Théories et Transcommunication

            Comme déjà souligné plus haut, aucune preuve scientifique de l’existence d’un au-delà, lieu de résidence des personnes décédées, n’a pu être apportée à ce jour. A l’exception de quelques approches théoriques concernant les défunts, il n’existe pas de travaux approfondis concernant ce domaine.

            Des techniciens ont évidemment essayé de comprendre comment ces voix se formaient, comment elles apparaissaient sur la bande magnétique, à quel niveau, avec quelle énergie… L’hypothèse que les magnétophones captent des ondes électromagnétiques « sauvages » a été émise puis, très vite, rejetée comme non pertinente. Aucun élément de réponse n’a pu être apporté à ce jour. Des techniciens ont démonté des magnétophones, des micros, testé les composants électroniques des appareils les uns après les autres. Sans résultat.

            Le théologien François Brune[1] cite, comme hypothèse : « L’hypothèse est qu’il y aurait encore d’autres ondes, probablement autres que les ondes électromagnétiques, puisqu’on peut les recevoir dans une cage de Faraday, mais pour lesquelles nous n’avons pas encore construit d’appareils adéquats. Elles pourraient cependant, dans certaines circonstances, être reçues sur nos appareils[2], bien qu’ils n’aient pas été conçus pour ça. (…) Ces «ondes», d’un type encore inconnu pour la science, faute d’appareils adaptés, se situeraient à un niveau de réalité où il n’y a plus d’espace ni de temps, probablement au niveau quantique. C’est dire combien le terme d’«ondes» que je garde, faute de mieux, est impropre en raison, précisément de ces propriétés nouvelles. »

            On ne sait donc toujours rien concernant le processus mis en oeuvre. On avance des théories quantiques pour aborder le phénomène. Beaucoup d’hypothèses ont été élaborées puis rejetées, car nos connaissances actuelles sur les « univers parallèles » ou les autres dimensions de l’univers sont encore peu élaborées. Max Planck s’est manifesté à Konstantin Raudive le 23 janvier 1971 : « Koste, Planck… ». « Anti, Kosti! » est ce qu’il a répondu à la question de savoir à quoi ressemble l’au-delà. C’est très insuffisant. Pourtant, cette notion d' »anti » revient de temps à autre, mais il est impossible de savoir à quoi elle fait référence : s’agit-il d’un univers composé d’antimatière?, se demande Konstantin Raudive.

            William Roll[3], mathématicien anglais, se basant sur la théorie de l’univers holographique[4] du physicien David Bohm[5], émet l’hypothèse de la « structure psi », structure qui permet la survivance de la personnalité en tant que survivance des traces impliquées. Ces traces seraient générées par les événements passés, les mémoires et les aspects de la personnalité du mort et resteraient dans l’environnement de la personne décédée ainsi qu’à proximité des personnes que le défunt a côtoyées dans sa vie. William Roll écarte la possibilité de la survie de la personnalité mais pense qu’une certaine forme de conscience, qu’il appelle conscience de champ, puisse perdurer.

            Karl Pribram applique cette théorie holographique au fonctionnement du cerveau. Selon lui, le cerveau fonctionnerait comme un hologramme pour traiter et stocker les énormes quantités d’informations qu’il renferme. Si on fractionne un hologramme en plusieurs morceaux, chacun des morceaux reproduit l’information ‑ l’image ‑ dans son intégralité. De même, le cerveau, amputé d’une bonne partie de sa matière grise, restitue-t-il les souvenirs intégralement. Mais Pribram se pose des questions : où est le réel? De quoi notre réalité, qui est un hologramme, est-elle l’hologramme?

            Pour répondre à ces questions, Régis et Brigitte Dutheil ont élaboré la théorie superlumineuse, dérivée de la théorie holographique de Karl Pribram. Pour eux, notre être réel se situe dans l’univers superlumineux, composé de particules allant plus vite que la lumière[6]. Nous-mêmes existerions dans l’univers sous-lumineux, celui que nous connaissons, et nous ne serions, en fait, qu’une projection de type holographique de notre vraie nature qui, elle, demeurerait dans un univers aux lois totalement différentes : instantanéité de tous les événements, synchronicité, temps qui ne coule pas sans être figé. C’est l’information qui joue un rôle primordial dans ce modèle, elle détermine la richesse des hologrammes dans l’univers sous-lumineux (notre monde matériel, notre corps et notre esprit). A noter que le concept d’information dans ce contexte reste une notion floue qu’il n’a pas encore été possible de définir avec précision.

            Concernant les voix paranormales, Régis et Brigitte Dutheil concluent : « il pourrait s’agir de messages holographiques en provenance de consciences partielles bloquées au stade lumineux »[7].

            Mais les morts pourraient également exister dans un autre univers holographique parallèle, « adjacent » au nôtre, où ils auraient accès au monde des vivants, notamment en utilisant la technique des voix paranormales.

            En fait, la plupart des recherches ne s’occupent pas spécifiquement de la mise en évidence d’un « lieu » ou d’un « univers » des morts. Les modèles scientifiques du nouveau paradigme (physique quantique, théorie du chaos, univers fractals, champs morphogénétiques…) sont souvent utilisés pour expliciter les phénomènes parapsychologiques et permettent la description de champs énergétiques qu’il n’est pas possible, à l’heure actuelle, avec notre technologie, de mettre en évidence expérimentalement (structure psi de Roll, champ L de Burr, champ M de Wassermann, champs psychiques de Burt, biofeld et bioplasma chez les Russes…).

