Interview 3

Interview Christelle

22.03.89 à 14h40

      Christelle est étudiante en Sociologie. 20 ans.

M = Michel ; C = Christelle

M           Ouais, c’est envoyé. Alors tu vas me parler des maisons hantées, comment tu ressens une maison hantée, pour toi, qu’est-ce que c’est… la maison hantée ?

C           La maison hantée… Ben, en général, on conçoit la maison hantée, hantée par un esprit, un esprit… Non. Je préfèrerai d’abord te parler de l’au-delà avant de parler directement d’une maison hantée.

M           D’accord. C’est quoi l’au-delà ?

C           C’est carrément un monde séparé du monde… euh… du monde où nous… dans lequel nous vivons. C’est le monde de l’au-delà. Et moi je trouve justement que c’est le monde irrationnel, c’est le monde… un monde un peu flou, vague. Et je crois qu’en général, les gens admettent plus ou moins l’existence d’un tel monde. Enfin, l’admettent, le, je ne sais pas comment expliquer ça. C’est à dire… l’admettent mais n’y croient pas. Une position assez bizarre.

M           C’est aussi la tienne ?

C           C’est aussi la mienne.

M           Donc, toi tu acceptes, mais tu n’y crois pas ?

C           Et moi je suis quand même dans une position où… Je m’y intéresse quand même. Il y a des gens qui… C’est à dire, la division est faite dès le départ. Le fait que les gens divisent le monde ici-bas et le monde de l’au-delà, c’est que déjà il y a une certaine… rien que le fait de reconnaitre… il y a une certaine crédibilité. Mais on n’y adhère pas complètement. Moi, bon, j’ai cette position, mais je pense que je suis déjà un petit peu plus… C’est à dire j’y crois mais ça me fait peur. Donc, du fait que ça me fait peur, je ne veux pas y croire. Parce que c’est irrationnel. Et que je me dis qu’à partir du moment où il y a de l’irrationnel dans notre vie quotidienne, qui est déjà assez branlante, quoi… si en plus il y a des éléments de l’au-delà qui y entrent qui sont complètement incompréhensibles comme, en tant qu’… évènements (rires)… Moi… franchement, je… J’ai fait du spiritisme. Alors, ça je te l’ai déjà dit. Bon, rien que le fait que je le pratiquais c’est que j’y croyais quand même. Mais tout ce qui pouvait s’y dérouler et qui paraissait complètement fantastique. Parce que tout de suite on applique des mots fantastiques, merveilleux, incroyables… Bon, il y avait des trucs qui étaient crédibles. Bon, l’esprit avec qui on parlait, parle de notre passé et puis toutes ces choses qui se sont réellement déroulées. Prévoyait l’avenir et nous donnait des conseils… Mais je me disais : non, ce n’est pas possible ; il y a une autre explication ; c’est notre inconscient qui réalisait des… je ne sais pas, une hallucination collective, dans ce genre-là. Mais j’essayais toujours de ramener ces expériences qui, justement, étaient en relation avec un autre monde, à des expériences rationnelles, d’expliquer ça d’une façon mathématique, quoi, ou psychologique, des trucs scientifiques, quoi. Et je pense qu’en général les gens, ils s’accrochent au monde quotidien qui soi-disant est rationnel, soi-disant, hein, c’est ce qu’on veut bien se dire, c’est pour se rassurer. Et… en n’y croyant pas à 100% puisqu’ils reconnaissent qu’il y a un autre monde. C’est une situation toujours un peu ambigüe et qui peut en fait se retourner à chaque moment. Quand on se retrouve, je pense, dans le cas d’une maison hantée où on vit ça, on se retrouve un peu désemparé, à mon avis. Puisque je n’ai jamais vécu cette situation. J’ai vécu la situation dans mon appartement, où il m’est arrivé un truc un peu bizarre, quoi. Il faut que je te raconte l’histoire du truc ? …

M           Oui, oui. Justement, c’est intéressant.

