Introduction

                La question des changements d’états de conscience lors de rituels magiques, sorciers et chamaniques a passionné et passionnera encore nombre d’ethnologues, anthropologues, psychologues, sociologues, psychothérapeutes, médecins et autres professionnels de la psyché humaine.

                La question est vaste. Elle est, comme la liste — non exhaustive — des spécialistes énumérés ci-dessus le montre, d’ordre pluridisciplinaire. Aussi, n’est-il pas possible, dans le cadre de ce mémoire, d’en aborder toutes les facettes.

                C’est le discours de mages et sorciers « modernes » — mes informateurs — qui va rythmer ce mémoire. Aussi, leur laisserai-je largement la parole. Ils vont nous mener dans un univers entre le rêve, la réalité et le merveilleux. Un univers qui peut nous sembler déroutant.

                Je les ai questionnés, j’ai écouté leurs réponses, je les ai laissés s’exprimer librement. Ils m’ont parlé avec sincérité, en me permettant de rapporter leurs paroles : vécu de pratiques magiques et sorcières. De processus mentaux.

                Parallèlement à cela, j’ai complété leur témoignage par une approche bibliographique en magie et sorcellerie. Littérature qui passe généralement sous silence les changements d’états de conscience. Ce sont en général des manuels pratiques 1 Science Occulte et Magie Pratique ; Formulaire de Haute Magie ; Traité Pratique de Magie Sexuelle ; Manuel de Magie Pratique ; Les Rituels Magiques de l’Ordre Hermétique de la Golden Dawn (voir bibliographie). livrant des informations concrètes à l’usage des occultistes avertis.

                Je ne pouvais me limiter à cette approche. Aussi me suis-je parallèlement intéressé aux recherches récentes concernant le cerveau humain.

                Mon intérêt pour ce domaine des états modifiés de conscience n’est pas nouveau. Mes expériences personnelles (pratique de psychothérapies ; méditation zen ; pratique de la hutte de sudation sioux-lakota) et mes centres d’intérêts et de recherches (psychologie jungienne, chamanisme, maisons hantées et phénomènes de poltergeist, transcommunication, phénomènes parapsychologiques (télépathie, psychokinèse, précognition…), expériences de mort rapprochée, alchimie…) m’ont mené, tout naturellement, à une approche des états de consciences modifiés. Ce thème constitue en quelque sorte la trame, le fil conducteur, de mes centres d’intérêts. Dans ce contexte, magie et sorcellerie semblaient être un thème que je me devais d’aborder.

                C’est un domaine complexe, vaste et délicat. L’on suspecte généralement les personnes qui s’y intéressent de trop près d’être un peu déphasées et hors des réalités de ce monde. J’en prends mon parti. Il n’est pas dans mon propos, dans ce travail, d’enflammer les passions, ni de discuter du bien fondé de l’efficacité symbolique, du « ça marche » ou du « ça ne marche pas ». Mon seul souhait est de montrer que magie et sorcellerie occidentales manipulent des « outils » induisant des états de conscience non ordinaires. Pour ce faire, je me référerai aux témoignages de mes informateurs, et aux recherches qui ont été effectuées dans ce domaine des états modifiés de conscience durant ces quarante dernières années.

                Par ce travail, je tenterai donc de mettre en évidence certains points qui m’ont paru importants.

                Il existe sur notre planète une quantité de rituels magiques différents les uns des autres. Ces rituels comportent des éléments communs : danses, psalmodies, musiques, bruits, odeurs, transes, déprivations sensorielles, stimulations sensorielles… La liste en est longue. Ces éléments ne sont pas le fruit du hasard, ils visent tous à obtenir un certain état de conscience dont le but est d’induire un effet soit sur la réalité objective matérielle (guérison, par exemple), soit sur l’évolution spirituelle des praticiens.

                Ce sont ces états de conscience modifiés qui me semblent constituer l’élément important dans l’acte magique.

                Dans le corps de ce mémoire, je me propose de mettre en évidence deux points.

