La Cérémonie

Le fire man apporte tout d’abord 6 pierres à l’intérieur de la hutte :

  • 1 pour la Terre
  • 1 pour chaque direction de l’espace : Ouest, Nord, Est, Sud,
  • 1 pour le Créateur.
  • La 7ème, aujourd’hui, pour le renouveau de la spiritualité Lakota.

Puis, il entasse autant de pierres que le souhaite celui qui dirige la cérémonie, dans le trou central.

L’officiant bénit les pierres avec du cèdre, et la fumée du cèdre brûlé emplit la Sweat Lodge et en fait un espace sacré.

Les participants, dévêtus – car on est nu dans le ventre de sa Mère – entrent un à un dans le sens de la marche du soleil et s’accroupissent autour du trou empli de pierres brûlantes. Le fire man amène l’eau. L’officiant fait brûler de la glycérie^ à l’odeur aimable à tout ce qui a été créé et convie ainsi tous les Pouvoirs positifs et aussi négatifs à être présents dans la Sweat Lodge. Puis il brûle de la sauge qui chasse le négatif.

Le rabat de la porte se referme,1’obscurité totale se fait. De l’eau est versée sur les pierres, la vapeur brûlante se répand. Prières. Enseignements. Chants.

4 fois la porte s’ouvrira et se fermera.

Ce n’est qu’après s’être déjà purifié lors de la première « porte » que l’on est assez ouvert au sacré pour pouvoir toucher la Pipe. Au cours de la 2ème « porte » – 2ème partie de la cérémonie -, la Pipe passe, toujours de gauche à droite. Chaque participant tire 4 bouffées – sans l’inhaler la fumée -, et son souffle, qui est prière et offrande, concerne et emplit le monde entier présent dans la Sweat Lodge. Et entre en communication avec le Centre où est présent Wakan Tanka. Puis il passe la Pipe à son voisin de droite en disant « Mitakuye Oyasin » (je prie pour toute ma Famille). Lorsque le tour complet est fait, la Pipe passe au fire man qui finit de la fumer, accroupi sur le sentier qui va de la terre au feu.

Lorsque.la cérémonie s’achève, les participants sortent de la Sweat Lodge, purifiés, s’étant ouverts au sacré, ce qui signifie aussi nouvellement nés, neufs. Et apte, à ce moment-là, à pratiquer un autre rituel s’il y a lieu.

Paroles d’un prisonnier indien ayant retrouvé sa tradition de la Sweat Lodge :

« Dans cette cérémonie, je ressens une communion avec autrui, cela me donne un point de référence. C’est une perpétuation de ma culture. La danse du soleil et les autres cérémonies sont conduites comme autrefois. Cela m’a personnellement aidé à arrêter de boire. C’est une des raisons qui font que je continuerai à pratiquer la hutte de sudation tout le reste de ma vie… La hutte permet à tous les Indiens de communiquer : Chippewa, Creek, Sioux, etc. Tous comprennent la hutte de sudation… On ne peut pas mentir dans la hutte, cela est impossible. Seule la vérité peut y être présente.

Cette cérémonie est un moyen de comprendre la Terre-Mère et de se comprendre soi-même.

Je n’irai pas plus loin dans la description de la cérémonie, car, comme le dit Lame Deer, il faut y participer pour sentir -non pas intellectuellement, mais avec la totalité de l’être – tout ce que signifie, tout ce qu’est le rituel de la Sweat Lodge.

La Sweat Lodge est la cérémonie qui précède tous les autres rites sioux, grands ou petits. Ce qui est aisé à comprendre puisque, qu’il s’agisse du départ pour la quête de vision ou de la danse du soleil, par exemple, le passage de l’état profane à l’état de réceptivité au sacré est condition sine qua non de la bonne évolution de ces autres rites.

J’ai surtout parlé de la cérémonie de purification. La Sweat Lodge sert également à des buts thérapeutiques, comme je l’ai évoqué plus haut. Le rituel de guérison, dans ce cas, est toujours précédé du rite de purification et ainsi, la cérémonie de guérison durera plus longtemps que celle de purification. Je ne développerai pas ici cet aspect de thérapeutique.

Qui entre dans la Sweat Lodge ?

Tout le monde doit avoir accès au sacré. Ainsi, le bébé d’une semaine aussi bien que le vieillard, homme ou femme, entre dans la Sweat Lodge, et tous les âges intermédiaires. Avant toute action ou entreprise importante, ou tout autre rite, l’on pratique la Sweat Lodge de purification.