C           Donc, euh, j’ai emménagé dans un nouvel appartement. C’est une copine qui me l’avait filé. Donc je ne m’étais pas méfié, ni rien. Et, bon, un soir, je me suis installée sur mon lit, une cigarette qui est tombée dans le lit, je ne me suis pas inquiétée tout de suite, j’ai voulu la rechercher et je n’ai plus jamais retrouvé cette cigarette. Et peu de temps après on m’a dit : écoute, de toute façon, ce n’est pas étonnant, cet appartement (on ne m’a pas dit qu’il était hanté), on m’a dit : m’enfin, il y a une femme qui est (je ne sais même plus si elle s’est suicidée ou si… Si, elle s’est suicidée, je crois). Enfin, c’est une overdose de médicaments. Donc, qui était morte dans cet appartement et… la fille qui m’avait dit : ça, c’est pas étonnant, si t’as des trucs comme ça parce qu’il y a sûrement des influences du fait qu’il y ait cette femme qui soit morte là-dedans. Et à partir de ce moment-là, alors il s’est passé des trucs bizarres. Je sentais quelque chose, quoi. La nuit, je voyais des trucs bizarres. Alors, je ne savais pas si c’était moi qui fantasmais là-dessus, qui avais, du fait que j’avais eu des explications, j’imaginais des tas de trucs, c’est mon imagination qui était débordante. Ou si réellement, il y avait des choses qui s’y passaient. Mais bon, bien sûr, je me suis toujours défendue avec l’histoire que c’était moi qui rêvais. Mais il y avait des, ce n’est même pas des évènements, ce n’est même pas des trucs qui tombaient, ni rien, mais je sentais quelque chose comme qui était dans l’appartement. Bon, il y avait ces ombres bizarres, et une ambiance, vraiment, comme s’il y avait un flux, un magnétisme, alors que ça ne venait pas de moi, c’était pas possible, je me connais assez bien quoi. Qui était là-dedans, et ça, je sentais seulement ça, quand j’étais dans mon appartement. Alors, de là à dire que ça venait… je pense pas. Surtout que maintenant que j’y suis plus, à la rigueur, je pourrais admettre… Mais quand j’y étais, c’était impossible de me faire dire que ça venait de là. Je disais, c’est moi qui rêvais. Parce que sinon…

M           C’était des ombres que tu voyais ?

C           Des ombres. Enfin, disons quand j’étais dans la chambre je voyais des ombres qui, alors qu’il n’y avait aucune raison, c’était des ombres, puisque c’était un studio… Des ombres bizarres qui bougeaient, en plus. Et puis toujours cette impression, cette oppression, cette espèce de sensation qu’il y avait une présence. Et puis bon, d’ailleurs je ne suis pas restée dans cet appartement. Parce qu’au bout d’un moment, j’ai eu l’impression qu’on voulait me tuer. Et j’ai quitté cet appartement parce que, bon, il y a un contexte extérieur aussi. Bon, je m’étais fait agresser dans la rue. Et à partir de ce moment-là, à chaque fois que je rentrais dans l’appartement, c’était à la fois un lieu de refuge vis à vis du monde extérieur, mais quand je rentrais dedans, je me sentais menacée, j’avais l’impression que, que quelqu’un voulait me tuer. Je ne savais pas d’où ça venait, alors, le soir, je fermais à double tour en haut, en bas, je mettais la table devant la porte, et je dormais avec la bombe lacrymogène au cas où cela venait de l’intérieur. Pour te dire jusqu’où ça allait !  Et puis, bon, je ne dormais plus chez moi, j’allais chez mes parents pour n’importe quel prétexte. Et, bon, j’ai quitté cet appartement pour ces raisons, où je n’étais pas à l’aise dans cet appartement. Cela n’allait pas.

M           Et dans le nouveau, ensuite, ça allait mieux ?