                Tout d’abord, l’agencement et la structure des rituels paraît n’être qu’un moyen — non sans importance —, un outil, une technique ; l’acte magique se plaçant sur un autre plan de référence pour le mage ou le sorcier, le monde « Invisible ».

                En conséquence — et ce sera le deuxième point —, ces rituels viseraient à « endormir », à « fasciner » la conscience ordinaire de l’individu, de l’officiant. Il s’agirait de techniques qui occupent, focalisent l’attention de la conscience du praticien, permettant, par là même, de libérer, de dégager une autre fonction mentale : celle, précisément, qui permettrait l’accès à cette autre réalité dont les magiciens, chamanes ou sorciers se servent afin d’entrer en contact avec des entités, des dieux, ou d’autres plans d’existence (le monde des morts, entre autres)…

                Les moyens apparents pour parvenir à cet état de réalité non ordinaire divergent d’une culture à l’autre et les détails des pratiques ne semblent, en fait, n’avoir d’importance que culturelle. J’illustrerai ceci par deux exemples de rituels magiques occidentaux 2 Il serait intéressant — et sûrement révélateur — de pousser la comparaison avec des rituels d’autres aires culturelles. Ce n’est qu’à ce compte-là qu’une démonstration pertinente pourrait être élaborée. Ceci entrerait alors dans le cadre d’une recherche plus vaste et plus extensive. .

 

                Le monde des mages et des sorciers occidentaux est un monde fermé, difficile à pénétrer, un monde de personnages, souvent individualistes, qui, du fait de l’idéologie rationaliste de notre société occidentale, préfèrent officier dans l’ombre, la discrétion et le secret. 3 Marabouts et charlatans courent les rues par contre, et ces personnes semblent, à priori, plus attirées par l’appat de l’argent facile. Ils ne concernent pas mon étude et ils ne pourraient, de plus, certainement, me donner aucune information fiable concernant les changements d’état de conscience, si ce n’est quelques lieux communs tels que ceux publiés dans une certaine presse ésotérique de grande diffusion. Ce groupe social (l’on ne peut parler d’ethnos dans ce contexte) semble plutôt remplir une fonction sociale. Ce domaine a déjà fait l’objet de plusieurs études en ethnologie et en sociologie.  

                Dans ce contexte, il n’est pas aisé de rassembler des témoignages, des explications, des descriptions, des informations. Une longue patience a été nécessaire — plusieurs années — pour recueillir des détails sur les états modifiés de conscience en magie et en sorcellerie. Deux personnes seulement ont accepté de s’ouvrir, et de parler de leurs expériences et de leurs techniques, et ceci après une longue période de « gestation », de confiance mutuelle. Je les nommerai Alex et Maxime.

                Il m’a été donné de rencontrer d’autres personnes pratiquant de ces rituels, elles n’ont pas désiré se confier. Il est vrai que rapporter ses expériences, son vécu implique une démythification qui soustrait une part du mystère de ces pratiques. Et ce vécu, qui est considéré par ces personnes comme intime et sacré, elles n’ont pas voulu le « profaner » — le rendre profane —, elles ont désiré garder leur jardin secret et je respecte ceci. Alex a émis un jour cette remarque : « On ne raconte pas ses rêves à n’importe qui. » Ce qui est très juste.

                Il a déjà été écrit de nombreux ouvrages et articles sur la magie et la sorcellerie, aussi n’ai-je pas voulu réitérer une histoire de la magie et de la sorcellerie. Il existe d’excellents ouvrages, mémoires et thèses sur le sujet et j’ai donc préféré orienter mon attention sur les recherches récentes concernant les états modifiés de conscience. Ceci fera l’objet de ma première partie.

                Dans la deuxième partie, je présenterai mes informateurs et laisserai une large place à leurs paroles. Puis, je présenterai deux rituels : l’un de magie cérémonielle, l’autre de magie sexuelle sorcière.

                Enfin, en troisième partie, j’analyserai ces données — entretiens et rituels — dans la perspective des changements d’états de conscience.

                Abordons maintenant le champs des États Non Ordinaires de Conscience : ENOCs.

 

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