Les données

Plutôt que de donner in extenso la teneur des interviews – ce qui alourdirait inutilement cet exposé – il m’a paru plus intéressant et plus éclairant de procéder par thèmes abordés. Ainsi peuvent être mis en évidence certaines convergences et divergences des discours des sorciers. Bien d’autres choses ont été dites au cours des entretiens. Voici, ci-après, ce qui a paru le plus caractéristique.

Insertion dans notre culture : famille, argent, partenaire…

Bernard : « Je suis brouillé avec ma femme et je ne vois guère ma fille qui préfère sa mère ! Ça m’est égal. A chacun selon sa propre voie. (…) Ma femme n’a jamais rien compris à la sorcellerie ! C’est pour ça que ça ne pouvait pas gazer entre nous. Elle voulait garder les pieds rivés par terre ! Tant mieux ou tant pis pour elle. (…) Elle ne voyait que l’argent, la stabilité, les apparences. (…) Quand ma mère est morte, je n’ai rien ressenti. Elle est passée de l’autre côté, ok, c’est la vie !! »

Michel : « Utilises-tu la sorcellerie pour résoudre tes problèmes matériels ? »

Bernard : « Oui, dans certains cas. Mais seulement quand je me sens floué, quand les choses me semblent illogiques. Mais pas pour me faire du fric. Sinon je ne serai pas en phase avec moi-même. Il faut que, en dehors de l’aide de la sorcellerie, ma valeur personnelle, mes talents, soient reconnus. Il me semble plus honorable de réussir par cela plutôt que par la sorcellerie. C’est mon libre-arbitre d’utiliser la sorcellerie pour cela. (…) Il faut éviter de prendre l’habitude de se servir systématiquement de la sorcellerie égoïstement. Car il y a la loi de compensation. Faire des trucs gratuitement, parce qu’on a le temps, on peut le faire parfois. »

Michel : « Si on fait des rituels systématiquement pour faire avancer ses propres affaires, qu’est-ce que ça peut amener ? »

Bernard : « Le fait de travailler avec des forces, ça finit par engendrer un certain champ qui se densifie avec le temps. Par une fausse Manoeuvre, ça peut renverser une vie entière. Il ne faut pas déranger certains plans pour n’importe quoi. Il faut respecter l’équilibre des plans astraux – que je ressens en crise actuellement -. (…)

Vis-à-vis de l’univers, si je marche sur une fourmi, il y a un effet sur l’univers, une répercussion quelque part. »

 

Baptiste : « Ma femme s’intéresse à tout ce à quoi je m’intéresse, mais sans y être active, comme moi. »

Michel : « Pas d’enfants ?

Baptiste : « Les choses ont été ainsi. Ce n’est pas une volonté délibérée. Je n’ai pas de regrets de cela. »

Michel : « Leur auriez-vous transmis vos pouvoirs ? »

Baptiste : « Non. Chacun doit les trouver soi-même en soi. Je ne leur aurai pas appris de pratiques magiques : c’est à chacun de les trouver, soit dans la tradition, par les livres, par exemple. Soit en les créant soi-même. Et quand on les crée, on rejoint de toutes façons la tradition. Moi-même, je ne suis pas disciple d’un maître. Mes techniques me sont venues spontanément, par une espèce de savoir inné qui s’est révélé au fur et à mesure des évènements de l’existence. »

 

Isabelle : « Côté vie personnelle, je vis avec un partenaire qui a une peur bleue de la magie, de la sorcellerie, de tout ésotérisme. (…) Un jour, il comprendra peut-être… Mais ce n’est pas urgent : à chacun sa façon d’évoluer. (…) Je ne sais pas trop si j’aurai des enfants. On verra. »

 

Anne : « Mon copain, la sorcellerie, c’est pas son truc ! Il me laisse libre de faire ce que je veux, mais ça l’intéresse pas d’y voir de plus près. (…) Ça ne pose pas de problème au point de vue couple : on n’en parle pas, c’est tout. (…) J’aurai peut-être des enfants, je ne sais pas… Pas pour l’instant, car mon partenaire n’en veut pas. Peut-être que ça changera plus tard ? »

 

Sonia : « Mon mari et moi, on ne veux pas d’enfants. On sait qu’on pourrait faire en sorte que, si on en avait un, ce soit une « grande incarnation ». Mais on est trop égoïste, je crois. (…) Mon mari est dans sa propre démarche au niveau ésotérique. On ne fait pas la même chose, mais on évolue en parallèle. (…) Côté argent, on a des problèmes, mais pas assez pour que je fasse quelque chose magiquement. »

Michel : « Que voudrais-tu réussir dans la vie avant de mourir ? »

Daniel : « Faire partager aux gens tout ce que j’ai pu en baver sur terre, et ce que je maîtrise bien. Trouver la compagne idéale et fonder un foyer, avec de l’argent si possible. Éditer des disques, des bouquins, sur la musique. Et mettre au point de nouvelles formes de musiques, pour guérir. Éventuellement propager tout ce que j’aurai pu apprendre. Trouver l’élève, le disciple auquel je pourrai donner ce que je sais. J’en ai tellement bavé, il serait dommage que personne n’en profite : tous ces sacrifices en temps et en argent, et apprentissage, cette expérience. »

Michel : « Considères-tu qu’aujourd’hui tu as raté des choses ? »

Daniel : « Oui, au niveau social, purement matérialiste, par choix délibéré. J’ai préféré faire de la recherche en renonçant a du fric et à l’indépendance (je vis à moitié chez mes parents). J’ai perdu une dimension importante : voir du monde, par exemple. Ceci dit, je suis content du choix. Je serai sûrement marié, gagnerai dix mille francs par mois, j’aurai de beaux costards. Au lieu de ça, j’ai choisi (probablement avant de m’incarner) de faire ces recherches et de suivre ces enseignements. »

 

Enéa : « On n’emmène pas l’argent dans sa tombe. Il en faut. Et si on travaille pour quelqu’un, celui-ci doit payer. Mais pas forcément en argent. Si la sorcière a besoin de quelque chose, on peut le lui offrir en compensation de son travail. C’est même mieux que de donner de l’argent. »

 

Michel : « Vous demandez combien pour une guérison ? »

Baptiste : « Je laisse ça à l’appréciation des gens. Je dépense très peu. J’ai été élevé comme cela. Je n’ai pas de besoins. »

 

Julien : « Oui, le travail du sorcier doit se payer, en fonction des possibilités de chacun. Cher pour ceux qui ont les moyens, et peu cher pour les autres. (…) L’argent sert à acheter du matériel pour les rites, qui peut être parfois cher : de l’or, de l’argent, des pierres précieuses, des encens… Et l’énergie dépensée par le sorcier doit être compensée par un salaire, en argent ou en nature, d’ailleurs. »

 

Le satanisme et les rites sanglants

Là, convergence absolue : ils sont tous contre. Les réactions à l’encontre du satanisme vont de l’auto-défense au mépris appuyé. Ces sorciers, donc, ne se reconnaissent pas du tout dans le satanisme.

Bernard, même, refuse tout aspect sanglant. Il a son opinion sur les rituels impliquant des sacrifices animaux.

Bernard : « Le Vaudou, peut-être que c’est bien pour ceux qui sont nés dedans. Mais il ne faut surtout pas se lancer dans ce genre de choses sans cela. (…) J’ai connu autrefois, à Paris, un jeune homme, Noir antillais. On s’était lié d’amitié parce que, tous les deux, on avait les mêmes pôles d’intérêts. Un jour, il m’annonce qu’il est entré en contact avec un groupe de vaudouisants. Je le mets en garde, mais il ne m’écoute pas. Et puis, il disparaît de la circulation. Un an et demi plus tard, je reçois un coup de téléphone affolé : c’était lui. Il me demandait de l’aider à s’en sortir, car il se sentait comme vampirisé, dans un engrenage, hanté par des forces qu’il ne maîtrisait pas. Il avait participé à des rituels très durs, avec des sacrifices d’animaux : le choc en retour ne s’est pas fait attendre ! Et pourtant, on aurait pu croire que le fait d’être Noir et Antillais, cela lui aurait permis de ne pas trinquer ! »

Michel : « Qu’as-tu fait pour lui ? »