C           Et après, je suis retournée chez mes parents. Donc, là ça allait. Aucun problème. Mais, maintenant, faut que je reparte, je vais redéménager, au premier avril, bon, et j’ai une anxiété. Je me dis, où je vais arriver ?  Parce qu’on sait jamais, en fait, ce qui a été précédemment dedans. Tu vois, donc, et là, rien qu’en fait le discours que j’ai eu maintenant, ça prouve quand même que j’y crois d’une certaine façon. Même si je m’en défends, je me dis que c’est pas possible, qu’il existe… Je crois que, justement, on a du mal à en parler. On a du mal à parler du monde de l’au-delà parce que c’est quelque chose d’inconnu, puis qui est… on a l’impression que c’est menaçant.  Moi, j’ai toujours l’impression que l’au-delà, c’est quelque chose qui me veut du mal. Et pas quelque chose de…

M           Malgré le fait que, bon, il y ait des tas de gens qui meurent tous les jours et qui vont là-bas… Et tu penses que, à partir du moment où ils sont morts, ils deviennent menaçants ?

C           Mais je pense que ceux qui veulent du bien…, bon, c’est surtout ceux qui veulent du mal qui se manifestent. Parce qu’en fait, je sais pas, à partir du moment où c’est surtout des esprits, il y a peut-être des gens qui sont toujours, qui ont toujours été dans ce monde-là ?  Pour moi, il n’y a pas automatiquement une relation entre, c’est à dire, le monde terrestre des vivants, et ça voudrait dire, quand t’es mort, tu vas dans le monde de l’au-delà. Non, pour moi, c’est tout un monde de forces, qui ont pas été obligatoirement vivantes précédemment !  Qui existent et puis… Mais je les sens négatives vis à vis de moi. A part dans le cas du spiritisme, etc. Encore que dans le spiritisme, on a des expériences où on… on est tombé sur des esprits mauvais, quoi !  Qui nous insultaient, etc…

M           Et ça s’arrêtait là, je veux dire, il n’y avait pas d’autres manifestations ?

C           Non, non, non, non. Bon, avec le verre, quoi, le truc du spiritisme normal. Mais, de toutes façons, dès qu’on tombait sur un esprit qui était plus ou moins…, qui sortait des choses un peu choquantes, comme ça, bon, ben, on s’en… on arrêtait. Mais toujours, on sortait de là, puis on disait : bof, c’est l’autre qui a fait bouger le verre, je suis sûre ; des trucs banals quoi. Mais l’histoire de la maison hantée, justement que tu traîtes (La maison présumée hantée de la place des Orphelins à Strasbourg.), moi ça… D’un côté, je me dis, ouais, de toute façon, elle est vide, il y a personne dedans, elle est pas hantée, c’est une maison abandonnée. Et puis de l’autre, j’essaye quand même de trouver une solution, je me dis, si, de toutes façons, il y a des gens qui disent qu’elle est hantée, c’est qu’il y a quelque chose.

M           Ça peut être une rumeur !  Puisque la maison est toujours fermée.

C           Oui, mais fondée sur quelque chose.

M           Fondée sur le délire de quelqu’un. Peut-être.

C           De toutes façons, je pense qu’à la base d’un délire, il y a toujours quelque chose de réel. Enfin, de réel, de… d’un évènement qui s’est réellement déroulé, quoi. Donc, je pense que ce serait intéressant de voir s’il y a vraiment quelque chose. Mais je sais pas si c’est vrai (rires). S’il y a quelque chose, si ça vient de (rires) d’autre part. Qu’est-ce que pourrais encore te dire ?..

M           Ben, une maison hantée, pour toi, c’est quoi ?  C’est menaçant ?

C           Si moi, j’y habite pas, je veux dire, c’est intriguant.

M           Intriguant. Donc, il y a quand même une attirance ?

C           Ouais, c’est une curiosité que j’ai. Que j’aurai plutôt vis à vis d’elle, mais c’est sûr que si je suis obligée de m’y approcher, ça sera de toutes façons menaçant parce que c’est quelque chose d’inconnu.  De toutes façons.  Même si, en fait, il n’y a pas d’évènements dangereux qui se déroulent, ça sera menaçant parce que c’est quelque chose d’impalpable, d’irréel, donc, automatiquement, on se sent menacé dans son… en soi-même, quoi.

