L’enquête – méthodologie

Du fait du culte du secret inhérent à ce type d’ethnos, il m’est interdit de filmer, d’enregistrer, de photographier. Culte du secret et de la mémoire humaine : toutes les informations doivent – « comme le voulaient les anciens druides celtes » – passer de bouche de maître à oreille de disciple. Et cela est paradoxal, car je n’ai pas le statut de disciple ! Mon statut, en fait, est ambivalent : à la fois dehors et dedans ; maître et disciple ; connaissant et curieux ; ami et de qui il faut, un peu, se méfier !!!

Ainsi, seules les notes me sont permises. Heureusement, j’écris très vite et je peux souvent prendre ce qui est dit in extenso.

Cette recherche s’élabore sur la base d’une enquête orale. Les informateurs sont présentés, dans le chapitre qui leur est consacré.

Méthode de l’enquête orale

1°) Les Instruments

Limités, donc : papier, crayon. Ma mémoire.

2°) Le Guide d’entretien

A la manière sorcière, c’est l’instinct, l’intuition, qui doivent guider.

Il me faut jouer ce jeu-là. Donc, pas de questionnaire figé, pas de guide d’entretien à proprement parler. Mais quelques thèmes-clé, à lancer lorsque le discours s’essouffle :

  • As-tu eu des expériences personnelles avec ou en rapport avec la-les mort(s) ?
  • As-tu eu des contacts avec la mort ou des morts ?
  • Comment conçois-tu l’Au-Delà ?
  • Pourquoi ?
  • Peux-tu raconter des épisodes touchant à la mort ?
  • Imagines-toi mort, et dans l’Au-Delà.
  • Qu’as-tu ressenti lors de la mort d’un proche ?
  • Parle-moi des « esprits » (les « esprits » ne sont pas forcément ceux des morts).

 

Au fur et à mesure des entretiens, ces thèmes se sont étoffés et ont pu devenir :

a) plus personnels :

  • Qu’est-ce : être sorcier (ou « ésotérisant »), pour toi ?
  • Présente-toi : données familiales, affectives, itinéraire personnel, niveau d’études, maîtres, rencontres et évènements notables…
  • Tes loisirs ?
  • Quel est le sens de ta vie, de ta mort ?
  • Qu’y aura-t-il après ta mort, de ton point de vue ?
  • Ton rapport à la vie, aux autres, à l’argent, à la vie affective, professionnelle…?

 

b) Et aborder des conceptions plus philosophiques :

  • Où situes-tu l’origine de ton bagage, de tes techniques sorcières ?
  • Les démons, les dieux, le satanisme ?
  • Le bien, le mal ?

 

3°) Le calendrier des entretiens

J’ai demandé la permission d’interroger les membres du groupe de Bernard courant 1990.

Entre octobre 1990 et mai 1991, j’ai vu Bernard et les quatre membres de son groupe, en moyenne deux à trois fois chacun, pour des entretiens allant de trente minutes à deux heures environ. Soit chez moi, soit chez eux, soit lors d’un « pot » ou d’une sortie.

Quant à Enéa, je l’ai vue une quinzaine de fois. D’abord plutôt brièvement, autour d’un « thé de cinq heures », dans sa luxueuse arrière-boutique.

Puis, au fur et à mesure de nos rencontres, Enéa s’est prise pour moi d’une sorte d’affection plus ou moins maternante. A partir du printemps 1991, elle stimula parfois elle-même nos rencontres, m’invitant à dîner et prolongeant l’entretien jusque tard dans la nuit. J’eus toutefois bien moins d’informations pour mon travail à partir de ce moment-là : Enéa manœuvrant pour rester maîtresse de ce qui était dit. Et cherchant plus à m’enseigner qu’à me répondre.

En juillet 1991, j’ai pu voir à quatre reprises Baptiste G., toujours accompagné de sa jeune épouse. Les entretiens eurent lieu le soir, après dîner, et durèrent environ deux heures chacun.

En juillet 1991, j’ai également rencontré Julien P. à deux reprises, pendant une heure environ à chaque fois. La faible teneur des informations obtenues ne put être dépassée : Julien prétexta un manque de temps et de disponibilité, et remit la suite à… l’année prochaine.