Bernard : « Rien. Je sentais que je ne pouvais rien faire. C’est triste à dire, mais je n’ai pas donné suite à son appel au secours parce que je savais que j’étais impuissant. (…) Il ne faut pas jouer avec ces forces-là, celles qui réclament du sang. Ou alors, il faut payer. (…) Je l’ai laissé à son sort et je n’ai plus eu de ses nouvelles. (…)

Le satanisme, c’est de la perversion sexuelle sous couvert de rites. Ça marche avec le sado-masochisme, le sadisme surtout d’ailleurs. (…) La vraie sorcellerie n’a rien à voir avec cela. Elle travaille avec des forces qui sont présentes dans l’Invisible et que toutes les cultures connaissent sous des noms différents. Bien sûr, ces forces peuvent être redoutables : ce que certains appellent des archanges, en magie arabe et hébraïque, et qui sont donc supposés être du côté du bien, j’imagine que si je me trouvais face à face avec cela, je tremblerai de peur ! Pas parce que c’est le Mal, ça ne l’est pas, mais parce que c’est étranger, différent, et fondamentalement impressionnant. (…)

Mais leurs histoires de satanisme, c’est purement et simplement de la folie sexuelle. »

 

Anne : « Si la sorcellerie était le satanisme, je fuirai à toutes jambes ! C’est monstrueux, le satanisme ! Ces gens qui pratiquent ça sont des dégénérés et des fous. »

Isabelle : « Ils payeront leurs exactions, dans cette vie et dans les autres. (…) Ils donnent de la sorcellerie une image que les foules avides de sensationnel gobent à bouche ouverte. (…) Ils sont à la mesure de ce monde pourri, généré par les Religions du Livre où, d’entrée de jeu, l’homme doit tout dominer. (…) De là à dominer son semblable et à en faire le jouet de ses perversions… »

 

Sonia : (rappelons que Sonia fait partie d’un Ordre de magiciens.) « Ce ne sont ni des sorciers, ni des magiciens, ce sont des pervers et des fous ! (…) Bien sûr, le sang peut déclencher le contact avec les forces occultes, et il y a une magie sexuelle. Mais, même s’ils y parviennent (à entrer en contact avec les forces occultes), ils prendront toujours le choc en retour en travers de la figure, tôt ou tard, et d’une manière ou d’une autre. (…) Car avec leurs façons de procéder, sont activées des forces très dangereuses, qu’ils ne maîtriseront pas longtemps, et qui finiront par les bouffer. »

 

Daniel : « Ils sont comme certains curés qui pêchent par excès de frustration : eux, les satanistes, ils pêchent par excès de luxure ! »

 

Julien : « Je ne vais pas juger ces gens-là, mais je crois bien qu’ils sont malades. »

 

Baptiste : « Moi, je guéris, je ne tue pas ! Les satanistes, ce sont des pervers. »

 

Enéa : « C’est le Christianisme qui a inventé le satanisme. Il a imposé son dieu, et cherché à détruire tous les autres dieux. Il n’y a plus eu que le rival obligé, Satan, pour refuge à ceux qui voulaient échapper au joug et se croire libre. Au lieu de se libérer, ils ont pris le contre-pied systématique du Christianisme, et sont ainsi restés esclaves du Christianisme ! (…) Au point de se dire que, puisque de toutes façons, ils seraient condamnés dans l’éternité par Dieu pour leur liberté, il leur fallait tout prendre ici-bas sans retenue : ce serait toujours ça de pris lorsqu’il leur faudrait payer ! (…) Les satanistes gagnent du temps sur l’enfer. (…) Ils se font rouler et se roulent eux-mêmes. En un certain sens, ils sont à plaindre tout autant – et plus – que leurs victimes. (…) Je pense même que les satanistes envient leurs victimes, sûrs qu’ils sont, sans doute, qu’elles iront droit au paradis ! Ce qui ne peut qu’augmenter la cruauté à leur égard. (…) C’est un étrange cercle vicieux… C’est le cas de le dire. »

 

Donc, convergence des opinions. Seule Enéa a un discours qui tranche sur celui des autres sorciers.

 

Et le bien, le Mal, Dieu, le Diable, la Religion ?

Les sorciers se prononcent peu sur ces plans. Ils ont tous une foi en un Être Suprême. Ils ne se veulent pas concernés par les étiquettes religieuses. Ils évitent le mot « Dieu », et préfèrent parler du « Cosmique », ou de la « finalité ».

La notion de bien et de mal ne les torture visiblement pas. Et leur intérêt à mes questions touchant à ce domaine s’est révélé très relatif. Ils n’ont pu définir ces notions : le bien, le mal.

Baptiste : « Il y a une finalité, un sens à la vie, à la mort, à la guérison, à la maladie. Tous les grands êtres ont parlé d’amour universel, et je pense que c’est là la finalité. Je ne suis pas croyant dans une étiquette religieuse. J’ai ma croyance à moi et je crois à un être divin. »

 

Bernard : « Ces questions n’ont aucun rapport avec la sorcellerie telle que je la connais et la pratique. (…) Pour le sorcier, le diable n’existe pas. Ni démons, ni diable. Il connaît cette force négative que l’on appelle le diable. Ce sont des forces que certains appellent comme ça. Il ne faut pas donner une nature anthropomorphique à cela. On voit le démon là où on veut bien le voir. Mes maîtres et moi estimons que toutes les hiérarchies d’anges ou de démons sont en fait des concepts de forces. »

 

Anne : « Je t’avoue que je ne sais rien du tout sur dieu, le diable, etc. Et ce n’est pas mon problème. (…) Je crois au « sacré ». »

 

Julien : « Dieu, le diable, les démons ? On appelle ça des entités énergétiques. Ça n’a rien à voir avec l’imagerie d’Épinal. Il faut bien le dire : le diable tel qu’on le connaît est une invention de l’Église. »

 

Enéa : « Pour moi : le bien est absolu, le mal est relatif. Tout tend vers une espèce d’ordre qu’on peut peut-être appeler Dieu. Pour moi, Dieu n’est ni une entité homme ou femme, ni un juge barbu, mais une espèce de conglomérat de l’énergie psychique de l’univers entier, créatures et matières incluses, qui a une conscience. Tout cela aggloméré donne quelque chose de très très fort, genre d’égrégore 1 Égrégore : force ou entité magique qui reçoit son existence par le simple fait qu’un groupe se forme, petit ou grand, et qu’il a une « identité ». Par exemple : il y a l’égrégore du Christianisme, celui d’un orchestre, etc. On l’appelle aussi « forme-pensée » de ce groupe. L’égrégore est lié à la maintenance du groupe. Il est progressivement détruit par la dissolution du groupe qui l’a généré. colossal, que les gens appellent Dieu et que j’appelle Pouvoir Créateur. Mais en fait, la sorcière ne s’occupe guère du bien ou du mal. Elle agit. Il faut parfois faire le « mal » pour obtenir un bien. Je me souviens d’un envoûtement de mort qu’il a fallu faire pour sauver toute une famille… Est-ce bien ou mal, de sauver une famille ? Bien, ou mal, de tuer une personne à distance pour sauver toute une famille ? (…) Jésus, c’est une super image de sorcier, de magicien. On l’a déifié. C’était quelqu’un d’extraordinaire. Pas au niveau de sa divinité à laquelle je ne crois pas, mais au niveau des pouvoirs qu’on lui a attribué. Guérir des paralysés, ça utilise de toute évidence la magie à un niveau très élevé. C’était un initié qui avait reçu une connaissance, s’il a existé ! En tant que sorcier, je peux croire en lui. En tant que dieu, sûrement pas ! »

 

Daniel : « Tout ce cycle, vivre, mourir, revivre, ça sert à quoi ? À purifier l’être intérieur : l’âme qui est l’énergie cosmique freinée par les enveloppes superficielles. (…) Peut-être que le « Cosmique » se prouve à lui-même qu’il existe, en s’éclatant en petites particules qui sont les êtres ? Oui, je crois en un Être Suprême, mais qui est à une infinie distance des hommes. »

 

Sonia : « Les Pères de l’Église ont éliminé la réincarnation parce qu’ils se sont rendus compte que les gens qui y croyaient ne foutaient plus rien. Comme les prêtres vivaient sur le dos des gens, ils ont introduit, vers le IIIème ou le VIème siècle, la notion d’enfer et de paradis, ce qui obligeait les gens à bosser pour l’Eglise. »

 

Isabelle : « On peut se demander pourquoi des enfants, supposés innocents, viennent au monde infirmes ou fous ; pourquoi on naît Biafrais, dans un pays qui ne peut pas vous nourrir… Il faut se poser ce genre de questions. (…)