À cela toutefois, quelques exceptions : celui qui a tué ou torturé, donc commis un acte qui a gravement lésé autrui – ceci en-dehors des actes de guerre reconnus socialement – ne devrait pratiquer la Sweat Lodge que seul et pas avec d’autres personnes. Le passage ontologique du profane au sacré ne lui est pas interdit, bien sûr, car rien ne doit se mettre entre l’homme, quel qu’il soit et son Créateur. Mais il peut se produire que des « vibrations » négatives, émises par cet homme puissent, dans la Sweat Lodge, se communiquer aux autres participants. D’où la recommandation de pratiquer le rite seul, pour cette personne.

Il est une autre catégorie de personnes qui ne peut, en aucun cas, approcher de la Sweat Lodge ou toucher les objets sacrés et encore moins participer au rite : ce sont les femmes pendant leurs règles.

De plus haute tradition même les femmes ne pouvaient jamais participer au rite pendant leur période de fécondité, mais seulement avant leurs premières menstruations et après la ménopause. Peut-être aussi pendant la grossesse ?

Actuellement, l’interdit touche seulement les quelques jours – l’on dit 4 jours – de la menstruation (mais il est possible que cette latitude ne dure pas au-delà de l’été prochain).

Il ne faut pas voir dans cet interdit un quelconque  » racisme  » à l’égard de la femme, ou de dévalorisation de celle-ci. Car, dans la vision Lakota de la femme, celle-ci est naturellement plus proche du sacré que ne l’est l’homme.

C’est une femme qui a apporté, directement ou indirectement, les grands rituels lakota. Cette femme sacrée a été la messagère envoyée par le Créateur aux hommes afin qu’elle leur apprenne comment communiquer, se mettre en relation, avec le sacré.

Pour le Lakota, le temps des règles est, pour la femme, la période pendant laquelle elle se purifie – dans le sens vu plus haut -. C’est à dire que la nature même de la femme la fait entrer spontanément en contact avec le sacré tous les mois et pour la durée de 4 jours, chiffre sacré.

Donc, la femme, de par sa nature même, entre en contact avec le sacré chaque mois. L’homme, de par sa nature même, ne dispose d’aucun processus naturel pour cela. La femme a donc donné à l’homme la Sweat Lodge pour qu’il puisse également se purifier.

Pendant le temps des règles, traditionnellement, les femmes se rendaient dans un tipi spécial – le tipi de la lune – qui leur était spécialement réservé et duquel n’approchait jamais aucun homme. Là, elles vivaient 4 jours de prières. Et cela pour leur propre bien et aussi pour celui de la communauté. Et elles y recevaient les enseignements des vieilles femmes (les vieux étaient considérés comme dépositaires de la sagesse).

Pendant ce temps, leur mari devait s’occuper des enfants, les nourrir, les soigner, faire la cuisine et entretenir l’habitation. Et théoriquement, les autres femmes de la famille venaient s’assurer de la bonne facture de tout cela et houspillaient le mari si c’était mal fait (?).

Il y a une autre façon d’expliquer l’interdit et qui rejoint tout à fait ce qui précède : le sacré est, bien sûr, chargé de puissance, de pouvoir, de forces. La femme est considérée, pendant ses règles, comme le lieu d’un maëlstrom de forces pouvant être contradictoires. Et, de ce fait, il pourrait advenir, si elle se trouve à proximité d’autrui – mari inclus – que des émanations de ces forces en viennent à influencer, à affecter autrui ou elle-même, de manière négative. Or, la Sweat Lodge est, tout particulièrement, un lieu de communication, aussi entre les participants au rite. Les barrières y tombent et chacun y est ouvert à chacun. Ce maëlstrom de forces pourrait être dangereux dans la Sweat Lodge pour les participants.

La femme ishnati – « qui habite seule  » – serait ainsi le siège d’un pouvoir connecté au sacré pendant les 4 jours de son isolement. Ce pouvoir, n’ayant rien à voir avec l’état d’être profane, peut y être néfaste.

Un des 7 grands rituels Lakota est celui qui prépare une jeune fille à être une femme (il n’y a pas de grand rituel préparant un jeune homme à être homme, puisque la quête de vision n’est pas spécifiquement réservée aux hommes). Cette cérémonie prend place tout de suite après les premières règles de la jeune fille, concerne la communauté entière, se clôt par un festin et un « give-away », dans la joie.

Ainsi, il ne faut pas mal comprendre l’interdit de la Sweat Lodge aux femmes ishnati. C’est bien là une prise en compte de la sacralité inhérente à la femme – qui est celle qui donne la vie. Et pas un ostracisme lié à une quelconque conception de saleté ou d’impureté.

Il est dit : « La femme sera comme la Terre-Mère ».

Aucune formulation analogue n’existe pour l’homme, à ma connaissance.

 

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