M           Est-ce que c’est l’invisible qui fait que ça devient menaçant ?

C           C’est le fait que ça soit invisible et qu’en même temps ça… c’est à dire que c’est quelque chose d’immatériel, donc d’invisible, mais qui ait des… des conséquences dans la vie, justement, matérielle. C’est ça qui est… (…) justement, cette espèce de… d’amalgamme des deux, c’est à dire, la cause est invisible, mais la conséquence est matérielle, il y a des trucs qu’on voit justement… C’est ça qui fait qu’on panique, à mon avis. Moi, c’est comme ça que je réagis, en tous cas. Quand il y a quelque chose dont je vois pas la cause, c’est tout à fait… c’est stressant.  Moi, je sais, j’ai tendance à assimiler toujours ça à une force qui me menace, c’est du mal, quoi. Il faudra qu’on me prouve que c’est du bien !  Mais même, j’y pense pas, moi, je suis bien là où je suis, j’ai pas besoin de croire quelque chose de plus loin. Non, non, non. Sinon, je deviens… sinon, je perds mon équilibre, déjà, je trouve ça assez difficile dans… rien que dans le monde des vivants d’avoir un équilibre, mais, je pense que si, en plus, l’irrationnel et l’invisible et l’au-delà qui pénètrent là-dedans…, moi, je me sentirai, justement, dans un risque de perdre ma stabilité et de devenir folle quoi. Enfin, peut-être que je suis folle maintenant et que je serai bien après, je sais pas ?  Enfin, tu sais pas où est la folie et la normalité, mais… D’ailleurs, on a toujours une vision…, vis à vis des astrologues, t’as dit, justement, la maison de la sorcière, bon, c’est vrai, c’est ça, hein !

M           Oui, je te l’ai dit, mais c’était une vanne.

C           Ouais, tu sais que, moi par exemple, je vois ma mère vis à vis de tous ces genres de choses, bon, pour elle, c’est des gens qui, à partir du moment où on aborde ce sujet, ou on fait mine d’y croire, bon, c’est qu’on est, ça va pas, quoi !  Il y a quelque chose qui va pas. Bon, il y a assez d’éléments dans la vie quotidienne et réelle pour qu’on n’aille pas encore chercher autre part. Mais bon, elle croit en Dieu. Alors que bon, ça c’est aussi quelque chose, mais, je dirai pas de l’au-delà, mais enfin si, c’est de l’au-delà, hein.

M           Si, tout à fait.

C           C’est tout à fait des choses de mystique. Et ça, les gens le prennent beaucoup mieux, parce que, bon, ça a été standardisé, tout ce que tu veux… Mais… Et les autres personnes réagissent comme moi en général, vis à vis de l’au-delà ?

M           Beaucoup de gens disent que l’au-delà, c’est quelque chose de pas bon. On en a peur. On n’aime pas. Surtout les manifestations. Je veux dire, une maison hantée, c’est une force, une force immatérielle, sans dire que c’est un esprit, qui fait une action sur quelqu’un, quelque chose. Et cette action est mal vécue. Pourquoi ? Parce que elle fait du bruit, elle bouge des trucs, elle bouge des meubles, et on a l’impression d’être menacé. Mais pas forcément.

C           Oui, mais ça, je veux dire, c’est un corps étranger, c’est quelque chose d’étranger. C’est un peu…

M           Pas sûr. Parce que justement, j’ai eu une personne qui m’a raconté que : il y avait une maison hantée, qui avait une action sur les gens qui vivaient dedans, et qui en fait exacerbait les problèmes, par exemple les problèmes de couple, de personnalité entre deux individus dans un couple, qui accentuait ceci, mais c’était la maison qui exacerbait cela. Et il fallait pas forcément faire un rituel d’exorcisme de la maison, mais plutôt demander aux gens d’aller habiter ailleurs. Parce que la maison, elle était bien en elle-même. C’était un tout harmonique. C’est à dire que l’esprit qui était dedans, habitait là et n’avait pas forcément envie d’être dérangé.