Chaque être vivant a un gardien tout au long de sa vie : une sorte d’ange-gardien qui cherche à le maintenir dans le bien. J’ai vu le mien en rêve : une entité de terre, très pesante, dont je sais même le nom. (…) Cela m’a expliqué un tas de choses : par exemple pourquoi, lorsque je vais en forêt, tous les crapauds du coin viennent à moi, et je peux les caresser comme je veux. (…)Il ressemble à une sorte d’énorme grenouille, de deux mètres cinquante à trois mètres. C’est une force, une entité. (…) Mettre le mot là dessus ne me convient pas. Je préfère utiliser le terme de plan. C’est une entité d’un autre plan d’existence que le nôtre. (…) Je m’intéresse à tout, dans l’occultisme : voyance, guérison, réincarnation, magie, sorcellerie. (…) Pour moi, c’est comme une religion, voilà : la magie est la mère de toutes les religions. (…) Et j’ai une foi on ne peut plus intègre et profonde dans tout ça (la magie, l’ésotérisme). Ça c’est ma conviction personnelle. Il y a six milliards de personnes sur terre, il y a six milliards de religions : ils ont tous raison. (…). D’où on vient, où on va, pourquoi on est là : ce sont des questions fondamentales que peu de personnes sur terre se posent, et c’est assez déplorable ! »

Magie – Sorcellerie : ces sorciers sont-ils magiciens ?

Non, ils ne se disent pas magiciens, sauf Baptiste : « Je préfère dire que je suis chaman ou mage-guérisseur plutôt que sorcier. »

Ils font, en général, une différence entre magicien et sorcier. Non pas au niveau de l’acquisition et de l’utilisation de pouvoirs « magiques », « sorciers » (ces deux adjectifs sont synonymes dans leur bouche), mais en fonction de la finalité poursuivie.

Le sorcier, sans négliger une perspective religieuse – il se veut relié aux Forces et Esprits de la Terre-Mère, à la Grande Mère Universelle -, veut des avantages matériels, concrets, veut dominer sa vie et infléchir son destin sur terre. Pour cela, il développe ses pouvoirs magiques. Il veut être son propre Pygmalion – et celui d’autrui -.

 

Michel : « Quelle est la différence entre la magie et la sorcellerie ? »

Bernard : « Il n’y a pas de différence, parce qu’on utilise les mêmes forces dans les rituels. La magie utilise plus de forces qu’on dit élevées, c’est une recherche de Dieu. La magie est un peu mystique, elle cherche le spirituel. (…) Alors que la sorcellerie est aristocratique, elle fait fi des sentiments humains en un certain sens. Elle est très catégorique, hautaine, élitiste. (…) La sorcellerie ne cherche pas Dieu. (…) Autrefois, le sorcier était là pour régler les problèmes humains. Il était thérapeute, guérisseur, médium 2 Intermédiaire entre les autres plans d’être, les dieux, les morts, et les hommes. , divinateur et rituélique. 3 Il pratiquait des rituels pour résoudre les problèmes. (…) On n’allait pas le voir pour évoluer mystiquement, mais parce que les gens avaient un problème. Actuellement, les choses ne sont plus les mêmes. Le sorcier a été complètement décomposé. Il n’a plus la fonction de conseiller d’un village, car on habite dans des villes de centaines de milliers d’habitants. Son pouvoir est diminué, de ce fait. On a fait une sorte d’amalgame entre lui et le magicien : on lui demande d’être bon et gentil, ce qu’est le magicien, mais pas le sorcier. »

 

Baptiste : « Pourquoi je suis devenu ce que je suis ? Ça résulte de ma nature profonde. Ça remonte au tout jeune âge. Depuis lors, j’ai toujours eu l’impression d’être d’un autre domaine, d’être ici dans un monde étranger. (…) Le mage est quelqu’un qui vit entre deux mondes. Le sorcier est un empirique, qui agit par instinct et par des traditions reçues… Alors que la magie est différente, elle met en œuvre des énergies très puissantes, qui vibrent à un autre niveau que la sorcellerie. Le mage est un être plus conscient, par rapport au sorcier qui lui, n’est pas toujours parfaitement conscient de ce qu’il fait. La sorcellerie manipule des entités sous une forme matérialisée, d’une façon assez vulgaire.(…) Les finalités des opérations magiques que je fais est de faire réaliser les potentialités profondes de tout être, qu’il soit humain, animal, végétal, minéral, même. (…) Les déséquilibres qui peuvent intervenir dans une vie, les difficultés, certains aspects du destin, sont liés au fait que l’individu ne s’est pas accompli lui-même. Le rôle du mage est d’arriver à libérer l’individu des imperfections superficielles pour faire émerger la perfection qu’il y a en tout être. (…) Le rôle du mage est de provoquer un impact qui va s’amplifier de plus en plus et se répandre dans la vie de la personne. (…) Le rôle du guérisseur, passe aussi par ce mécanisme. La maladie est liée à des tas de choses : hérédité, éducation, vies antérieures, mode de vie et de soins. (…) La médecine moderne est encore dans les limbes, alors que le guérisseur plonge ses racines dans un passé tout à fait mythique, c’est comme s’il était l’héritier d’un passé multi-millénaire. Chez le guérisseur, l’impact intérieur déclenche le pouvoir de guérison. (…) Je guéris par la puissance de la pensée, par contact direct, mais aussi à distance, sur photo : je pose ma main sur la photo. Je sens une sorte de courant qui passe et qui est transmis à la personne, même si elle n’est pas là. Certains disent que c’est de la sorcellerie. Mais on peut dire aussi que c’est du magnétisme, ou autre chose ou que c’est de la magie. »

 

Isabelle : « La magie est plus cérémonielle, formelle, il y a plus de théorèmes, de chichis. La sorcellerie est plus près de l’être humain. Moi, je conçois mieux de travailler à poil que dans une robe qui doit être bleue, rouge ou jaune, en fonction des planètes ou d’autres choses. J’aime mieux moins de chichis. Je ne renie rien de mes expériences antérieures. Je découvre des choses successives. (…) Il y a une différence aussi au niveau de la finalité de la sorcellerie par rapport à la magie. Les deux sont liés au spirituel. Quel que soit le chemin emprunté, le but est identique. Mais la magie va utiliser des moyens rituéliques, cérémoniels, alors que la sorcellerie utilise des moyens naturels, physiques. Il y faut un travail sur les forces et la mise en condition de l’individu lui-même. Alors qu’en magie, il y a plus d’incantations et de prières, donc c’est plus cérémoniel. La finalité des deux se rejoint. (…) La magie part du haut et descend. La sorcellerie part du bas et monte. La sorcellerie part de la matière pour monter, la magie part d’en haut pour descendre. En magie, il y a Dieu, les entités, des forces. On travaille avec ceux-là pour obtenir des résultats sur des buts d’évolution. La sorcellerie part du sorcier et d’éléments matériels (élixirs, etc.), puis dépassera cela. En sorcellerie, tu as besoin de tes tripes. En magie, de la pensée-intellect. La sorcellerie a pour but la spiritualité dans sa plus profonde clarté. »

 

Enéa : « Je ne vois pas pourquoi il faut faire une différence entre les deux : c’est la même chose, ça fait référence aux mêmes techniques, procédés, savoir, ça fait appel aux mêmes forces et créatures de l’Invisible, avec les mêmes moyens. Il n’y a pas de haute ou de basse magie ou de haute ou de basse sorcellerie. Il n’y a que des différences dans les buts poursuivis, et des jugements de valeurs conventionnels, qui s’y rattachent. Et tout ça est relatif. Magie, sorcellerie, c’est la même chose. »

 

Sorcier : femme ou homme ?

Bernard : « Les femmes sont bien plus fortes que les hommes pour la sorcellerie. Cela est lié à leur nature plus intuitive, imaginative, et finalement plus forte que celle des hommes. »

Enéa et Isabelle tiennent le même discours. Les autres n’ont pas d’opinion.

 

Le sorcier a-t-il des caractéristiques, qualités, défauts, qui le distinguent ?

Nos sorciers n’ont pas d’opinion. Seuls deux d’entre eux donnent pour constante la force de caractère, comme caractéristique majeure du sorcier.

