Les limites de cet exposé

1) Il ne sera évoqué que la SWEAT LODGE Lakota, telle que pratiquée dans la réserve de Rosebud, Sud Dakota. Mais il faut savoir que la Sweat Lodge est répandue dans tout le continent nord-américain. Avec des différences que l’on dira apparentes, mais avec un sens religieux analogue.

2) la Sweat Lodge est un rite religieux, se veut une expérience religieuse. Le langage, fut-il poétique, ne peut épuiser le sens d’un rite religieux. Car le rite et l’expérience religieuse font appel au symbole et au mythe, et par là au vécu total.

Quelques définitions du sens dans lequel seront employés certains mots :

  • le mythe est une explication du monde par l’irruption du sacré dans le monde à un moment donné. Il est chargé de « numinosum » (du latin numen = être surnaturel). Numinosum et l’adjectif dérivé numineux, dans le sens jungien du terme désigne ce qui est : indicible, mystérieux, terrifiant, merveilleux, « tout autre », chargé de sacré, qui n’appartient qu’au sacré, qu’au divin. Et cela en tant qu’expérience vécue dans la totalité de l’être, sur les 4 plans de l’être :
  • physique
  • émotionnel
  • mental
  • le symbole sera aussi compris dans le sens jungien :  c’est un signe, un objet ,dont le sens total ne peut être exprimé par le langage, car il est chargé de « numineux », de sacré. Et là aussi, en tant qu’expérience vécue dans la totalité de l’être.

 

3) il y a, bien sûr, les limites du savoir dont on dispose actuellement. Car, si beaucoup de choses ont été dites sur la Sweat Lodge, beaucoup de choses ont été tues, sans doute. Archie Lame Deer dit que, pour comprendre réellement la Sweat Lodge, il faut la pratiquer.

Pourquoi ce silence ? Il faut dire que les rares Lakota qui ont parlé ou écrit ont toujours été fortement critiqués par certains des leurs ; qui estimaient que ces choses sont trop sacrées pour être communiquées à ce peuple destructeur et matérialiste que s’est révélé être le peuple des blancs.

Et n’oublions pas :  les Sioux ont subi, au cours de ces 150 dernières années toutes sortes de pressions, tentatives d’acculturation et d’assimilation (Théodore Roosevelt, président des États Unis de 1901 à 1908 a dit que les lois américaines entendaient fracasser – son expression a été : « pulvériser la masse tribale » – la culture indienne). Sans compter bien sûr :  invasions militaires, oppression politique, parcage dans les réserves. Viol de leur mère la Terre. L’interdit de pratiquer leurs rites. Et aussi, tentatives d’éradication de la culture et des croyances par le retrait des jeunes aux familles pour les éduquer dans les écoles gouvernementales, et j’en passe.

Alors, peut-on s’étonner de ce que, pendant longtemps la règle du silence – ou du « dire-faux »- ait été appliquée ? Et qu’il y ait eu – et qu’il y a encore – des résistances face à une ouverture ? Car la foi, les croyances, les mythes, symboles et rites sont vécus par les Sioux qui en participent et par leurs chefs religieux, les medicine men, comme sacrés, comme trésor à ne pas jeter en pâture aux hommes dé-spiritualisés ou mal-sipritualisés que sont les blancs pour eux.

Hehaka Sapa éprouve le besoin de se justifier d’avoir parlé, puisqu’il fait mettre en préface aux « Rites secrets » ; « J’ai dicté ce livre sans autre désir que celui d’aider mon peuple à réaliser la grandeur et la vérité de notre propre tradition et aussi pour favoriser la venue de la paix sur terre, non seulement entre les hommes, mais en eux et avec toute la Création… ».

Aujourd’hui, une plus grande ouverture se fait, avec l’accord de medicine men de premier plan, sinon avec l’accord de tous les medicine men. Des blancs peuvent être invités à participer au rituel de la Sweat Lodge ou à assister à la sundance. Après avoir prouvé son intérêt profond et non pas dicté par une curiosité ethnographique, un blanc pourra être préparé à la quête de la vision, etc…

Ici, il faut dire un mot sur le pourquoi de cette évolution vers une plus grande ouverture. Les Lakota qui en sont conscients, sont réellement épouvantés face à la destruction de la nature. La Terre est leur Hère nourricière et leur Grand-Mère dans l’ordre de la spiritualité. La Terre, avec tout ce qu’elle comporte sur elle et en elle. L’eau, l’air et le feu sont, avec la Terre, les quatre éléments jet sont sacrées et vivants. Les rochers aussi bien que les arbres, les plantes, les animaux et les hommes sont sacrés. Lit tout cela fait partie d’une même famille, sont apparentés et indissoluble -ment liés dans l’ordre de la Création opérée par le Créateur, WAKAN TANKA, Grand’Père et Père de cette famille. Ainsi, les arbres, les animaux, les pierres…sont frères avec les hommes. Et, dans sa prière, l’indien dira : « pardonne-moi, ma sœur glycérie, de te cueillir. J’ai besoin de toi    pour prier… ».

Le Lakota ancré dans sa religion et dans cette parenté tout à fait concrète avec tout ce qui existe dans la nature, souffre de voir les lacs se dépeupler, les forêts mourir, souffre de voir que l’on arrache aux entrailles de sa mère la Terre minéraux et métaux. C’est, pour lui, arracher des organes à un ventre vivant.

Alors, ouvrir leur religion, leur vision du monde à l’homme blanc est, pour les Lakota, une tentative pour arrêter le processus de destruction de leur mère nature.

Il faut donc se souvenir, lorsqu’on évoque la Sweat Lodge qui est une figuration, un symbole de la Terre – Mère (qui est la Terre-Mère), de l’immense charge de sacré, de numinosum, s’attachant à la Terre-Mère, précisément.

 

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