C           Donc, chaque fois qu’il y avait un individu, un être humain dans la maison, l’esprit réagissait de cette façon-là ?

M           Non, c’était un couple qui avait eu des problèmes…

C           Donc, ils sont partis ?

M           Je ne me rappelle plus comment ça c’était terminé. Mais donc le type disait qu’il fallait donc bien voir qu’est ce qui était partie des problèmes psychologiques, et qu’est ce qui était partie du phénomène de hantise. Qui était pas forcément un phénomène de hantise, qui était simplement la manifestation de la maison. Qui avait une « mémoire », qui avait une influence. Qui pouvait donc servir de catalyseur à des problèmes déjà existant, chez les personnes. C’est pas si simple. Parce que les cas de maisons qui tremblent, dont tous les objets volent, c’est pas très courant, hein ?

C           Oui, mais on a tendance, justement, à amalgamer tout de suite, dire que c’est un esprit mauvais, de toutes façons, si il pique notre maison, c’est que déjà, ça va pas…

M           Il faut aussi s’imaginer qu’il y a peut-être quelqu’un qui vit là et qui a pas envie d’être dérangé, alors qui fait du bruit !

C           Ouais, mais de toutes façons, on s’imagine pas qu’une personne qui est morte, qui n’a pas d’enveloppe charnelle, puisse occuper une maison. Dans la logique, je dirai, presque cartésienne, quoi, il n’y a que des gens, qui ont une enveloppe charnelle, qui sont là, qui peuvent habiter une maison. Donc, automatiquement, on a cette réaction de se dire bon, enfin moi, je serai… j’aurai réagi très mal si on m’avait dit : oui, il faut respecter l’harmonie de la maison, (rires)…

M           C’est sûr. Je comprends.

C           Je crois que j’aurai… Qu’est-ce que je peux encore te dire ?

M           Oui, alors, tu me parlais de ton enfance où tu mélangeais esprit et réalité. Quelque chose comme ça.

C           Oui, c’était ça. Quand j’étais, je peux plus te dire exactement, je devais avoir une dizaine d’années à peu près. Et, justement, je savais pas, vraiment, je savais pas si je rêvais ma vie, donc j’avais déjà ça, je savais pas…, j’avais l’impression que je rêvais ma vie, que j’allais me réveiller, que j’allais me retrouver, bon, je sais pas où, hein !  Mais j’allais me réveiller. Que ce que je faisais, c’était un rêve. Puis je ne comprenais pas, je me disais que les couleurs c’était pas normal qu’on les voyait, y avait un truc, qu’en fait, bon, je les voyais peut-être comme ça, mais on les appelait de la même façon, mais ma voisine voyait pas les mêmes couleurs que moi. Mais on les appelait de la même façon. Puis, ce qui m’intriguait c’était pourquoi on appelait un bol un bol. Ah, c’était vraiment ma grosse, j’allais chez ma mère et je lui disais : écoute, maman, mais explique-moi ! Moi j’ai pas envie d’appeler ça comme ça et…  Bon (…)  Bon, ça je pense que c’est le genre de questions que se posent tous les enfants. Ça, je pense pas que ce soit… Mais, par contre, j’étais persuadée, parce qu’il y a le plus jeune frère de mon père qui est mort d’hydrocution. Il devait avoir quelque chose comme 18 ans. Et un truc que mon père, m’a raconté ça. Il m’avait raconté que, justement, mon père venait de s’acheter un maillot de bain, il lui avait prêté le maillot de bain, et qui s’est, il venait juste de l’acheter, et que son frère, donc, s’était noyé avec son maillot de bain. Et que mon père quand il était p, quand, il a toujours eu, je sais pas, cette espèce d’équation, c’était mon maillot de bain comme si c’était son maillot de bain qu’il lui avait prêté qui avait été plus ou moins directement la cause de sa mort. Et moi j’étais persuadée d’être en relation, de parler à cet oncle. Que j’ai jamais connu, donc. Puisque moi, je suis née plusieurs années plus tard. Être en relation avec cet oncle-là. Et bon, qui me disait que, bon, je devais rassurer mon père, etc. Et que j’étais.. Il me parlait, quoi. Il me parlait souvent, en plus dans un endroit spécial, c’était dans le couloir avant que j’aille en cours. C’est toujours à ce moment-là que j’avais cette impression-là. Et puis comme, justement, à l’époque, bon, j’me. A l’époque, je me, j’étais pas encore, j’avais pas encore la trouille. (…) Non, non, je croyais vraiment que je parlais !  De toutes façons, je pensais que je rêvais ma vie, donc je me disais que c’est normal qu’il me parlait puisque j’étais pas dans, j’étais en train de rêver. Puisqu’il me parlait, il était réveillé !  Et j’étais persuadée de tout ça. Et puis, bon, après, à travers toute mon éducation, je suis devenue rationnelle, et maintenant j’y crois plus. Mais… 