 

Bernard : « Le sorcier n’est pas là pour écouter les pleureurs, il est là pour résoudre les problèmes concrets. Lorsqu’il a résolu le problème de quelqu’un, il se fout que ce quelqu’un passe sous une voiture le mois d’après. Il laisse les questions mystiques au mage, au cabaliste ou au curé. Pour résoudre les problèmes, il utilise les forces dont il a besoin, sans s’occuper de Dieu ou diable. Il agit, c’est tout. (…) Si un sorcier est ennuyé par quelqu’un, il utilisera ses moyens d’action pour riposter. C’est à lui seul de juger de ce qu’il fait avec ses rituels et les forces qu’il manipule. La première qualité du sorcier, c’est d’être fort sur le plan nerveux : il est très prompt, rapide, au niveau de ses réflexes. Tant au niveau physique, un peu comme les karateka, qu’au niveau mental. Le deuxième point : fort au niveau physique. Pas tellement sur le plan des muscles. Endurant, plutôt. Car il doit pouvoir sortir par moins 40, les pieds dans la neige, ou dans le vent, la pluie, la tempête… S’il faut qu’il fasse son rituel à ce moment-là. (…)

Les défauts du sorcier, ce sont ceux de tout le monde. Il n’y a pas de défaut spécifique au sorcier. Il peut être porté sur le pinard, le fric, les nanas, etc. (…) Ceci dit, le sorcier a sa personnalité propre, qui varie de l’un à l’autre. Il peut être gentil avec les gens – même s’il n’en a rien à foutre -, ou dur, ou acariâtre, par exemple. Affable et homme ou femme du monde, ou ours, etc. »

 

Enéa : « Il y a autant de qualités de sorcière que de sorcières sur terre. (…) Tout de même, il y a une constante : il faut être courageuse et forte psychiquement. Et ne pas avoir peur de se mouiller les pieds dans la nature ! Les défauts de la sorcière ? Pour les autres, je ne sais pas. Pour moi, mes défauts, c’est peut-être que je regarde le monde et les humains qui s’y agitent – sans savoir vraiment pourquoi – avec un certain détachement ou condescendance. Une de mes tantes, qui m’avait initiée, était très avare. Mais, lorsqu’elle est morte, on s’est rendu compte que tout son argent avait disparu. Et en cherchant, on a fini par trouver qu’elle l’avait distribué à des familles pauvres quelques semaines avant de mourir… Elle savait qu’elle allait mourir. Mourir ne lui posait pas de problème. (…) L’avarice, c’était son défaut. Ce n’est pas le mien. (…) Non, il n’y a pas de défauts professionnels. »

 

Le discours d’Isabelle insiste aussi sur la force.

Aucun des autres informateurs n’a exprimé d’opinions notables sur ce plan.

 

Où se pratiquent les rites ?

Bernard : « Tous les grands rituels se pratiquent dans la nature, si tout du moins on veut se rattacher à la tradition. Pour les petits sorts ou la fabrication de talismans par exemple, on peut les faire à l’intérieur tout de même. »

 

Enéa : « Certains chez moi, plus souvent dans la nature. »

 

Isabelle : « Toujours dans la nature. Et toute nue, évidemment, quelle que soit la saison ! Mon oratoire est plus un lieu d’exercices que de rites.

 

Les autres informateurs officient toujours dans leur appartement.

Ce que ces sorciers veulent être, et quel est leur rôle ? À quoi leur servent leurs pouvoirs sorciers ?

Ces sorciers se veulent les descendants, par filiation directe de maître(sse) à disciple, des adeptes de la religion de la Grande Mère. Ils se veulent héritiers des visions celtiques et germaniques 4 À l’examen, ils ne savent pas grand-chose de ces cultures-là. . Ils se veulent chaman (« la sorcellerie, c’est le chamanisme de l’Europe », dit Bernard), guérisseurs, voyants. « Sage-femme » ou « sage-homme », dans le sens de celui ou celle qui sait quelle entité invoquer, quelle prière faire, quelles plantes utiliser, quels rituels actualiser… pour mieux ou plus être, pour eux ou pour autrui.

Ils se veulent les actuels représentants, en Europe, de ceux qui savaient, autrefois, dialoguer avec les entités habitant l’Invisible…

Leur rôle est de changer les choses : faire passer de la maladie à la guérison, de la « pollution » à la purification… Désenvoûtement, apport de prospérité… Toutes choses bien « classiques », dans ce domaine.

 

Bernard : « Le sorcier est un résolveur de problème. Mais pas comme on le croit communément : il est voyant, phytothérapeute, etc. (…) Mais il ne doit pas dire : Va à l’herboristerie acheter ta tisane de romarin. Le vrai sorcier doit aller lui-même chercher le romarin, le cueillir selon la tradition et le préparer, avant de le donner au patient. (…) Le sorcier émarge plutôt des chaman, sages-femmes, connaisseurs des simple, etc. Les sorciers étaient là avant l’Église, c’étaient les chamans des cultures occidentales pré-chrétiennes. »

Daniel : « Je me suis déjà projeté dans l’astral volontairement. Je le fais aussi malgré moi : ça m’est arrivé en conduisant, pour aider quelqu’un qui a eu un accident sur une autre route. Tout en roulant moi-même. C’est un des pouvoirs que la sorcellerie m’a conféré. Il y en a d’autres, mais je suis encore en train de les explorer. Je ne peux pas encore en dire grand chose. (…) Il me semble que la fonction du sorcier est d’aider autrui, mais aussi de s’aider soi-même. (…)

Le sorcier travaille beaucoup avec des égrégores (public, ou orchestre dont on peut faire partie). On trouve des sorts, des techniques permettant cela. J’ai été déçu par l’aspect « tradition » de certaines organisations (Amorc) dont on ne sent plus la filiation, ce qui ne m’empêche pas d’y rester. Dans la sorcellerie, je sens des millénaires de filiation derrière. Il y a recherche d’une résultante spirituelle. Il y a moyen de solutionner des choses qu’on n’arriverait pas à résoudre : mieux se recharger, par exemple. Pour les entrevues, concerts, examens : mieux s’optimiser. La sorcellerie est un ensemble de techniques, rituels et autres, où tout est visualisation et énergie. Avec le fait d’imposer une destination à l’énergie mise en branle. (…) En mettant ces techniques en pratique, forcément il y a des résultantes qui nous font agir, ou vivre, ou réussir autrement que sans ça, qu’on le veuille ou non. Si quelqu’un avait bossé rituellement pour moi, ç’aurait été quelque chose que je n’aurai pu solutionner moi-même, fric, etc. (…) J’ai fait des rituels pour purifier un lieu (salle de concert, par exemple) et purifier la maison parentale. C’étaient des rituels de purification par le feu. Il y a eu des trucs bizarres : ampoules qui sautent, courts-circuits… On peut faire de la sorcellerie pour avoir du fric, des nanas, faire avancer sa carrière. (…) Je ne dis pas que je l’utiliserai pour ces buts, mais on peut. »

Enéa : « La fonction de la sorcière est de résoudre des problèmes aussi bien concrets (maladie, sort…) que plus abstraits : faire faire à certaines personnes des expériences leur permettant de changer de comportement, de vie, par exemple. Elle est aussi un lien, une sorte de relais entre le monde invisible et le monde visible. Elle est aussi porteuse de message dans les deux sens : du monde vers l’Au-Delà et de l’Au-Delà vers le monde. (…) J’ai utilisé la sorcellerie pour des tas de choses, pour moi et pour les autres. (…) J’ai amélioré ma clientèle, gagné plus d’argent grâce à elle. J’ai aidé d’autres personnes sur le plan du sentiment, de la famille, du travail et de la prospérité. J’ai levé des forces mauvaises qui pesaient sur des gens. J’ai désenvoûté. Il m’est arrivé de rendre, à distance, fertiles des femmes qui ne pouvaient avoir d’enfants. Deux d’entre elles se sont retrouvées enceintes, pratiquement la nuit même où j’ai fait l’opération. (…) Je suis marraine de l’un de ces enfants, d’ailleurs, une fille très douée. J’ai sorti de la toxicomanie au moins trois jeunes hommes. J’ai guéri des gens. (…) J’ai aussi agi magiquement pour nuire lorsque cela a été nécessaire pour sauver d’autres personnes. La sorcière doit juger de ce qu’il faut faire et ne pas s’encombrer de regrets ensuite ! »

 

