La conjonction des opposés

      Deux mondes s’entrechoquent, apparemment. Celui des matérialistes, qui ne voient dans les phénomènes paranormaux que la manifestation d’un inconscient, à la rigueur collectif, pour expliquer certains phénomènes, et qui, surtout, se reposent sur les théories modernes de la physique pour étayer leur raisonnement. L’existence d’autres dimensions, d’autres plans d’existence, et, autrement dit, l’existence d’une vie indépendante après la mort est tout à fait exclue de leur vision du monde.

      Et puis, il y a le camp des spiritualistes, qui rejettent en bloc ces explications dites scientifiques, et qui reconnaissent sans aucun doute possible l’existence de plans d’existence après la mort. Ce sont des personnes qui ne veulent pas réduire leur perception du monde au seul monde réel et visible de tous les jours, et qui pensent qu’une autre dimension est accessible à l’humanité, au-delà du conscient, au-delà de l’inconscient, ailleurs.

      Ces deux groupes sont irréconciliables et, peut-être voués à s’opposer jusqu’à la fin des temps. Car, dans ce domaine, ni une des parties, ni l’autre, ne pourront jamais prouver la validité absolue de la réalité de leur croyance. Car, au fond, nous sommes là dans le domaine de la croyance, de la profession de foi. Et, en fin de compte, cela prend parfois l’aspect d’un dialogue de sourd dont l’intensité sonore n’a d’égale que la futilité des arguments.

      Et pourtant…

      Pourtant, il existe une troisième solution, la voie du milieu, la conjonction des opposés. C’est le professeur Rhine, qui, le premier, a émis une hypothèse très pertinente. Mario Varvoglis nous la présente dans son article « Quantons sous la Psi ! » :

            « Rhine, le père de la parapsychologie moderne, introduisit une troisième approche, qui se dégageait à la fois du point de vue spiritualiste et du point de vue matérialiste, et regardait le Psi comme une manifestation de la psyché. Parce que de nombreuses expériences suggèrent que les capacités Psi ne sont limitées ni par la distance, ni par des barrières physiques, ni même par le temps, l’école de Rhine en vint à penser que toutes les données reliées à l’après-vie, ainsi que les phénomènes médiumniques, pouvaient être expliqués simplement par les phénomènes Psi, sans avoir besoin de faire référence à des entités désincarnées ; ce point de vue est appelé l’hypothèse super-ESP. »[1]

      Ces phénomènes Psi pourraient être la manifestation de ce qu’on appelle le corps subtil. Si l’on accepte le modèle de l’âme des anciens scandinaves, – prenons-le à titre d’exemple -, nous avons Fylgia qui peut prédire l’avenir. Étant vivant, nous pouvons recevoir des prédictions, sachant que l’univers des particules permet à celles-ci de voyager dans le temps ; étant mort, nous pouvons faire parvenir des prédictions à des vivants. Rappelons-nous que Hugr permet à son propriétaire d’agir à distance, de prendre forme et de réaliser les désirs voulus. Il le peut toujours ayant perdu le corps physique. Et puis, Hamr permet le voyage hors du corps avec des formes corporelles différentes suivant l’envie du porteur. La caractéristique principale de l’âme est d’être immortelle. La seule chose qui différencie l’avant de l’après, est la perte du corps physique à la mort. Mais les propriétés de l’âme restent identiques.

      L’âme contient, en tant que support psychique immatériel, les instances conscientes et inconscientes. En ce sens, elle garde autonomie et pouvoir d’action quel que soit son « lieu de résidence ». Et en conséquence, elle est le trait d’union, la conjonction des opposés, le dehors et le dedans, et aussi, par extension, l’un en le tout et le tout en l’un – puisque tous les êtres et toutes les choses de l’univers sont reliés, d’après les philosophies orientales.


[1] La Science et ses Doubles, Paris, Revue Autrement, 1986, page 142.