Sorcellerie : Conclusion

L’hypothèse de départ – la mise à jour des contenus chamanistiques se trouvant dans les conceptions de ces sorciers -, au bout de cette étude, ne s’est pas trouvée corroborée.

En fait, et malgré Bernard qui dit que « le sorcier est le chaman de l’Occident », ces sorciers-là présentent un amalgame de conceptions fait bien plus de données prises à toutes sortes de philosophies (hindouiste et bouddhiste surtout, pour le « post-mortem » ; sémite pour certaines des entités censées peupler l’Au-Delà, tels les archanges par exemple…) que de contenus chamanistiques. Ils parlent de méditation, de visualisation, qui sont des techniques magiques classiques en Occident, bien plus que de transe ou de voyage extatique, techniques chamaniques, eux. Et aucun n’évoque la possession par des esprits, comme dans les rites de possession 1 Ceux-ci ne sont pas considérés chamaniques par les spécialistes, toutefois. (sauf médiumnité Isabelle). Enéa, seule, est proche des conceptions chamanistiques.

Aucun de ces sorciers ne présente une connaissance marquée du chamanisme d’ailleurs, ni n’a porté ses recherches en ce sens : chamanisme est un mot qu’ils aiment bien prononcer mais, à l’examen, leur bagage est maigre à ce sujet. Leurs connaissances des plantes et des méthodes thérapeutiques a paru peu élaboré – le chaman, lui, est supposé thérapeute aussi -.

Que faut-il en inférer ? Que ces sorciers « fonctionnent » plus par instinct que par savoir intellectuel ? Peut-être. Mais en tous cas, rien (à part chez Enéa), de ce qui caractérise le chamanisme n’apparaît vraiment dans leurs dires ou leurs faires, pour autant que j’aie pu en juger.

Le petit nombre d’informateurs interrogés ne saurait rendre compte de tous ceux qui se disent sorcier en Occident. Et n’y prétend pas.

Cette recherche est donc forcément parcellaire, insuffisante. Si toutefois elle donnait un reflet de l’ensemble des sorciers, il faudrait en inférer qu’il n’y a pas vraiment d’unité, que les sorciers ne sont pas, en fait, un ethnos, mais des personnes qui, lorsqu’elles ne se forment pas en école sous la direction de maîtres, acquièrent leurs techniques de manière plus ou moins anarchique, improvisée, douteuse…

Qu’en est-il de ces « survivances, en Europe centrale et occidentale, de rites et de croyances préchrétiens » dont parle Eliade ? Je n’ai rien trouvé qui me permette d’aller en ce sens, dans cette enquête-ci.

Sans doute faudrait-il développer cette enquête. Il y a des sorciers dans les publicités des magazines spécialisés. D’autres écrivent des livres. Ceux-là peuvent être rencontrés.

Il devrait être intéressant de chercher à en découvrir plus sur les techniques de guérisons psychiques et physiques des sorciers d’Occident, sur leur utilisation ou non de produits excitants, euphorisants ou enivrants, sur les rituels pratiqués… Cela pourra être l’objet d’un complément ultérieur à ce travail, qui ouvre à plus de questions qu’il n’apporte de réponses.

Mais sans doute est-ce le lot de toute recherche ethnologique, qui ne saurait se fermer sur elle-même. Mais se doit de rester ouverte à d’autres interrogations, d’autres possibles…

 

 

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