M           Et il ne t’a plus parlé ?

C           Non.  Par contre, ça justement, je l’ai pris à la dérision, mais ça fait…, j’ai ma grand’mère qui est morte au mois de décembre. Et, il y a plusieurs fois, dans mes rêves, où, bon, il y a ma grand’mère qui est venue me parler. Et puis, mes parents ont des problèmes entre eux, en ce moment. Qui me dit : écoute, faut pas que ta mère fasse des conneries, moi, j’ai déjà fait des conneries quand j’étais jeune… Bon, des tas de trucs. Mais vraiment, c’était pas un rêve, c’est à dire, moi, d’habitude, quand je rêve, c’est comme si je voyais un film, tu vois. C’est rare, les rêves où j’ai l’impression d’être impliquée, où je sens le rêve. Bon, même si je me vois dans le rêve, je suis… je le sens pas, quoi. Et là, j’avais vraiment l’impression qu’il y a une partie de ma nuit où j’étais réveillée, qu’elle est venue me parler. Et le matin, d’ailleurs, quand je me suis levée, j’étais chez ma mère, et je lui ai dit, naïvement, en rigolant, mais je lui ai dit : tu sais quoi, cette nuit, il y a mémé qui est venue me parler, et puis j’ai attendu que mon père soit parti, et je lui ai dit ouais, elle m’a dit que tu devais faire un peu gaffe en ce moment. Elle m’a dit, mais arrêtes tes conneries. Et, bon, ça m’est arrivée deux nuits de suite, quoi. Après, on a parlé d’autre chose mais, ça m’a pas paru bizarre, mais, bon, je me suis dit, c’est un rêve, quoi. Là, ça m’a assez troublé, quoi. Surtout que même à partir du moment où ma grand-mère est morte, pourtant je crois pas en Dieu ni rien, et, quand elle est morte, je me suis, j’ai dit à ma mère : tu sais, de toutes façons, là-haut, elle est bien maintenant, je le sais. Je lui ai dit un truc comme ça. Mais elle m’a dit : mais mpff. Parce que bon ma mère, elle a une situation un peu, elle est à la fois croyante, à des moments, quand elle en a besoin, et puis bon, euh, agnostique ou même totalement, ou je ne sais pas quoi, tout ce que tu veux, quand ça l’arrange, quoi. C’est une situation, je crois que, pas mal de personnes vivent. Et elle m’a dit : oh mais… Parce que je la voyais pleurer et je me suis dit, je vais lui dire ça pour la rassurer. Mais je le pensais réellement, je me suis dit, parce que, bon, c’est une femme qui a eu pas mal de problèmes dans sa vie et tout ça, qui a fait des choses qui étaient pas toujours très… Et je me suis dit : non. Je me suis dit, je sens que… Je sentais vraiment qu’elle était, qu’elle était bien. Comme si elle me l’avait dit, quoi. Quelque chose m’avait dit, bon, de toutes façons, c’est bon, elle est là en haut maintenant, elle est morte, elle a un peu souffert, mais c’est bien.