Isabelle : « Pour l’instant, je travaille la sorcellerie encore. A part des opérations ponctuelles, comme celles que j’ai faites pour faire partir mes voisins, je n’ai pas encore fait grand chose. (…) J’ai purifié des lieux, amélioré l’état de santé d’une amie, c’est tout pour l’instant. (…) Je cherche surtout à entrer en communication avec l’autre monde et je me renforce pour affronter cela. »

 

Baptiste : « La magie me sert à guérir les personnes et les lieux. (…) Le reste ne m’intéresse pas. »

 

Sophie est trop occupée par ses activités diverses pour avoir beaucoup expérimenté sur un plan concret. Elle a surtout : « cherché à changer d’état de conscience, au stade où j’en suis actuellement. Mais je me sens capable d’aller plus loin. Ce que je ferai à la première occasion intéressante. (…) Tout de même, il m’est arrivé de purifier des lieux à la suite d’un enterrement familial. »

 

Anne : « Malheureusement, je n’ai pas beaucoup travaillé les rituels que je connais. »

 

Passé, présent, avenir du sorcier

Les temps changent, les demandes des « clients » des sorciers changent. Le discours débouche souvent sur des considérations d’ordre écologique, des mises en cause et constats d’échec de la culture occidentale. Le sorcier en est-il malheureux ? « Branché » sur les nouveautés ?

Les seules réponses intéressantes ont été apportées par Bernard et Enéa, les autres informateurs n’ayant guère d’opinions notables. Tout au plus, ai-je pu sentir, subjectivement et « entre les mots », une certaine nostalgie d’un passé où les pouvoirs magiques étaient supposés plus simples d’accès.

 

Michel : « Que cherchent les gens chez le sorcier ? »

Bernard : « Ce que le client veut d’un sorcier, n’est pas la même chose qu’autrefois. Actuellement, on a affaire à un désir très profond d’exorciser quelque chose en lui : il y a 7O% de problèmes affectifs, 20 ou 25% pour l’argent, la profession, et quelques % pour la santé, seulement. ce qui découle de tout ça : le fait est que les gens ne communiquent plus. Il y a accumulation d’un tas de choses que l’on ne peut plus dire. Beaucoup de femmes : car elles sont plus sensibles côté coeur et communication. Autrefois : on demandait des potions pour guérir les enfants, ou pour protéger le bétail. Ce n’est plus le cas.

Michel : « Que penses-tu du New-Age ? »

Bernard : « Je ne me suis pas trop intéressé à la question. Peut-être que c’est bien, parce qu’ils feront une synthèse correcte entre tout ce qui existe au niveau ésotérique. Ce qui me chiffonne dans le New-Age, c’est leur côté un peu ébahissant (rire), un peu mou, trop porté à la lumière. C’est bien, mais je pense que pour évoluer, il vaut mieux connaître les deux pôles, l’ombre et la lumière. Par ailleurs, je trouve certaines de leurs techniques curieuses, comme la mode des cristaux… je ferai plus confiance au chaman indien qui utilise les cristaux qu’à un diplômé du New-Age. »

 

Julien : « Aujourd’hui, on est contaminé à tous les niveaux : physique, moral, mental, psychique, par notre mode de vie. Ça m’étonnerait beaucoup que l’humanité survive encore longtemps. On travaille avec les appétits les plus bas. L’avenir n’est pas clair. La bouffe est frelatée, le physique atrophié. (…) Le bon sens fout le camp, on croit à tout et à n’importe quoi, en fonction de l’envie que l’on a ! »

Michel : « Sont-ce des forces invisibles qui induisent tous ces problèmes ? »

Julien : « Non, c’est l’homme qui fabrique des sortes d’égrégores qui le foutent en l’air lui-même. Ignorance (qui peut être pardonnée) et surtout égoïsme (qui ne peut être pardonné). La terre est un organisme vivant qui est très fragile. Ces égrégores jouent là-dessus. D’où conséquences matérielles : tremblements de terre ou autres. Les humains foutent le monde en l’air. »

 

Michel : « Comment vit la sorcière dans le monde actuel ? »

Enéa : « Moi, très bien, je vis le monde très bien. Il faut faire un retournement de psychologie. Ça ne date pas d’hier : les discussions sur tout ce qui ne va pas dans le monde. Moi, je suis malheureuse quand il n’y a pas d’obstacles à surmonter – c’est très stimulant, de surmonter des obstacles -. (…) Passé, présent, avenir, tout ça c’est du toc ! On a l’éternité dans les mains et on se comporte comme si on était des vers de terre ! Et on a même l’univers entier dans les mains et on l’oublie ! L’homme est un imbécile ! Alors, tous les mots qu’on peut employer pour définir le passé, le présent, l’avenir, sont nuls et non avenus ! Il vaut mieux se taire. »

 

La Vie, la Mort, l’Au-Delà

Toute une partie du discours sur ces plans semble issue tout droit des enseignements des écoles ésotériques (Rose+Croix, Martinisme…) et d’un mélange de ce qui est véhiculé par le Christianisme, le Bouddhisme, l’Hindouisme, le Chamanisme… Le discours va des certitudes acquises, apprises, à de bonnes intentions.

 

Michel : « Qu’est la mort ? »

Baptiste : « Un passage. L’âme ou l’esprit, comme on voudra l’appeler, se détache du corps et va dans un monde non matériel. (…) Au-delà de ma mort, je pense qu’il y a des sortes d’états de conscience qu’on peut qualifier de « lumineux ». (…) On peut parler de réincarnation comme on peut penser qu’elle n’est que le jeu des apparences. Il n’est pas important d’avoir des convictions à ce sujet. Je pense qu’il y a la réincarnation, mais ce n’est pas important en soi. On ne peut rien dire de concret sur la mort, ou l’Au-Delà de la mort. Tout ce que je sais, ou pense, est du domaine du ressenti, agréable, mais sans qu’on puisse décrire les choses. Je ne sais pas ce qui se passe dans les autres plans d’existence. A mon avis, il n’y a pas d’évènements, il ne s’y passe rien. Il y a quelque chose. Chacun peut rencontrer ou vivre dans l’Au-Delà différemment que d’autres, en fonction de ce qu’il était avant. »

 

Michel : « De ton point de vue, qu’y a-t-il après la mort ? »

Bernard : « J’ai deux points de vue, en fait. Quand j’y pense, pour moi, je vois du noir. »

Michel : « Ça veut dire quoi ? »

Bernard : « Du néant, de la non-existence. Pas visuellement, j’ai l’idée du noir, plutôt… Pas dans le sens d’être pessimiste, mais dans le sens de ne pas être branché sur le sujet : black out, quoi. Par ailleurs, l’autre point de vue est basé sur mes lectures et est purement conceptuel, sans que je m’y implique. (…) Il y a beaucoup de contradictions livresques. Je n’ai jamais rencontré quelqu’un qui ait pu me convaincre d’une vraie connaissance de ce qu’il y a de l’autre côté. Je réserve donc mon opinion jusqu’à ce que je voie par moi-même. (…) C’est sûr que, si demain, je me réveille avec une maladie mortelle, je me poserai sans doute la question sous un autre angle… Mais actuellement, je ne me sens pas concerné, ni médicalement ni dans ma tête. Je ne m’en occupe donc pas. Je ne suis pas en état de stress pour penser à ça. (…) Ce n’est pas une fuite par rapport au problème. C’est de l’indifférence. »

Michel : « Qu’y a-t-il dans l’Au-Delà, de ton point de vue ? »

Bernard : « De ma propre pensée : je m’en fous. Le reste est littérature. Il faut faire une différence entre l’Au-Delà pour le mort, et l’Au-Delà qui contient les forces et les énergies avec lesquelles travaille le mage ou le sorcier. Le mort, lui, on suppose qu’il va de l’autre côté, évolue, fait un certain boulot, et revient sur terre, au bout de quelques jours ou millénaires. »

Michel : « Pourquoi ? »

Bernard : « Pour refaire les mêmes conneries (rire). Pour terminer un travail, par exemple. »

Michel : « C’est la réincarnation, ça. »

Bernard : « Oui. J’ai fait mienne cette théorie parce qu’elle est logique. Mais je ne m’y attache pas. En tous cas, je n’ai rien trouvé de mieux. »

Michel : « C’est toujours la même individualité qui se réincarne ? »