 

La partie bibliographique

Les spéculations quant à la mort sont dans « l’air du temps ». De Camille Flammarion à François Brune, via les Américains – Dr Moody et Elisabeth Kubler-Ross -, les Allemands – Hildegard Schäfer et Klaus Schreiber -, le Suédois Friedrich Jürgenson -, le Letton Konstantin Raudive 1 voir mon texte sur la Transcommunication Instrumentale, et bien d’autres… le matériel bibliographique est ample et diversifié.

La sorcellerie – surtout à cause des affaires de satanisme aux USA – est également bien présente dans les médias par des :

  • articles de journaux et de revues,
  • émissions et débats télévisés.

Mort et sorcellerie se retrouvent également :

  • au cinéma, par exemple : films sur le vaudou haïtien, succès de Rosemary’S Baby, 2 Film de Roman Polanski, datant de 1969 régulièrement rediffusé à la télévision, ou de Angel Heart, 3 Film de Alan Parker, de 1988 par exemple…. Les tout récents « Flatliners » 4 Film de Joel Schumacher, de 1990 et Cabal, 5 Film de David Cronenberg, de 1990 évoquent un Au-Delà de la mort.

C’est donc sur tous ces matériaux qui ont porté cette partie de la recherche, qu’improprement donc on appellera « bibliographique ».

 

Commentaires sur les difficultés et aléas de l’enquête

Un des problèmes rencontrés a été de devoir ramener sans cesse le discours des gens au sujet de cette enquête. Car, d’une part, bien d’autres choses sont véhiculées, – qui, visiblement, intéressent plus mes interlocuteurs que la mort et l’Au-Delà (la fameuse occultation occidentale de la mort ?) -, d’où sorties du sujet fréquentes. Et, d’autre part, ces « autres choses » m’intéressent tout autant – mais le temps file très vite, et se disperser sur moult digressions n’est pas très positif – (et je pourrai toujours développer d’autres points par la suite, lors d’autres travaux).

J’ai parfois été en butte au découragement, car je n’obtenais souvent que des discours stéréotypés. Jusqu’à ce que je « triche » en posant des questions impliquant le sujet face à sa propre mort (« Imagines-toi mort et dans l’Au-Delà ») – car aucun des enquêtés ne pense que la mort soit une fin -.

Je n’ai essayé qu’une seule fois de faire une interview collective : brouhaha, étalage de conceptions… Sans intérêt, sauf pour y voir à l’œuvre les rapports de personnalité : il y a ceux qui parlent et ceux qui se taisent.

Faire le tri entre les informations utiles et le « blabla » me pose encore problème à l’heure de la rédaction de ce rapport.

Jongler entre ce que je peux dévoiler et ce que je dois taire, voilà un autre problème à résoudre. Jusqu’où est-ce « exotérique » et dévoilable, jusqu’où est-ce « ésotérique » et secret ?  Assumer l’agacement lié à cette nécessité de discriminer (d’autant plus que ces secrets sont souvent « de polichinelle »).

Et me retrouver, au bout de l’enquête, frustré de ne pouvoir élargir le sujet !  Tout cela : problèmes.

Par contre, une fois bien délimité le sujet de ce travail, je n’ai eu aucune difficulté à faire accepter l’enquête et à obtenir les entretiens. Mon équation personnelle a joué en ce sens (sauf pour Enéa, que j’ai dû approcher de manière quasi « filiale », en me posant d’emblée inférieur à elle, et en sollicitant ainsi son aide, voire son instinct maternel).

Aucun des enquêtés ne s’est véritablement intéressé au pourquoi de ce travail, ne se posant nulle question quant à mes motivations pour le faire.  De surcroît, ayant été introduit par Bernard, cela a étayé ma présence parmi eux, et mon implication.  Ils ont donc cherché à m’aider, à me faciliter la tâche, voire à aller au-devant de mes demandes.

Ainsi, contrairement à J. Favret-Saada, qui dut approcher « en catimini » son sujet, j’ai eu la chance de m’y trouver impliqué d’emblée. Cette enquête a donc été une enquête à la fois participante – des liens de sympathie se sont créés – et aussi distanciée : l’esprit critique me permettant de prendre du recul.

 

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