.

Et cette caractéristique se retrouve aussi parmi les rêveurs lucides.

La différence se situe donc à ce niveau précis : dans le contenu de l’expérience.

Si certains ufologues voient dans les expériences d’enlèvements une nouvelle forme initiatique de type chamanique, Bertrand Meheust, lui, y voit plutôt un folklore qui se cristallise sous nos yeux et il y voit une chance extraordinaire pour les ethnologues de pouvoir étudier in vivo sa formation.

En conclusion, les similitudes entre les expériences OBE, NDE et « enlèvement par des extraterrestres » ont été mises en évidence. Celles-ci se retrouvent aussi bien au niveau des caractères mêmes de l’expérience qu’au niveau du profil psychologique des expérienceurs. Il me semble donc que nous avons affaire là au même type d’ENOC se déclinant en plusieurs sous-catégories.

À l’heure actuelle, nul ne peut encore expliquer les particularités des NDE et celle des expériences « d’enlèvement par des extraterrestres ». La seule chose qui les distingue de l’OBE, c’est leur caractère non volontaire, spontané donc, ou provoqué par un traumatisme.

Rêve lucide, OBE et leurs dérivés sont donc des ENOCs dont la caractéristique principale est, pour la personne qui en fait l’expérience, de se trouver immergée dans une réalité alternée, une apparente réalité virtuelle psychique où les sensations de vécu sont exacerbées à un point tel que les sujets ont tendance à y percevoir une réalité tangible vécue sur un autre plan, dans une autre dimension ou un univers parallèle.

 

[1] Paul Devereux, Earth lights revelation, Londres, Blanford, 1989, p. 213. Cité par Kenneth Ring, op. cit., pp. 176-177.

[2] Michael Persinger, Modern neuroscience and near-death experiences : Expectancies and implications. Comment on a « neurobiological model for near-death experiences ». Cité par Kenneth Ring, op. cit., p. 177.

[3] Michael Persinger, The tectonic strain theory, pp. 130-131. Cité par Kenneth Ring, ibid., p. 178.

[4] Extraterrestres. Jean Sider, ufologue français, après avoir étudié les « enlèvements par des extraterrestres » pensent que le terme extraterrestres n’est pas approprié car ces « ravisseurs non humains » ne sont pas nécessairement des extraterrestres d’après les récits mêmes des « ravis ». Jean Sider décide donc de qualifier ces « ravisseurs » du vocable américain alien et il donne de ce terme la définition suivante : « Dès lors que l’on ne peut plus parler d’entités extraterrestres (terminologie trop engagée et trop restreinte), il nous faut en utiliser une autre. Nous avons proposé Aliens, que les Anglo-saxons utilisent dans leur vocabulaire pour désigner les passagers des OVNI. C’est d’ailleurs le seul mot qu’ils ont à leur disposition pour traduire le nom extraterrestres. Ils ont bien extraterrestrial, mais en tant qu’adjectif seulement. Aliens veut dire étrangers aux humains (donc à la Terre). Pour désigner les étrangers au pays, ils emploient foreigners. ». Jean Sider, Ovnis : le secret des Aliens, p. 279.

[5] K. Briggs, A dictionnary of fairies, Allen Lane Ed., 1976, p.26. Cité par Bertrand Meheust, op. cit., p.55. On a ici des caractéristiques OBE : « incapable de s’enfuir, etc. » — ce qui indique un indice de paralysie — et l’effet « bourdonnement » / vibrations.

[6] Ou de tétanie.

[7] Marc Bréault, « Paralysie du sommeil et OBE », in : Rêver, numéro 3, p. 79.

[8] Ibid., p. 78.

[9] Claude Lecouteux, Les nains et les elfes au Moyen-Âge, p.161.

[10] Ibid.

[11] Cité par Claude Lecouteux, op. cit., p.164.

[12] Raymond Moody, La vie après la vie, p.47.

[13] Raymond Moody, Lumières nouvelles sur la vie après la vie, p.52.

[14] Ibid., pp. 52-53.

[15] John E. Mack, Dossier Extraterrestres — L’affaire des enlèvements, pp. 41-42.

[16] Il y a cependant des exceptions lorsque l’obeïste se « déplace » en un milieu ressenti comme « hostile » et malsain.

[17] Catherine Lemaire, Rêves éveillés — l’âme sous le scalpel, p.54.