Bernard : « Oui. Celle-là est invariable. Lorsque je reviens, je ne suis pas un mélange de moi, toi et autre chose. C’est moi qui reviens, mais sous une autre forme, l’identité est la même. On pense que, au bout d’x incarnations, le sens égoïste de l’identité va disparaître. »

Michel : « C’est comme ça que tu imagines que ça sera pour toi ? »

Bernard : « Oui. »

Michel : « Le sens de la vie et de la mort ? »

Bernard : « Je vais prendre une image. Personne ne peut évoluer s’il n’y a pas des obstacles à surmonter. Le mal est donc absolument nécessaire pour évoluer. Ça, c’est les bouquins. Pour moi, je ne sais pas quel est le sens de la vie, de la mort : je ne l’ai pas encore découvert, ni par des moyens magiques, ni par intuition. (…) Le sorcier est plus fort dans l’autre monde, parce qu’il a été sorcier ici-bas. Il sera moins le jouet de ce qu’il y a de l’autre côté que l’homme normal. Selon ce que le sorcier aura fait rituellement auparavant, il s’en sortira mieux. Ou même dominera ce qu’il y a de l’autre côté. Maintenant, c’est vrai que le sorcier, à partir d’un certain âge, commence à se poser des questions d’ordre métaphysique. C’est la suite logique. »

Michel : « Un sorcier peut tuer par magie pour résoudre le problème de quelqu’un ? »

Bernard : « Oui. »

Michel : « Que penses-tu de ce qu’il y a dans l’Au-Delà ? »

Bernard : « Je préfère parler de niveaux, plutôt que d’Au-Delà. Moi, j’appelle « Au-Delà » l’ensemble des plans. Le curé va placer l’Au-Delà par rapport à ce qu’on lui a appris. Le clampin moyen va raisonner en termes de paradis, d’enfer, de purgatoire. Pour le yogi, c’est le néant, le nirvana, le rien. L’occultiste, lui, considère que l’Au-Delà est directement fonction de l’état d’évolution de la personne pendant sa vie et après sa mort. Et que chacun a son Au-Delà en fonction de son éducation, de ce qu’il a appris, de ce à quoi il croit, etc… Je ne crois pas à un Au-Delà qui serait le même pour tout le monde. C’est pourquoi je parle en termes de niveaux. »

Michel : « Un sorcier se réincarne avec ses abilités de sorcier ? »

Bernard : « Je pense qu’il restera quelque chose. »

Michel : « Que penses-tu des livres sur l’après-vie ? »

Bernard : « Aucun intérêt. Ce qui me frappe, c’est leur nombre. C’est sûrement un bon filon. Et les chercheurs ont le courage de parler, alors qu’avant les scientifiques n’osaient pas. Ce qui me dérange, c’est que ce sont en général des interviewes, et on peut y dire ce qu’on veut. Moi, je cherche surtout des choses concrètes, palpables, contrôlables. Pas de la poésie et du vent. »

 

Michel : « Que souhaiterais-tu voir ou expérimenter de l’autre côté ? »

Daniel : « Question stupide : je pense qu’on ne peut raisonner en termes physiques. Quoiqu’on emmène cela tout de même. Il est certain que je vais me retrouver sur un clavier, à m’occuper de musique des sphères pour que ça serve dans une prochaine vie. Car c’est une dominante (la musique) sur laquelle je me suis perfectionné. Aider les gens sur terre (comme je présume que va faire mon prof décédé, bien qu’il pense probablement être dans le purgatoire : il faudra lui laisser du temps jusqu’à ce qu’il comprenne que c’est lui qui le fabrique, son purgatoire !).

Je crois en la réincarnation jusqu’à ce qu’on soit réalisé – le Christ était réalisé -. J’ai pas quitté le Christianisme pour ce qui concerne ses vrais enseignements. Le Christ n’est pas mort. Sa mort, c’était une mort sociale. Les Esséniens l’ont retapé. Le Christ était une bombe atomique vibratoire. Il avait fini sa mission, il a fini ses jours à l’abri du monde. Il a eu la Force Cosmique en lui pendant trois ans. Le Christianisme a pris pour emblème un homme mort sur la croix, ce qui n’est pas engageant. Rose+Croix est un symbole de vie.

Lorsque je mourrai, je vais commencer par emmerder toute ceux qui… (rires). Je vais couper la corde-d’argent.(…) On dit toujours que l’Au-Delà est vu en fonction de sa propre civilisation, et qu’on le fabrique en fonction de sa propre imagination. Je planerai au dessus du corps physique. Dans Amorc, on s’exerce à travailler pour projeter la partie subtile de nous-même à l’extérieur. C’est implicitement un exercice de familiarisation avec la mort. (…) On ne vient pas sur terre pour préparer sa mort, mais sa prochaine vie. « 

Michel : « Évolution de tes conceptions touchant à la mort ? »

Daniel : « J’ai été élevé dans un milieu religieux protestant : prières avant chaque repas. Quand mon arrière-grand-mère est décédée, j’avais dix ans, ça s’est passé dans les coulisses, on m’a tout caché. Le catéchisme parlait de la mort. J’y suis allé jusqu’à quatorze ans. On y présentait la mort comme quelque chose qu’il fallait aborder en étant converti : il y avait une menace, quoi, ça a introduit la notion de peur. Il fallait s’assurer des mètres carrés de paradis.

J’ai continué à avoir peur de la mort. Des amis sont morts, l’un s’est suicidé. On s’est demandé si ce n’était pas de la magie noire. Dans le même coin, il y a eu trois musiciens morts à peu de temps d’écart. Et j’ai eu encore plus peur. Quand ma grand-mère est décédée, pareil. Un lien bizarre s’est créé pour moi entre la vision du cercueil et mes sensations déjà un peu développées : je me demandais si quelque chose ne planait pas au-dessus. J’avais peur de voir avec ma vision particulière. Impression de bruits sourds venant du cercueil, je ne savais si c’était illusion ou crainte, ou je ne savais quoi. Il y a une anecdote curieuse : quelques jours avant de décéder, grand-mère n’arrêtait pas de compter. Et pas plus haut que son âge, quatre vingt six ans. Ma tante aussi est décédée. (…)

À l’Amorc, on ne parle pas de mort, mais de transition. L’âme va rejoindre une autre fréquence vibratoire, qui n’est plus physique. Pour y corriger ce qu’on a fait dans sa vie et y préparer l’incarnation suivante. Pour l’Amorc, on ne porte pas de couleur noire, il n’y a pas d’enfer ni de purgatoire. La mort, pour moi, c’est la lumière. »

 

Julien : « Après la mort, il y a une partie qui reste consciente. (…) On naît sans notre mode d’emploi, c’est à nous de le trouver. (…) On voit très vite qu’on est double : il y a une partie de nous qui réagit à notre insu, c’est cette partie de nous qu’il faut domestiquer. (…) Les animaux sont comme nous, ils passent d’une incarnation à l’autre. Mais pas du microbe à l’homme, ça je ne suis pas vraiment convaincu. Une pierre finira son cycle de pierre. Un chien va se réincarner en chien plus harmonieux. Je ne pense pas qu’il y ait mélange de races dans la réincarnation. (…) La réincarnation va en avant, pas en arrière. Je ne pense pas qu’on peut revenir sous forme de vache ou de chien. »

Michel : « Votre position à l’idée de tuer ? »

Julien : »Ça dépend de la polarisation qu’on lui donne. Si je tue par plaisir, je pense que c’est une faute karmique… Tout de même, si un moustique m’embête, je le tue… Si on tue en magie, c’est pour utiliser l’énergie de l’animal pour le bien. Dans ce cas, c’est ok. Par exemple, pour le sacrifice, qui peut aider. (…) Une maison hantée, c’est ça : quelqu’un qui est mort (meurtre ou suicide) et a mal encaissé le coup, et vient emmerder les autres. Il faut lui faire comprendre qu’il doit aller vers la lumière. Il a une haine contre sa mort, il ne comprend pas. (…) Un Russe a mis au point une machine à lire les archives de l’univers : passé, présent et avenir. C’est une fréquence vibratoire, comme tout. (…) L’avenir change tout le temps en fonction de ce qui se passe. Pour moi, l’heure de la mort n’est pas écrite, mais les circonstances, qui sont karmiques. »

 

