Théorie animique et théorie spirite

            Les parapsychologues, dont le célèbre Professeur Bender, ont conclu à un phénomène de nature inconnue et ont qualifié ces voix de paranormales. Hans Bender a d’abord soutenu l’hypothèse dite animique : cette théorie avance que les voix paranormales ne s’expliquent que par la télépathie, la clairvoyance, la précognition, la psychokinèse[1]. Hans Bender écrit dans Parapsychologie et Spiritisme que, en tant que scientifique, il n’a aucun a priori contre l’hypothèse de la survie des âmes et qu’il accepte celle-ci à condition qu’on lui apporte la preuve tangible de l’existence de la survie[2]. Il expliquera tout de même[3] que la théorie spirite[4] ‑ croyance en la survie après la mort ‑ n’est pas à rejeter d’emblée, car de nombreuses voix paranormales présentent, dans leur expression, des caractéristiques étranges et mystérieuses qui font de l’interprétation spirite la plus plausible explication du phénomène.

            Le physicien suisse Alex Schneider commente : « Il se pose toujours la même question : le phénomène est-il animique ou spirite? (…) Il est certainement ridicule d’affirmer que cela est animique ou spirite. (…) Ce sont des disputes qui ne mènent à rien. Nous savons très peu de choses sur le monde de l’au-delà et si peu sur l’Inconscient. »[5]

            Konstantin Raudive ne penche ni vers l’une, ni vers l’autre de ces deux théories. Pour lui, le phénomène des voix n’est pas de nature parapsychologique. Il pense, d’après les apports de la physique quantique[6], que nous serions transformés en entités vibratoires après notre mort, dans une sorte d’énergie spirituelle, et libérés de la matière; un univers post-mortem où le temps et l’espace sont soumis à d’autres lois. Ce qui se rapproche tout de même de la théorie spirite.

            Tant que la physique n’aura pas apporté d’explication au processus d’enregistrement des voix paranormales sur les bandes magnétiques, la question de la nature de ces mêmes voix portera à controverse. Car les questions que la physique a à résoudre ne sont pas aisées : des voix s’enregistrent et cela implique une origine; si cette origine est humaine, nous sommes dans le domaine de la parapsychologie, puisque l’opérateur humain utilise alors au moins des pouvoirs psychokinétiques. Il faudra déterminer à quel niveau du dispositif d’enregistrement cela se produit : microphone?, magnétophone? (et où? au niveau de la tête d’enregistrement? de l’électronique?), bande magnétique?[7] Il faudra alors déterminer la nature de cette énergie psychokinétique, la mettre en évidence et la mesurer. Alors seulement, une réponse pourra être amorcée. Et si cette origine n’est pas humaine, il se posera la question bien plus épineuse de la localisation, de l’origine des voix paranormales. Cela impliquera forcément que les vivants ne sont pas seuls, qu’il existe au moins un autre univers que nous ne pouvons pas voir mais qui, lui, le peut. Cela impliquerait que les « habitants » de cet univers utilisent une énergie encore inconnue de nous. Pourrons-nous la mesurer? Et comment intégrer cette nouvelle découverte dans notre vision du monde sans provoquer une révolution idéologique?

            Les implications dans un cas comme dans l’autre sont énormes. Nous sommes, avec ce phénomène des voix paranormales, à une frontière où les schémas anciens sont voués à disparaître.

            La recherche ne doit pourtant pas se limiter à la seule question physique mais inclure également la dimension du discours parlé qui défile sur les supports magnétiques. Un important travail de classement a déjà été entrepris par Konstantin Raudive.

            Il est clair que ce décryptage du sens des messages est une lourde tâche et qu’elle devrait occuper de nombreux chercheurs pendant de longues années, vu le matériel déjà acquis et celui qui le sera dans les années qui viennent. Cet aspect de la recherche est primordial, car il peut nous éclairer sur le message véhiculé, et sur ceux qui le véhiculent. Les questions qui se posent sont : qui parle; à qui; pourquoi; pour dire quoi?

            « Ceux » qui parlent délivrent de l’information et il convient d’être attentif à leur discours et de laisser de côté tout a priori qui ne peut que freiner la compréhension du phénomène.


[1] – Ne pas confondre l’hypothèse animique (animistische Hypothese) des parapsychologues avec l’animisme tel qu’il est défini en ethnologie et qui postule que tout, dans la nature, possède une âme (hommes, animaux, plantes, rochers, eau, vent…). Ces deux théories sont antinomiques et recouvrent des significations tout à fait différentes. Rémy Chauvin et François Brune, dans leur ouvrage En Direct de l’Au-delà, utilisent le terme « animiste » pour qualifier la théorie parapsychologique. Afin d’éviter toute confusion avec le terme ethnologique, j’utiliserai dans cet exposé le terme « animique ».

[2] – Hans Bender, Zeitschrift für Parapsychologie, Jahrgang 13, Nr1., S.8ff. Cité dans Überleben wir den Tod?, Konstantin Raudive, page 29.

[3] – ibid., page 30 : « Doch sei zugegeben, daß das Auftauchen von ‘Stimmen Verstorbener’, deren Tonfall mit der Sprechweise zu ihren Lebzeiten vergleichbar ist, nach einem oft zitierten Wort von William James die spiritistische Interpretation als die ‘plausibelste’ erscheinen läßt, da hier die Form der Äußerung so gewöhnlich und rätselhaft ist. »

[4] – Le spiritisme est la croyance en l’existence de la survivance des morts sous forme d’esprits. Le médium est la personne qui permet d’établir un contact avec ces esprits de manière à obtenir des messages des personnes qui « vivent » dans cet au-delà.. La seule distinction qu’il convient de faire ici entre le spiritisme et la théorie spirite en transcommunication est qu’il n’y a pas de médium humain pour établir la communication entre esprits et humains vivants dans le premire cas, dans le second, la communication s’établit au travers du magnétophone que l’on ne peut qualifier de médium, bien que l’ethnologue Christine Bergé assimile le magnétophone à un « médium artificiel ».

[5] – Cité dans Hilegard Schäfer, Stimmen aus einer anderen Welt, pages 96-97.

[6] – Ces apports auxquels se réfère Konstantin Raudive sont déjà anciens (1973).

[7] – Aucune avancée n’a encore pu être effectuée sur cette question. le phénomène semble échapper à l’observation directe comme dans les observations de poltergeists.