La tradition ésotérique occidentale

La géographie de l’invisible occidentale plonge ses racines dans l’Antiquité avec la hiérarchisation en 7 niveaux provenant de Sumer et se basant sur les 7 planètes[1]. Celle-ci a été adoptée par l’alchimie et tout l’ésotérisme occidental.

Je commencerai par la description d’une géographie de l’invisible d’origine alchimique et rapportée par Archarion, un alchimiste contemporain.

Voici ce qu’il nous décrit[2] :

Les plans divins sont subdivisés en 7 niveaux :

A — la terre et ses habitants au stade de l’innocence

B — la région astrale supérieure, plan des instincts et des esprits de la nature

C — le Paradis, début du stade de la sainteté, dans lequel tous les désirs personnels disparaissent

D — le plan angélique, la sphère de la sainteté

E — le Ciel, plan de la lumière / là où les êtres quasi divins ont atteint la maîtrise de soi

F — le plan de la liberté, de l’état christique

G — le plan de l’accomplissement, de la perfection

 

Les plans humains comportent 7 niveaux également :

a — la terre et ses habitants

b — le monde de l’ombre du plan astral inférieur, là où vivent les ombres et les larves des humains morts. Ici le corps astral prend le plus souvent l’apparence de l’animal qui correspond au caractère du décédé.

c — le monde inférieur qui héberge les esprits de ceux qui sont rattachés à la terre

d — le plan des démons, le règne de l’égoïsme à l’état pur

e — l’enfer, là où se retrouvent ceux qui sont esclaves de la nostalgie du passé

f — l’âme perd son lien avec le divin

g — destruction, mort spirituelle

 

Chacun de ces plans est subdivisé en sept autres plans, ce qui porte leur nombre à 49.

Cette structure est composée de 7 plans supérieurs ou divins et de 7 plans inférieurs — une structure classique qui se trouve très répandue dans l’ésotérisme occidental.

Un autre alchimiste contemporain, Titus Burckhardt, nous décrit l’agencement et la structure de ces différents niveaux ou sphères :

« La disposition des sphères célestes reflète l’ordre ontologique du monde, selon lequel chaque degré d’existence procède d’un degré qui lui est supérieur, de sorte que le plus élevé contient le degré inférieur, exactement comme une cause “contient” son effet. Ainsi, plus large est la sphère céleste dans laquelle se meut un astre, plus le degré d’existence ou le niveau de conscience qui lui correspond est pur, libéré de limitations et proche de son origine divine. »[3]

« La subdivision des régions supérieures du cosmos en neuf chœurs d’anges est empruntée à l’œuvre « Des hiérarchies célestes » du Pseudo-Denys d’Alexandrie (vers 500 après J.C.). Cette œuvre fut traduite en latin au IXème siècle par le philosophe irlandais Jean Scott Erigène. » Manuscrit XIIème siècle.
« La subdivision des régions supérieures du cosmos en neuf chœurs d’anges est empruntée à l’œuvre « Des hiérarchies célestes » du Pseudo-Denys d’Alexandrie (vers 500 après J.C.). Cette œuvre fut traduite en latin au IXème siècle par le philosophe irlandais Jean Scott Erigène. » Manuscrit XIIème siècle.

l’Échelle du Monde
« La subdivision des régions supérieures du cosmos en neuf chœurs d’anges est empruntée à l’œuvre « Des hiérarchies célestes » du Pseudo-Denys d’Alexandrie (vers 500 après J.C.). Cette œuvre fut traduite en latin au IXème siècle par le philosophe irlandais Jean Scott Erigène. » Manuscrit XIIème siècle.
Illustration : Planche I dans Alchimie de Titus Burckhardt.
Légende : Alchimie et Mystique de Alexander Roob, page 283.

Dans cette description d’un alchimiste il ressort également clairement le lien qui relie le macrocosme et le microcosme, entre la sphère psychique et spirituelle et la structure de l’univers. Ainsi, intérieur et extérieur sont similaires.

Il existe « un manuscrit hermétique anonyme du douzième siècle, écrit en latin et probablement d’origine catalane[4], dans lequel la signification spirituelle des sphères célestes, l’une entourant l’autre, est représentée… » de cette manière :

« L’ascension à travers les sphères est décrite comme une ascension à travers une hiérarchie de degrés spirituels (ou intellectuels) par lesquels l’âme, qui les réalise successivement, parvient progressivement d’une connaissance discursive limitée aux formes, jusqu’à une vision indifférenciée et immédiate dans laquelle le sujet et l’objet, le connaissant et le connu ne font qu’un. Cette description est illustrée par des dessins représentant des sphères célestes comme des cercles concentriques, à travers lesquels montent des hommes, comme sur une échelle de Jacob, jusqu’à la sphère la plus élevée, l’Empyrée au-dessus duquel le Christ se tient sur un trône. Les cercles célestes sont complétés vers le bas — c’est-à-dire en direction de la terre — par les éléments. En dessous de la sphère lunaire se trouve le cercle du feu dans lequel est celui de l’air, qui à son tour renferme le cercle de l’eau entourant immédiatement la terre.  »

L’auteur ajoute en commentaire :

« Remarquons que ce manuscrit anonyme, dont le caractère hermétique est évident, reconnaît expressément la validité des trois religions monothéistes, Judaïsme, Christianisme et Islam. Cela montre clairement que la science hermétique, grâce à son symbolisme purement cosmologique, peut être combinée avec toutes les religions authentiques sans entrer en conflit avec leurs dogmes respectifs. »[5]

Continuons notre visite alchimique avec les références et informations des Philosophes de la Nature, un groupe de recherche et d’expérimentation en alchimie, maintenant dissout, mais qui a, en son temps (1984 à 1992), apporté beaucoup à la bonne compréhension des procédés spagyriques et alchimiques en diffusant des cours sous forme de fascicules traduisant en « clair » les obscures manipulations alchimiques secrètes et en décrivant le matériel nécessaire en laboratoire.

[1] Nous avions déjà vu, d’après Éliade, que la géographie sacrée du chamanisme semblait avoir les mêmes racines mésopotamiennes. Mais ceci peut se discuter. En effet, certains chercheurs, anthropologues et préhistoriens, avancent que certaines figures rupestres vieilles de plus de 10 000 ans ont des implications fortement chamaniques. On peut donc avancer, sans preuves toutefois, que ces anciennes cultures avaient, elles aussi, une vision du monde élaborée, probablement de type chamanique. Bien plus en arrière dans le temps, il y a 100 000 ans, les Néanderthaliens enterraient leurs morts. Avaient-ils déjà élaboré le concept d’un monde des morts ?

[2] Archarion, Von wahrer Alchemie, p. 59 et suivantes.

[3] Titus Burckhardt, Alchimie, sa signification et son image du monde, p. 47.

[4] MS Latin 3236A de la Bibliothèque Nationale. Publié par M. T. d’Alverny, Les Pérégrinations de l’âme dans l’autre monde d’après un anonyme de la fin du XIIe siècle, dans Archives d’histoire doctrinale et littéraire du Moyen-Âge, 1940-1942. Selon les dernières recherches de M. T. d’Alverny, le manuscrit se trouvant à la Bibliothèque Nationale de Paris, aurait probablement été écrit à Bologne d’après un manuscrit espagnol plus ancien.

[5] Titus Burckhardt, op. cit., p. 47.