Anne : « Je pense que celui qui se suicide par peur de la mort, il s’initie ainsi. Il va se rendre compte qu’il a fait une connerie, ce qui va le culpabiliser. D’où le fait qu’il reste enchaîné. Les suicidés restent enchaînés à la terre tant qu’ils n’ont pas compris que le geste qu’ils ont fait n’est pas positif. Le temps n’existe pas de l’autre côté. (…) Je pense revoir les gens connus sur terre, de l’autre côté. (…) Il y a plusieurs plans dans l’Au-Delà. L’Au-Delà est divisé en une infinité de plans astraux correspondants à chaque degré d’évolution des morts. (…) C’est l’âme, l’esprit, qui va dans l’Au-Delà. Nous sommes des âmes incarnées. A la mort, l’âme se libère de la chair. »

Michel : « Ces êtres dans l’Au-Delà vivent comment ? »

Anne : »Ils ont tous leur boulot. C’est un peu comme les grades dans l’armée ou les castes en Inde. D’où le drame de ceux qui se suicident, qui ne trouvent pas leur place et leur job dans l’Au-Delà. Le suicide, c’est l’ange gardien qui n’arrive pas à remplir sa tâche, qui est de veiller à la continuité de la vie de l’intéressé. (…) Tout ce boulot, de toutes ces entités, est géré par le Grand Ordinateur, le Grand Tout, Dieu, appelles-le comme tu voudras. On bosse beaucoup plus de l’autre côté qu’ici. Ici encore, tu peux flemmarder, mais de l’autre côté, non. »

Michel : « C’est quoi, ce travail ? »

Anne : « Tout, tout ce qui régit la vie partout, ici et sur d’autres planètes. Gérer tout, l’air, la vie des créatures, tout, quoi. »

Michel : « Ils s’occupent donc des vivants ? »

Anne : « Oui. Il y a des tâches pour ces ex-vivants et entités qui s’occupent de tout ce qui est vivant, de notre évolution, quelle que soit la planète où on vit. (…) Un jour, on arrivera à un tel degré d’évolution qu’on n’aura pas besoin de se réincarner. Mais ça, ce sera dans des dizaines de milliards d’années ! Ces entités sont capables de s’occuper d’un tas d’individus, ici ou sur d’autres planètes, en même temps : capables de se biloquer, triloquer 5 Bilocation : faculté permettant de se trouver en deux (trilocation : en trois) lieux différents en même temps. … »

 

Sonia : « Il ne faut pas perdre de temps dans cette vie. Lorsque je mourrai, j’enverrai des pensées de paix et d’harmonie et de guérison à ceux qui restent sur terre. Je partirai sur d’autres plans. (…)

Je ne veux pas être enterrée, la terre est assez pourrie comme ça. Partir en fumée, oui. Me purifier par le feu. (…)

Je pense que j’arriverai sur un autre plan très lumineux et ce seront mes pensées qui créeront la suite. Je pense qu’il y aura d’autres personnes, et des guides spirituels qui nous mettront par classes : ceux qui ont à apprendre le même genre de choses. On reverra les trucs positifs et négatifs qu’on aura fait. On aura toute la connaissance qu’on oublie en revenant sur terre. (…)

J’ai des souvenirs de vies précédentes. J’ai été anglaise ou américaine au début de ce siècle. D’ailleurs je parle anglais avec un très bon accent, sans jamais avoir été assidue au cours. »

 

Michel : « Comment imaginez-vous votre mort ? »

Enéa : « Je me réjouis, pour commencer. Vu mes travaux personnels, je pense que je ne serai pas perdue. Je pense que de l’autre côté il y a du monde sympa qui m’attend. Mais qui ne veut pas de moi encore, parce que je n’ai pas fini ma vie ici, c’est tout simple. (…)

Peu m’importe que ma mort soit douce ou dure. Le jour où ça arrivera, je serai contente. L’autre côté, c’est comme si j’y avais mes entrées. (…) Je suis de toutes façons déjà entrée en communication avec beaucoup de ces gens, de l’autre côté, de par mes expériences. Je sais que le jour où je mourrai, je ne serai pas comme ces gens qui débarquent quelque part sans connaître personne et sans savoir ce qu’il leur arrive. »

Michel : « Ça ressemble à quoi, l’Au-Delà ? »

Enéa : « Ça change tout le temps, selon la propre humeur. Mais il y a quelques points de repère : un pont à passer, une bouche de feu à sauter… Ça, c’est fixe, quel que soit le décor autour, qui change tout le temps. C’est grâce à ces points fixes qu’on peut se repérer. (…) C’est possible que la réincarnation existe dans certains cas, je ne sais pas. Et je m’en fiche complètement. Si elle existe, c’est sûrement très bien comme cela aussi ! (…)

Vivre, mourir, tout cela entre dans un grand ensemble où, en creusant, on trouve le pouvoir du Créateur. (…)

Tout ça est sans importance, on ne saisit pas le sens de cela par l’intellect, mais par la sensibilité, l’intuition. Par l’instinct sorcier. »

 

Expériences personnelles avec la mort, les morts, l’Au-Delà

Dans ce domaine, presque chacun a des choses à rapporter.

 

Enéa : « J’ai parfois accompagné un mort pour qu’il s’y retrouve. C’est comme ça que le fils du premier mariage de mon deuxième mari, lorsqu’il est mort dans un accident, je l’ai su à distance et je l’ai piloté. (…)

Ma mère est morte alors que j’étais bébé, je ne l’ai donc pas connue vivante. Et j’ai été élevée par la deuxième femme de mon père, que j’aimais bien, mais que je n’ai jamais pu appeler maman. Parce que, jusqu’à environ douze ans, j’ai senti la présence invisible de ma mère auprès de moi. On m’a dit que, tout enfant, je parlais à quelqu’un qui n’était pas là. Ma mère m’a ainsi protégée de plusieurs accidents dans lesquels j’aurai pu mourir. Par exemple, à l’âge de quatre ans, j’ai failli passer sous les roues d’une charrette, et ma mère m’a tirée de côté. C’est à dire qu’on m’a vue tomber et rouler de côté à la vitesse de l’éclair. Ce n’est que lorsque mes trois tantes, les sœurs de ma mère, m’ont initiée, que j’ai cessé de sentir sa présence. C’est comme si, à ce moment-là, sa mission était accomplie et qu’à partir de là, je n’avais plus besoin de sa protection. (…)

Lors de certaines transes ou rêves, j’ai revu et j’ai parlé avec des gens de ma famille, morts depuis longtemps. (…) Ils vivent toujours, de l’autre côté. (…) C’est pour ça que je n’ai aucun regret d’avoir quitté ma famille : je sais que je les retrouverai tous, et tous mes ancêtres en prime, lorsque je mourrai. Il y a un tas de gens sympa que je verrai lorsque je mourrai. (…)

Il m’arrive même d’aider des morts à trouver leur chemin, comme j’ai fait pour le fils de mon deuxième mari. »

 

Baptiste : « Nous avons, ma femme et moi, vu des fantômes chez nous : une grande silhouette, et une plus petite. Elles sont passées sans faire craquer le plancher, ce qui est impossible. »

Michel : « Vos réactions ? »

Baptiste : « Aucune. C’était comme ça. Il n’y a pas de quoi s’effrayer dans ces manifestations-là. (…) Je n’ai rien fait de magique pour empêcher cela. Ce n’est pas un problème. »

 

Bernard : « Je n’ai pas vu de fantômes. On m’a demandé, plusieurs fois de nettoyer une maison : des gens qui y entendaient des bruits, voyaient des objets se déplacer… Moi, je ne suis pas parapsychologue. Ceux-là ont un vocabulaire qui leur est propre. Le sorcier, lui, ne se demande pas si c’est un fantôme x ou y : il travaille par intuition. Il vient, nettoie la maison, et repart. (…) J’ai fait ça quatre fois. (…) Je n’ai vu qu’une manifestation bizarre : un déplacement d’objet, de matériel rituélique. (…) je n’ai jamais vu de fantômes à ce jour. (…) Je n’ai, à ce jour, aucune expérience personnelle avec la ou les morts. »

Michel : « As-tu eu des expériences personnelles avec des entités de l’Au-Delà, autres que les morts ? »

Bernard : « Oui. Très peu toutefois. Mais à deux reprises, j’ai senti des présences. Pas comme dans les films où c’est là, en trois dimensions. Mais c’étaient des entités en train de se former. C’était dans un contexte rituélique. Une entité comme ça, c’est une espèce de force, avec une intelligence de l’Au-Delà, qui s’exprime ainsi. Ça peut aller jusqu’à être vu. Et c’est en général interprété selon ta religion propre : un chrétien y verra quelque chose, un juif, autre chose, etc. (…)

