Mort = Rite de Passage

      La mort en tant que renaissance à une autre vie est un concept connu depuis longtemps dans les sociétés traditionnelles. Les rites de passage sont courants. Le dernier étant la mort elle-même et aucun membre de la communauté ne meurt sans avoir été initié à cette vérité ultime : la mort est une nouvelle naissance. Car tout rite de passage est mort à un état antérieur pour renaître à un nouvel état, qualitativement supérieur. Quelque chose qui change le statut de la personne. La préparation au passage, l’intégration de la cosmogonie, de la mythologie, sont des choses importantes dans les sociétés traditionnelles. Elles facilitent la compréhension des phénomènes de transition. Lors du dernier, il est important que le sujet soit bien préparé, afin qu’il aborde le nouveau monde sans surprise, qu’il puisse s’y retrouver.

      Les géographies funéraires ne sont pas vécues comme de simples labyrinthes décoratifs pour amuser les vivants ou pour leur inspirer de la crainte. Il s’agit de guides, d’aides au nouvel arrivant en terre inconnue. Cartes qui ont été communiquées et décrites par des personnes qui ont fait la traversée et sont revenus, tels les chamans.

            « Le visiteur distrait des musées d’ethnographie accorde rarement son attention à ces tambours grossiers dont la peau porte des dessins pâlis qui semblent tracés au hasard. Pourtant, il s’agit là d’une carte topographique de l’Invisible, le tambour est le véhicule de l’initié. (…) Les Noirs, en Afrique du Nord, disent que le tambour est une barque pour traverser le Grand Fleuve, ce courant mentionné par toutes les traditions, qui sépare le monde visible et le monde invisible. »[1]

      Dans notre civilisation occidentale, nous n’avons plus de rites de passage, nous tenons pour superstitions les récits des peuples traditionnels et ceux de nos ancêtres. Nous croyons tout savoir, mais nous fuyons devant la réalité, nous refusons l’idée même de vieillir. Nous avons instauré le culte du corps, le dépassement de soi, l’exaltation sportive. Mais le fait d’avoir oublié que la vie sur terre n’est qu’un épisode, de ne plus pratiquer de rites de passage, crée un déséquilibre psychique. Qui, sans doute, n’est pas étranger aux problèmes sociaux, au développement de l’insécurité, liés à une agressivité mal contrôlée. La perte de connaissance de notre nature véritable, provoque le non-respect de ce qui nous entoure, que ce soient des plantes, des animaux, des minéraux, des invisibles, ou des humains.

      Le fait d’être persuadé de ne plus exister après la mort entraîne des comportements suicidaires, égoïstes, agressifs. Ceux qui, théoriquement, sont dépositaires des preuves de l’existence d’un au-delà, les ecclésiastiques, ceux-là même doutent ; et préfèrent jouer les défenseurs de l’ordre social et moral plutôt que de restituer de vrais enseignements spirituels.


[1] Jean Servier, L’Homme et l’Invisible, Paris, Ed. Robert Laffont, 1964, page 149.