L’âme

L’AME

      Une autre question est de savoir ce qui anime les revenants. Il s’agit de l’âme. Voici la conception de l’âme chez les anciens scandinaves. L’âme est composée de trois parties :

Fylgja     c’est le double de l’individu qui est comparable au Ka égyptien, « une sorte d’ange gardien prenant la forme d’une entité féminine ou d’un animal protégeant la famille ou la personne qu’elle a adoptée ». Il a deux fonctions, la première consiste en la protection, comme vu précédemment, la deuxième en la prédiction. Celle-ci se passe généralement pendant le rêve où le double apparait.

Hugr  est une force agissante ayant une vie propre. Il peut s’évader, prendre forme et réaliser les désirs de son propriétaire. « Le hugr, cette force qui va et dispose momentanément d’une personne pendant son sommeil, peut prendre une forme (hamr), une autre figure, humaine ou animale, et agir à distance, se montrer à un dormeur ou intervenir corporellement. »[1] En tant qu’hypothèse, il est possible que ce soit hugr, qui agisse dans les cas de poltergeist.

Hamr  est la forme interne de l’homme, celle qui détermine l’apparence extérieure. Un homme peut avoir plusieurs hamr, et, de plus, il n’est pas limité à son corps. Il peut voyager. Dans ce cas, l’homme se met en état de léthargie, et son hamr voyage et peut prendre plusieurs formes, selon son désir. Cela rappelle évidemment le voyage chamanique, où le chaman quitte son corps en esprit pour voyager dans le monde des êtres non-incarnés. Et, d’autre part, cela présente d’étranges similitudes avec ce que l’on appelle, de nos jours, le voyage astral, où, le corps étant en état de repos, un corps subtil se dégage du cocon charnel et se met à voyager dans l' »éther ». Lieu où le corps astral peut prendre plusieurs formes, selon sa volonté. Je voudrais aussi faire un rapprochement avec les caractéristiques de l’âme telle qu’elle était conçue dans la tradition juive : « En réalité, dans la tradition juive, qui était encore celle du Christ et de ses apôtres, on n’avait jamais conçu l’âme comme immatérielle. Bien des nuances avaient pu jouer, apparaître et disparaitre au cours de tant de siècles, mais toujours avec cette constance : l’âme, la nephesh, était un corps, animé, d’une autre matière, plus légère, moins dense, plus subtile. On a pensé pendant bien des siècles que cette conception venait tout simplement d’une sorte d’infirmité, d’une incapacité concrète, à s’élever jusqu’au niveau des abstractions philosophiques. Beaucoup pensent aujourd’hui que c’était plutôt par fidélité à la réalité que nous ne savions plus voir. » [2] Plus loin : « Ce corps glorieux, les trépassés peuvent parfois nous le laisser voir. » (…) On « distingue deux types de manifestations bien différentes. L’une où la forme du défunt nous apparaît très nettement, mais translucide. (…) Dans d’autres visions, il y a vraiment matérialisation. »[3]

      Cette conception de l’âme en trois éléments est donc pertinente. Nous avons hamr qui est le corps subtil, qui pouvant changer de forme et de densité, et voyager très vite et très loin, puis hugr, la force agissante qui anime hamr, et enfin fylgja qui, apparemment, dirige hugr. Il est pensable d’imaginer qu’une analyse attentive et approfondie des conceptions de l’âme parmi de nombreux peuples de la terre pourrait recouper ce modèle norrois. Il semble que ces peuples du nord aient possédé une connaissance approfondie du psychisme humain.

      Au fil des siècles, surtout grâce à l’opiniâtreté de l’Église, la perception des revenants et des êtres surnaturels se modifie. La coupure effectuée au XIIe siècle se confirme plus tard avec l’émergence du rationalisme. Si les revenants n’étaient plus que des fantômes, ils deviennent bien vite des hallucinations.

      Si l’on se penche, avec un peu d’attention, sur les rapports des membres des sociétés traditionnelles avec les morts, on constatera leur importance. Il ne semble pas s’agir de croyances superstitieuses. Pour ces hommes et ces femmes, il n’y a aucun doute quant à la réalité de l’au-delà et des contacts inter-mondes.


[1] . Claude Lecouteux, Fantômes et Revenants au Moyen-Age, Paris, Ed. Imago, 1986, page 177.

[2] François Brune, Les Morts nous Parlent, Paris, Ed. du Félin, 1988, page 68.

[3] Ibid., page 72.