Il y a toujours des risques, même si on est en rapport avec des entités supposées être bonnes : je ne me vois pas rester tranquille devant un archange, par exemple. (…) Les forces dites angéliques ou démoniaques évoluent avec la terre. Il n’est pas normal, qu’aujourd’hui, on voie encore ces forces comme au XVème siècle ! Ça a évolué. Par exemple, une entité peut se loger dans un ordinateur, et y être active. Il y a un élémental dans une bouteille de bière, un cendrier, etc… Il faut revoir ces entités en fonction de l’évolution de l’humanité et des techniques. Mais quand on lit les livres, on est encore cinq cents ans en arrière. (…) J’ai lu un roman où il y a un combat entre un sorcier cheyenne et un ordinateur – et c’est l’ordinateur qui gagne ! -. Car la magie Cheyenne est en perdition parce qu’il y a moins de gens qui y croient. À la limite, un démon, un archange, pour vivre, sont obligés qu’on croie à eux. À la limite, le dieu actuel serait l’informatique, l’électronique. »

 

Michel : « Comment réagit le sorcier s’il y a possession par une entité de l’Au-Delà ? »

Julien : « Rien. Seul l’exorcisme, par le sacré de référence, agira. Le sorcier peut faire un envoûtement, un contre-envoûtement, assainir des lieux, mais pas exorciser. Ce n’est que dans le cas d’une possession par une entité créée par un autre sorcier, qu’il pourra agir. »

Michel : « Et avant le Christianisme, comment faisait-on pour exorciser ? »

Julien : « Je n’ai pas beaucoup d’informations là-dessus. Il me semble qu’avant les religions constituées, le monde était meilleur, contrairement à ce qu’on croit. Les gens n’étaient pas contaminés psychiquement, comme maintenant. »

 

Daniel : « Mon vieux prof de musique est mort il y a quelques mois. J’avais une grande communion par rapport à sa façon de jouer au niveau rythmique. Le jour où j’ai appris qu’il était décédé, j’avais un concert. Ça a changé ma façon de jouer : comme si l’égrégore des musiciens de mon instrument était modifié parce qu’il n’était plus là. Et ça n’est pas revenu comme avant. (…) Je l’ai vu aussi en vision, il riait en me disant : Je suis mort »

 

Sonia : « J’ai ressenti des choses différentes dans différents enterrements : certains sont dramatiques, tout le monde pleure. Tu sens que la famille n’a rien à quoi se raccrocher, ils sont très terre à terre. On sent vraiment quand la famille n’a pas de spiritualité, que les gens n’ont pas lus Moody ou ce genre de choses… Ce genre d’enterrement, c’est le truc à fuir, ça pompe, c’est lourd… Inversement, j’ai vu des enterrements avec de la lumière, de la joie, de la paix profonde. Il m’est aussi arrivé d’agir par la sorcellerie pour que ce soit comme ça. (…)

Une anecdote : une amie avait un vieux caniche de dix sept ans. Deux jours avant la mort du chien, elle le photographie, couché sur la moquette unie de son salon. Au développement, on voit le chien entouré de gueules de chiens ouvertes, comme si l’Au-Delà du chien était déjà là pour l’entourer ou le préparer au passage. C’est une photo qui existe toujours. »

 

Isabelle : « Il y un certain danger à la médiumnité. Parce qu’il peut y avoir des esprits super qui s’incorporent ainsi. Mais aussi des entités vraiment très basses. On ne maîtrise en fait rien du tout. On est obligé de recevoir l’esprit qui se manifeste, sans pouvoir vraiment choisir. Le SS qui est mort et qui a un compte à régler avec quelqu’un de l’assemblée, qu’il a pu connaître dans sa vie sur terre, par exemple. Il nous est arrivé de courir après notre médium parce qu’il voulait taper sur quelqu’un du cercle. Alors qu’il ne se souvenait de rien après sa transe. (…) Ce genre de chose prouve la réincarnation, au même titre que les expériences qu’a fait Jung sur les gens qui parlaient chinois, sans avoir jamais appris le chinois ! »

Michel : « Tu as vécu des expériences comme ça ? »

Isabelle : « Oui, j’ai vu des médiums parler des langues qu’ils ne connaissaient pas. Et j’ai été incorporée moi-aussi. »

Michel : « C’est donc bien l’esprit d’un homme ou d’une femme morte qui s’est incorporé en toi ? »

Isabelle : « Oui, tout à fait, plusieurs fois. Mais je n’était pas vraiment consciente du processus. Ce sont les témoins qui me l’ont décrit. (…)

Lorsque ça va mal, ou que je n’ai pas le moral, je vais sur la tombe de ma grand-mère et je lui parle. Je sais qu’elle m’entend. Elle me répond même parfois, la nuit suivante, dans un rêve. (…)

Une expérience que je vais te relater aussi : une visite dans un cimetière, la nuit, à 11h30, dans un patelin an Alsace. On était à dix. On avait eu un message, lors d’une incorporation de médium. Ce message disait que dans ce cimetière, il y avait dix « esprits incorruptibles », c’est à dire des âmes qui n’étaient pas dégagées. L’âme était encore dans le corps, après avoir vécu toute la putréfaction, les vers, etc. C’est dégueulasse, tu imagines ! Quand on a affaire à des gens qui avaient fait du mal dans leur vie, rien n’est étonnant. On a fait ce qu’on appelle une chaîne. C’est à dire on s’est mis en cercle autour de chaque tombe dont les noms nous avaient été donnés pendant la séance de spiritisme. Nous, on ne connaissait pas ce cimetière, on ne pouvait pas deviner qui y était enterré ! Ce qui était fou, c’est qu’on entendait une espèce de glissement. Imagine que tu presses un avocat et que le noyau en sort : ça fait schiiitt. Eh bien, à chaque fois, on a entendu ce bruit-là dans la tombe. Et à la séance suivante, notre travail pour libérer ces esprits nous a été confirmé comme réussi. Je tenais à te raconter cette histoire. (…)

J’ai aussi vécu la matérialisation d’une rose. Il y a eu l’incorporation d’un esprit qui se disait vieux de huit mille ans. Cet esprit a soufflé par la bouche du médium. Et il y a eu une sorte d’assemblage de poussière qui a formé une rose et s’est solidifié. Cette rose existe toujours : quelqu’un l’a, dans sa bibliothèque, quelque part en France. C’était comme tu imagines du corail : d’une fragilité extrême. Tu voyais les particules s’assembler pour former la rose. Je l’ai vu ! C’était magnifique. Cet esprit était une femme. J’ai vu les yeux du médium changer de couleur : de brun, je les ai vu devenir jaune-vert ! »

 

Michel : « As-tu vu des fantômes ? »

Anne : « Oui. Mais le terme me dérange. J’ai vu un guide. Je m’étais mise pendant trois jours en méditation pour résoudre un problème dont je ne peux pas te parler. J’étais face au mur. Et j’ai vu en sortir une forme très grande. Pendant une fraction de seconde, j’ai senti une sorte de contact télépathique. Je n’ai pas vu le visage. Seulement la forme et l’habit, qui était comme un habit de moine, très-très lumineux. Et on me disait : « Ne t’inquiètes pas, on veille sur toi. Et moi tout particulièrement, je veille sur toi. » Je n’ai pas pu réagir à temps : la forme est rentrée dans le mur et a disparu. »

Michel : « Ce guide, pour toi, était-ce un mort évolué ? »

Anne : « Je n’en sais rien. Mais quand c’est lumineux, que ça a une voix si douce qu’elle est indescriptible… et qu’on voit ensuite le problème se résoudre, on ne se pose pas de questions. On constate. (…) C’est pour ces raisons-là que j’ai une foi inébranlable. (…)

Lorsque mon grand-père est mort, j’étais à deux cent kilomètres, dans la maison de mes parents. Il est mort d’une embolie que rien ne laissait prévoir. J’étais à la cuisine, et j’ai entendu une horloge qui faisait tic-tac dans le mur, alors qu’il n’y avait jamais eu d’horloge à cet endroit-là. Quand j’en ai parlé à ma mère, elle a pâli, et m’a dit que c’était s’toteglock, l’horloge des morts. Peu après, le téléphone a sonné pour nous annoncer la mort de son père. »

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