Sorcellerie : Introduction

La sorcellerie, voilà qui a alimenté bien des fantasmes – et bien des travaux d’étudiants en ethnologie -. Travaux le plus souvent bibliographiques, car enfin, des sorciers en notre fin du 20ème siècle ?..

Qui peut encore croire au sorcier, à la sorcellerie, de nos jours ? Qui peut encore être (se dire) sorcier ?

L’on imagine volontiers que, seulement dans les campagnes reculées… À moins que ce ne soit dans les couches les plus naïves, les moins éduquées des populations citadines… Ou encore les populations immigrées ?.. Enfin, tous ceux-là, et peut-être seuls ceux-là ?..

Alors, où trouver les sorciers ? Dans les revues spécialisées, les annonces fleurissent : Patrick Guérin, sorcier-médium ; Brice St Clair, sorcier-voyant ; J.P. Bruno ; et d’autres… Tous exorcisant à tour de bras, faisant revenir l’être cher, éloignant le mauvais sort-œil et appelant la chance… Contre force monnaie sonnante et trébuchante…

Ce n’est pas à ces sorciers ayant présence dans les médias que ce mémoire s’attache. Mais à quelques sorciers vivant en Alsace, sorciers par goût, conviction et… vocation. La plupart d’entre eux ne font pas profession de sorcellerie. Ils ne figurent pas dans les annonces classées et tiennent au secret. Ils sont sorciers, en ce sens qu’ils pratiquent des rituels de sorcellerie, seuls ou en groupe, afin, entre autres, de stimuler et de développer leurs pouvoirs sorciers. Ils cherchent ainsi à grandir en puissance, à entrer en contact avec des « esprits de la nature » et des « entités de l’autre monde », de l' »Au-Delà ». À évoluer spirituellement aussi.

Gens en apparence « comme vous et moi ». Et discrets.

Pourquoi ai-je choisi ce sujet de recherche pour objet de ce travail?

J’imagine que peu de gens ont la possibilité d’entrer en contact avec de tels sorciers, aujourd’hui. J. Favret Saada, et d’autres ethnologues, ont passé quelques années de leur vie à les chercher. Quant à moi, ils me sont « tombés dans les bras ». Comment aurai-je pu résister à l’envie d’investiguer sur cet ethnos ? Mais il fallait circonscrire la recherche.  Aussi est-ce aux conceptions touchant à la mort et à l’Au-Delà que j’ai cherché à m’attacher. Celles sur la vie venant inévitablement avec. Car mort et vie sont intriquées : comment pourrait-on traiter de l’une sans traiter de l’autre ?

Car on pourrait dire que, bien plus que d’avoir choisi ce sujet, il m’a choisi : « le hasard n’existant pas », comme on le dit en sorcellerie, il m’a choisi en sachant, sans doute, trouver en moi une oreille attentive et un terrain fertile – et voilà que je parle de ce sujet comme d’une personne !  M’aurait-il ensorcelé ? -.

Car le terrain, en moi, était prêt, en effet : mort, Au-Delà, magie, sorcellerie, chamanisme, visions, extases… Voilà qui, depuis longtemps, mobilise mon intérêt.

 

La mort et l’au-delà

–    Mon intérêt pour les conceptions touchant à la mort est ancien. Ma curiosité face au non-rationnel également. Car : « il y a plus de choses sur la terre et dans le ciel que n’en peut rêver toute ta philosophie, Horatio ». Alors, je cherche, comme tout chercheur, à ouvrir des portes. Et à regarder ce qu’il y a derrière.

Voire à m’y aventurer…

–    Aucun trauma lié à la mort ne m’habite, à ma connaissance. Aucune peur de la mort non plus. Bien plutôt : curiosité d’esprit face aux éventuelles expériences à connaître dans cet ailleurs de la vie. (La « peur du mourir » est autre chose que la peur de la mort).

–    Ainsi ai-je acquis une certaine familiarité avec les « Livre des Morts » (égyptien et tibétain), avec les croyances d’animistes, de chamanistes, avec les conceptions bouddhistes et hindouistes concernant l’Au-Delà. Né dans une culture chrétienne, les notions chrétiennes touchant à la mort me sont connues également.

 

Et la sorcellerie ?

–    Contacté par un groupe de sorciers, je n’ai pu que sauter sur l’occasion « d’y aller voir » de plus près…

Bien sûr, circonscrire cette recherche à la mort, cet Au-Delà de la vie est pour ces sorciers relativement artificiel, et a dû être débordé rapidement. Car ce n’est pas ce qui les intéresse, en tant que sorciers. Les rituels et les pouvoirs qu’ils confèrent, leur vision de la vie, leurs expériences vécues, voilà qui, bien plus, mobilise leur discours. Tous ces éléments seront donc inévitablement évoqués dans ce présent travail. L’insertion de ces sorciers dans ce monde, en cette fin du 20ème siècle, et leur rapport aux valeurs de l’Occident pourront apparaître également. Ainsi, mort et Au-Delà, seront donc plus « filigrane conducteur », prétexte, que finalité fermée à cette recherche.

Hypothèse de départ

Des contenus chamaniques pouvaient-ils se découvrir dans les conceptions, façons d’être, de vivre, de penser, de ces sorciers ?

Des conceptions et réactions proches du chamanisme 1 Le chamanisme est une vision du monde qui implique une représentation de ce monde divisé en étages, reliés par un axe vertical. L’univers visible est un de ces étages, et c’est le seul accessible aux sens communs. La perception des autres étages n’est perceptible qu’au chaman, détenteur de tels pouvoirs. Le chamanisme a été très répandu dans toute l’aire euro-asiatique, en Amérique et en Australie. sont détectables dans les actions-réactions de nombre de personnes ‑ qui ignorent tout du chamanisme -.

Souffler sur une plaie, invoquer les saints – ces morts qui vivent ailleurs et peuvent intercéder pour les vivants -, parler avec la grand-mère morte, être prévenu à distance de la mort de quelqu’un – par la cassure d’un verre de cristal ou par le bruit de l' »horloge des morts » (s’toteglock) dans le mur – où il n’y a pas d’horloge -… Toutes choses pensables dans le chamanisme, impensables dans les conceptions du Christianisme ou du rationalisme. Et pourtant…

En quoi la mort, le « monde des morts », l’Au-Delà, les esprits qui s’y trouvent… de la vision du (des) chamanisme(s), se perçoivent-ils dans les idées, voire le vécu de ces sorciers ?

Voilà l’axe global de cette recherche. Axe non rigide, ouvert à tout autre possible, toutefois.

 

Les grandes articulations du plan

Dans ce travail, le lecteur trouvera un rapide historique. Il sera suivi de l’état actuel de la question à travers les travaux d’ethnologues et d’historiens des religions, ainsi que ceux de modernes ésotéristes, sorciers, sorcières.

Il est impossible de ne pas évoquer le chamanisme, dans un travail sur un tel sujet, ainsi que les conceptions post-mortem de certaines cultures : orientales autant qu’occidentales.

Seront ensuite énoncées les données sur l’enquête et sa méthodologie, son calendrier, et les aspects principaux de la recherche bibliographique.

Faits et informateurs seront présentés, ainsi que les citations les plus notables de leurs dires.

Enfin, une synthèse de toutes ces données sera tentée.

 

 

 

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