            Notre attitude culturelle vis à vis de la mort est certainement à l’origine de cet état de fait dans la recherche. En effet, notre civilisation occidentale a érigé la mort en tabou. Nos scientifiques combattent la mort avec tous les moyens disponibles pour en reculer l’échéance. Nous grignotons des points sur l’échelle de la durée moyenne de vie. Et l’acharnement à ne pas vouloir reconnaître aux personnes en fin de vie le droit de mourir dans la paix et la sérénité est symptomatique d’une attitude déficiente vis-à-vis de la mort. Il n’y a plus de préparation à la mort dans notre société, il y a négation de la mort, et le mourant se retrouve seul, abandonné, face à lui-même, dans cet instant pourtant si important : son rite de passage ultime.

            Certes, des changements d’attitudes commencent à se manifester : les cercles d’accompagnement des mourants en sont un signe. Les travaux d’Elisabeth Kübler-Ross et de Raymond Moody sont là pour en témoigner.

            Les messages des voix paranormales ‑ qu’il s’agisse d’une manifestation de notre Inconscient ou d’une « ingérence » des morts, le message n’en est pas moins important ‑ sont clairs : nous sommes vivants, nous les morts. Ne serait-il pas temps de renouer le dialogue? Ne serait-il pas temps de redonner une place à la mort dans notre vie?

            « Le fait que ces entités nous parlent et que nous les comprenions, interroge beaucoup de rationalistes. La plupart des penseurs modernes qualifient ce dialogue de «schizophrénie», le rangent dans un petit casier et le laissent là. » nous dit l’ethnopharmacologue Terence McKenna[8].

            Il est probable que le changement de paradigme scientifique que nous vivons en ce moment révolutionne rapidement les sciences du psychisme (cette évolution est déjà en cours avec la psychologie transpersonnelle de Stanislav Groff et Abraham Maslow). Comme la science nous ouvre à des univers mathématiques multidimensionnels, les phénomènes paranormaux multiples et la maîtrise des états modifiés de conscience nous plongeront peut-être dans une nouvelle dimension de nos perceptions et feront éclater les limites de notre vision de la réalité en nous immergeant dans de nouvelles équations de l’être. Et c’est peut-être cela, le vrai nouveau paradigme…

            Rémy Chauvin[9] conclut : « Il me semble donc que, dans l’état actuel de nos connaissances, l’hypothèse que les messages viennent des morts paraît la plus adaptée à certains phénomènes[10]. »

            L’hypothèse de travail la plus économique semble être celle de l’existence d’une vie après la mort et non celle de la théorie animique ou de la théorie super ESP[11]. Il est intéressant de noter que c’est la conclusion à laquelle arrivent tous ceux qui étudient ou pratiquent la transcommunication instrumentale.

            Le phénomène des voix paranormales est devenu un fait social.

            Il semble fortement souhaitable qu’une étude systématique des voix paranormales soit entreprise au niveau scientifique. Cette étude devrait concerner toutes les disciplines : physique quantique, mathématique, électrotechnique, électronique, informatique, télécommunications, parapsychologie, psychologie, philosophie, histoire des religions, théologie, linguistique, sociologie, ethnologie, anthropologie, médecine, astronomie… et ce, dans une perspective réellement pluridisciplinaire.

            C’est ce que souligne Terence McKenna[12] : « …l’aversion du scientifique à l’égard de l’irrationnel est un héritage venu de la Chrétienté. Celle-ci a fait taire les voix de la nature, celles du ciel, comme celles de la Terre, au bénéfice du mystère de la Trinité. J’interprète ce qui se passe actuellement comme étant une renaissance des voix des esprits, ou bien encore une augmentation du volume des voix. Il me semble que cela fait partie intégrante de la crise écologique de la planète. (…) Il faut étudier les forces élémentaires, les voix, les murmures des entités désincarnées et se pencher sur elles avec attention. »


[1] – ibid., page 92 et suivantes.

[2] – Les magnétophones, micros et autres appareils utilisés dans la transcommunication instrumentale.

[3] – Christine Hardy, L’après-vie à l’Epreuve de la Science, page 270 et suivantes.

[4] – L’univers holographique est composé d’un ordre explicite ou déployé qui est notre monde habituel et d’un ordre impliqué qui est la source de tous les phénomènes, mais que nous ne pouvons appréhender avec nos sens.

[5] – David Bohm, L’Ordre impliqué de l’Univers, Monaco, Edition du Rocher, 1986 – op.cit., page 274.

[6] – Ces particules sont les tachyons qui n’ont pas encore pu être observés. Elles n’existent qu’en théorie.

[7] – Brigitte Dutheil, L’homme Superlumineux, page 177.

[8] – Terence McKenna, Rupert Sheldrake, Ralph Abraham, Trialogues aux Confins de l’Occident, page 144.

[9] – Rémy Chauvin, François Brune, op. cit., page 318.

[10] – La transcommunication instrumentale.

[11] – Rémy Chauvin note : « Cette hypothèse «super extrasensoryperception» ou «super ESP» a été émise par les Américains qui prétendent souvent expliquer toute la transcommunication par des phénomènes psi issus de cerveaux vivants. » op. cit., page 206.

[12] – Terence McKenna, op. cit., pages 140-141.