M           Elle a un peu souffert dans la vie ?

C           Elle a un peu souffert dans la mort et dans la vie.

M           Dans la mort et dans la vie ?

C           Oh oui.

M           Et maintenant, elle est bien ?

C           Maintenant, elle est bien. (rires)

M           Et l’oncle, il était bien aussi ?

C           Mais écoute, je n’ai pas du tout… Disons ce qu’on en dit, c’était… Ouais, c’était un type bien, quoi. Mais il est mort jeune, hein !

M           Non, mais je veux dire : après. … dans le couloir ?

C           Après oui, bien sûr. Mais c’était mon copain, hein. Ah ouais, là, il y a aucun problème, hein. Surtout, ce qui m’intrigue, c’est que je le connaissais pas. Je l’ai vu, j’ai qu’une photo, je veux dire… Je me le représente, qu’à travers une photo qu’il y a chez ma grand-mère. Et bon, mais j’ai jamais… Mais je sais pas, parfois je me dis que c’est moi qui ai besoin de parler, alors je m’imagine que je parle à quelqu’un. Mais, je crois que… si je réfléchis bien… C’est les deux exemples qui me frappent le plus, les exemples que j’ai eu dans mon enfance et puis là, dernièrement, ma grand-mère, quoi. Ça m’a fait drôle. Surtout que j’ai eu besoin de le dire à ma mère, tu vois, si vraiment, j’y croyais pas, j’aurai pas besoin d’aller le dire à ma mère, mais je me suis réveillée le matin et c’était tellement encore prenant que je suis allée lui dire. Alors, je sais pas. Maintenant, je suis un peu sceptique.

M           Tu les entends comment ?

C           Alors, attend, ma grand-mère donc, c’était, elle me parlait…

M           Oui, mais, elle te parlait : tu l’entendais distinctement ?

C           Ah oui.

M           C’était sa voix ?

C           C’était sa voix.

M           Tu ne la voyais pas ?

C           Non. Enfin, en tous cas, bon, c’est surtout sa voix, quoi. Puis sa présence.

M           Tu sentais sa présence ?

C           Oui.

M           Dans la pièce ?

C           Mais je dormais. Enfin, c’est à dire que ça s’est passé la nuit. Donc, je ne sais pas si c’est… Mais je sentais comme si elle était à côté de moi. C’est à dire que, comme si… comme si elle était encore vivante, quoi, mais sans la voir. Juste en entendant sa voix. Et alors, faut que je me souvienne, mais ça me parait… j’ai l’impression que l’histoire de mon oncle, c’était proche, quoi. J’ai pas l’impression que ça s’est passé quand j’avais 10 ans, quoi. Là, c’était, il parlait dans ma tête. Donc, je sais pas comment, je sais pas si j’entendais ce qu’il me disait, ou si… il parlait à travers mon… je sais pas comment expliquer ça. Mais je pense pas que j’entendais sa voix. Je crois pas que j’entendais sa voix. Alors, je sais pas comment dire, comment décrire la façon… mais je crois pas, non, non, il parlait à travers ma pensée. Il s’exprimait à travers moi. Mais, c’est bizarre, hein. (rires). Je suis possédée, ça y est (rires). … Ouais, je crois bien que c’est ça : il ne parlait pas. Et puis ce qui me frappait, toujours, c’est que c’est toujours à un endroit précis. Enfin, dans un… Dans, justement, dans cette école. Ça m’est jamais arrivé chez moi. C’est toujours dans cette école, dans l’école, particulièrement dans le couloir de l’école, où je lui parlais. Et à aucun autre endroit. Alors, je sais pas si… je sais pas du tout.

M           D’accord. T’as pas d’autres détails encore ?

C           Pas qui me viennent…

Fin de l’interview.