Différences et similitudes entre OBE et rêve lucide » Différences et similitudes entre OBE et rêve lucide

Parmi les obeïstes, certains connaissent le rêve lucide et savent apparemment faire la différence entre les deux états. D’un point de vue philosophique, les prémisses des « deux camps » sont assez divergents puisque, pour LaBerge et les personnes qui se rattachent à ses vues, il n’est de monde tangible et véritable que notre monde physique matériel, tout le reste, c’est-à-dire les expériences vécues en rêves lucide — et donc aussi celle vécues en OBE, puisqu’elles sont en définitive pour lui des sortes de rêves prélucides — appartiennent au domaine de l’imagination, de la construction mentale et n’ont pas d’existence hors du psychisme de l’expérienceur.

Pour les autres, le monde matériel n’est pas le seul et il existe quantité d’univers, de plans de réalités différents, que l’on peut explorer à l’aide des facultés de décorporation mais aussi des rêves lucides. Autrement dit, le monde qu’explore l’obeïste ou le chaman en voyage chamanique est, pour lui, tout aussi réel que le monde matériel habituel.

En ce qui concerne les points communs aux deux états, Bourgine note :

  • paralysie
  • « flambée émotive ».
  • émerveillement face à l’expérience.
  • mode de déplacement privilégié : le vol (ou la téléportation).
  • capacité à diriger soi-même ses actions dans les limites liées au travail de l’inconscient.
  • processus thérapeutique et résolution de conflits psychologiques.
  • Pour les différences, on peut relever :
  • la lucidité onirique n’est pas constante pendant tout le rêve; lorsque l’attention du rêveur baisse, le rêve lucide devient rêve ordinaire. En OBE, l’attention resterait soutenue en permanence, mais tout de même avec des changements de « lieux » instantanés.
  • les obeïstes sont persuadés de la réalité objective de ce qu’ils perçoivent ; les rêveurs lucides sont persuadés que ce qu’ils voient est une construction mentale.
  • la perception du corps est différente également : les obeïstes disent avoir un corps (quelle que soit sa forme : humaine, boule, point…) ; les rêveurs lucides ne perçoivent que très rarement leur corps ou alors seulement des parties, celles sur lesquelles se porte leur attention.[1]Mais tous deux peuvent modifier l’apparence de leur corps de double.
  • les rêveurs lucides créeraient une réplique de la réalité comportant parfois quelques défauts par rapport au modèle existant dans la réalité matérielle. L’obeïste dit se déplacer dans une réplique exacte de la réalité matérielle mis à part, de temps à autre, quelques ajouts issus de sa propre pensée créatrice.[2]
  • l’obeïste serait capable de distinguer nettement la nature des personnages rencontrés. Ainsi, il saurait s’il a affaire à un défunt, un rêveur, un autre obeïste ou d’autres personnages non incarnés, etc… Le rêveur lucide, lui, ne rencontrerait jamais des personnages autres que les personnifications de ce que Florence Ghibellini appelle les subpersonnalités et qui sont pour elle les autres facettes du moi.
  • le rêveur lucide ne dépasserait donc jamais sa zone psychique personnelle — éventuellement ferait quelques rares incursions dans l’inconscient collectif — et l’obeïste aurait accès à un monde bien plus étendu débouchant sur l’inconscient collectif — et même au-delà.
  • d’après les recherches effectuées à l’Institut Monroe, l’OBE interviendrait pendant la phase de sommeil profond, lorsque le cerveau présente une dominante d’ondes Delta. Le rêve lucide, lui, a lieu pendant le sommeil paradoxal, qui est caractérisé par une activité Thêta[3].
  • d’après les témoignages des personnes qui maîtrisent les deux ENOCs (Keith Harrary, par exemple), le rêve lucide est un marchepied pour l’OBE et la différence entre les deux états de conscience est sensible. D’autres comme Van Eeden ou Hugh Callaway ne sont pas capables de faire la différence.

Comme on le voit dans ces quelques points, la distinction entre les deux ENOCs est difficile à caractériser avec précision. Nous sommes dans un domaine où la subjectivité est reine et où un contrôle rigoureux est impossible. Les positions respectives tiennent souvent plus de l’acte de foi que d’une réelle connaissance, même si ces perceptions ENOCs sont si réelles et semblent si objectives qu’elles inspirent une quasi certitude chez les expérienceurs. Cependant, sachant que les sens peuvent être facilement trompés, il est évident que la recherche en ces domaines doit continuer afin d’éclaircir — si cela est réellement possible, et cela doit l’être — les points litigieux — et ils sont nombreux — qui restent encore en suspens.

[1] Celia Green pense qu’en fait c’est le rêveur lucide qui a un corps : son corps de rêve. L’obeïste peut avoir un corps mais pas toujours, sa simple conscience peut lui suffire. Ainsi, l’unanimité ne règne pas parmi les chercheurs, sans doute parce que ces deux états sont similaires.

[2] En effet, une des caractéristiques de ces ENOCs est de posséder la faculté de « matérialiser » le contenu de ses pensées. Ainsi, un rêveur lucide ou un obeïste pourra se mouvoir dans un univers issu de son propre imaginaire, ou créer des objets ou des personnages à volonté. À ce propos, Robert Monroe insiste sur le fait que l’obeïste expérimenté sait faire la différence entre ce qui est indépendant de lui et les créations de son mental.

[3] On pense que le rêve lucide peut aussi se manifester en phase non REM.