Les hantises provoquées par les êtres de l’au-delà

      Dans la deuxième catégorie, celle des hantises d’origine post-mortem, voici un cas, cité par Camille Flammarion, qui est particulièrement représentatif. Cela se passe en 1919 au Portugal, la victime est un étudiant en droit s’étant installé dans une villa. En voici un extrait :

            « Le jour suivant, M. Homem Christo, ne connaissant ni n’admettant les phénomènes d’ordre psychique, résolut de quérir un agent de police afin qu’il fût témoin de ce qui pourrait se passer cette nuit-là. Il voulait à tout prix prendre le farceur et craignait de perdre son sang-froid et de tuer quelqu’un. On mit à sa disposition un brigadier et deux agents. La nuit venue, le brigadier se posta dehors, dans le jardin, de faction devant la porte d’entrée de la maison, afin de bien voir si quelqu’un entrait ou sortait. Les deux agents restèrent à l’intérieur avec M. Homem Christo, M. Gomes Parades et un autre ami, M. Henrique Sotto Armas, venu exprès, cette nuit-là, pour assister à ce qui pourrait se passer. Après qu’on eut bien fouillé et regardé partout dans tous les coins de la maison, on éteignit les lumières : aussitôt les coups sur la porte se firent entendre, au rez-de-chaussée.
– Vous entendez ? dit M. Homem Christo aux deux agents.
– Parfaitement, répondirent-ils.
Les coups continuèrent et M. Homem Christo ouvrit tout d’un coup la porte, mais comme la veille, il ne vit personne, sinon le brigadier se promenant tranquillement à une petite distance.
–- Qui a donc frappé ? demanda-t-il au brigadier.
– Mais personne, répliqua celui-ci.
– Et les coups, vous les avez bien entendu ?
– Pas le moins du monde, je n’ai rien entendu du tout, dit-il encore. C’est trop fort par exemple. Rentrez, dit M. H. Christo. Et vous les agents, à votre tour de factionner dehors.
Le même phénomène se produisit. Le brigadier entendit les coups, mais les agents ne virent ni n’entendirent rien.
– Ah ! C’est comme ça, dit M. H. Christo, rentrons tous. C’est dans la maison qu’il faut continuer nos recherches. »[1]

      C’est un phénomène assez étrange d’entendre des coups frappés d’un côté de la porte et pas de l’autre. Mais les phénomènes ne s’arrêtent pas à cela. Un agent mis en faction dans une pièce se trouve dans une situation dramatique :

            « Tout à coup, dans la chambre de l’ami, un bruit terrible, comme celui d’une lutte affreuse, y attira tout le monde épouvanté, mais persuadé qu’enfin l’agent avait trouvé le farceur !  Déception !  Il n’y avait que l’agent affolé frappant avec un sabre à droite et à gauche, se sauvant devant tout ce monde qui lui apparaissait et rentrant dans un petit boudoir où se trouvait une armoire à glace, que dans sa fureur il cassa. Il a fallu employer la force pour le tenir : le pauvre homme devenait fou !  Après cet épisode, on reprit son sang-froid. On éteignit de nouveau. M. Homem Christo reprit sa place sur le palier et reçut en plein sur sa joue gauche un formidable soufflet qui lui fit jeter un cri perçant, car, dit-il, il lui sembla que des doigts s’accrochaient à sa chair comme pour l’arracher. Vite, on ralluma et tout le monde put voir quatre doigts marqués sur la joue gauche de M. Homem Christo, qui était toute rouge, tandis que la joue droite était comme celle d’un cadavre. »[2]

      Que des personnes soient parfois battues est chose possible. Dans la plupart des cas, les personnes ne sont jamais touchées par les projectiles, ou alors, si elles le sont, le choc est faible. Mais il existe des cas, rares, où les coups peuvent être violents, et, même, des personnes molestées par un être invisible.  Comme, par exemple, celui d’un jeune garçon ayant refusé d’assister à la mort de sa grand-mère et qui reçoit, comme M. H. Christo, un bon soufflet, au moment même de la mort de celle-ci.

      Il ne semble pas exister de cas où les témoins ou victimes aient été tuées par les manifestations des maisons hantées. Les seuls cas, à ma connaissance, où il y a eu mort sont les cas de combustion spontanée, mais cela semble plutôt toucher un autre domaine que celui des hantises. Encore que Rémy Chauvin les classe dans la catégorie des poltergeist[3].

      J’aimerai porter l’attention sur un phénomène remarquable, et qui apparait dans un certain nombre de cas de hantises : il s’agit du fait que les manifestations se produisent plus facilement et en plus grand nombre dans l’obscurité. Pour certains, bien sûr, il s’agira là d’un indice permettant de conclure à la fraude. Mais il est tout de même utile de rappeler que chez les anciens scandinaves, les revenants se manifestent de préférence la nuit et dans l’obscurité.


[1] Camille Flammarion, Les Maisons Hantées, Paris, Ed. J’ai Lu, 1972 (Edition originale : 1922), page 163.

[2] Ibid., page 165.

[3] Rémy Chauvin, Quand l’Irrationnel rejoint la Science, Paris, Ed. Hachette, 1980, page 157 : « … Mais il y a pire encore, le dossier terrifiant des combustions spontanées qui semble bien se rapporter à un cas particulier de poltergeist… ».